Qui a acheté le château de Montrésor en 1849 et en a fait un musée de la culture polonaise ?
À voir
Dominant la vallée de l'Indrois, dans l'un des plus beaux villages de Touraine, le château de Montrésor superpose un millénaire d'histoire. Sur le rocher que fortifia jadis le redoutable Foulques Nerra s'élève un élégant logis Renaissance, bâti à la charnière des XVe et XVIe siècles par l'un des plus fidèles conseillers des rois de France. Montrésor conjugue ainsi la rudesse de la forteresse de l'an mil et la grâce de la demeure du temps des Valois. ## De la forteresse de l'an mil au logis Renaissance Le site fut fortifié dès le début du XIe siècle par Foulques Nerra, comte d'Anjou, bâtisseur infatigable de donjons. Au XIVe siècle, Jean IV de Bueil remania la place, dotée d'une double enceinte et de tours conçues pour recevoir des bombardes — signe de l'adaptation à l'artillerie naissante. De ces époques subsistent les puissants ouvrages défensifs qui enserrent le promontoire. Mais c'est à la fin du XVe siècle que le château change de nature, lorsqu'une demeure d'agrément vient s'installer dans l'enceinte ancienne. ## Imbert de Bastarnay, l'homme des rois Le logis Renaissance est l'œuvre d'Imbert de Bastarnay, qui acquit le château vers 1491. Ce gentilhomme d'origine dauphinoise fut un conseiller influent au service de quatre rois de France successifs, figure de l'ombre du pouvoir à une époque charnière. Le 5 janvier 1498, il obtint du roi l'autorisation de couper des arbres pour la charpente de son édifice, détail d'archive précieux qui permet de dater le chantier. Déjà maître de la forteresse voisine de Bridoré, Bastarnay disposait dans la région d'une influence considérable. À Montrésor, il fit élever une demeure conforme au goût nouveau, tournée vers le confort et l'élégance plus que vers la défense. ## L'architecture du logis Le logis Renaissance se présente comme un corps de bâtiment rectangulaire, flanqué de deux tours aux angles de sa façade sud, coiffées de toits coniques, et pourvu d'échauguettes au nord. Il s'élève sur deux étages surmontés de combles, et ses élévations sont rythmées de plusieurs travées de fenêtres et de lucarnes, cinq de chaque côté, qui donnent à l'ensemble régularité et clarté. Le visiteur doit chercher du regard cette ordonnance presque sereine, où les percements réguliers trahissent l'esprit de la Renaissance, en contraste avec les tours massives de l'enceinte médiévale qui l'environnent. ## La parenthèse polonaise L'une des grandes singularités de Montrésor tient à son histoire récente : au milieu du XIXe siècle, le château fut acquis par le comte Xavier Branicki, riche aristocrate polonais, ami du futur Napoléon III. Les Branicki, dont les descendants ont conservé le château, y réunirent une exceptionnelle collection d'œuvres d'art, de souvenirs et de meubles, faisant de Montrésor un fragment de la Pologne en Touraine. ## Ce qu'il faut voir On retiendra le logis Renaissance et ses tours à toits coniques, l'ordonnance de ses fenêtres et de ses lucarnes, et les vestiges de l'enceinte médiévale qui en forment l'écrin. À l'intérieur, l'escalier et les collections rassemblées par les Branicki méritent l'attention. Du promontoire, la vue sur le village et la vallée de l'Indrois compose l'un des tableaux les plus harmonieux de la Touraine. ## Le saviez-vous ? Un escalier en acajou de Cuba, acquis à l'Exposition universelle de Paris de 1855, fut installé dans l'épaisseur du mur — témoignage du goût des Branicki pour les matériaux précieux et les acquisitions prestigieuses. Le château est protégé au titre des monuments historiques, et le village de Montrésor lui-même figure parmi les plus beaux villages de France, prolongeant dans ses ruelles l'atmosphère d'un bourg resté fidèle à son passé. ## Un logis entre deux mondes Montrésor est l'exemple accompli du château où la Renaissance s'installe dans la vieille forteresse sans la détruire. Le logis d'Imbert de Bastarnay, serviteur discret et puissant des rois, incarne ce moment où la noblesse abandonne la logique du château fort pour celle de la demeure. Observer Montrésor, c'est contempler côte à côte le donjon de l'an mil et les fenêtres régulières du temps des Valois, et comprendre, dans un même regard, comment la Touraine devint le jardin de la Renaissance française.
Histoire
Fondé au XIe siècle, le château fut reconstruit à la Renaissance par Imbert de Bastarnay, conseiller de Louis XI et François Ier, entre 1510 et 1540. Acheté en 1849 par le comte Branicki, noble polonais exilé, qui le restaura et en fit un écrin de souvenirs patriotiques polonais. Le château conserve une collection d'argenterie polonaise, de peintures et de meubles Renaissance. Classé Monument Historique.
Contes, légendes & anecdotes
La collection polonaise du château abrite des reliques ramenées de Pologne par les Branicki : des armures, des sabres, des portraits royaux — et la légende veut qu'un trésor de la couronne polonaise serait caché quelque part dans les murs. Le château possède une collégiale gothique attenante, avec le gisant d'Imbert de Bastarnay et de sa femme, l'un des ensembles funéraires les plus émouvants de Touraine.
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Fiche mise à jour le 10 octobre 2026














