En quelle année le château de Josselin a-t-il été reconstruit après sa destruction par Louis XI ?
À voir
Au bord de l'Oust, en Bretagne, le château de Josselin présente deux visages opposés. Côté rivière, trois tours massives rappellent la forteresse médiévale ; côté cour, une façade de granit ciselée comme une dentelle révèle l'un des plus beaux décors du gothique flamboyant et de la Renaissance bretonne. Berceau de la maison de Rohan, il incarne le passage de la place forte à la demeure d'apparat.
D'une forteresse de l'an mille
Le château fut fondé vers 1008 par Guéthénoc, vicomte de Porhoët, et fortifié en 1025. Sa façade sur l'Oust conserve trois tours cylindriques aux murs épais de trois mètres et demi, typiques de l'architecture militaire. La maison de Rohan en est maîtresse de longue date, depuis qu'Alain VIII de Rohan épousa Béatrix, fille du connétable Olivier de Clisson. Josselin est demeuré, sans interruption, le fief de cette grande lignée bretonne.
La métamorphose de Jean II de Rohan
Entre 1490 et 1510, Jean II de Rohan entreprit la grande transformation Renaissance du château, financée par les revenus de la châtellenie de Dinan et de Léhon et par des libéralités royales de Charles VIII. La façade sur cour, élevée entre 1495 et 1506, est qualifiée d'exceptionnelle : elle marie le gothique flamboyant et la Renaissance bretonne dans un foisonnement de lucarnes à pinacles, de balustrades et d'ornements. On y lit, répétée, la devise des Rohan : « A PLUS ». C'est l'affirmation d'un grand seigneur qui transforme sa forteresse en vitrine de sa puissance et de son goût.
Un escalier et une dentelle de pierre
Parmi les merveilles de ce décor figure un escalier dit « rampe sur rampe », daté de 1506 environ, qui passe pour le plus ancien connu en France. Le granit, matériau rebelle entre tous, y est travaillé avec une finesse stupéfiante, les tailleurs bretons rivalisant de virtuosité pour broder la pierre de motifs flamboyants. La façade sur cour demeure ainsi l'un des sommets de l'art breton de la fin du Moyen Âge finissant et de la première Renaissance.
Richelieu et la famille de Rohan
En 1629, le cardinal de Richelieu fit démanteler le donjon, large de vingt-six mètres, et trois tours, pour punir la maison de Rohan de son engagement dans la cause protestante ; mais il épargna le logis Renaissance, de sorte que la façade sur cour nous est parvenue intacte. Le château, resté dans la famille, fut restauré à partir de 1855 environ sous la direction de l'architecte Jules de La Morandière. Il est toujours habité par les ducs de Rohan. Classé au titre des monuments historiques le 21 août 1928, son parc fut classé site en 1948.
Les Rohan, une maison souveraine
Josselin est indissociable de la maison de Rohan, l'une des plus illustres de Bretagne et du royaume, dont la fierté s'exprimait dans la fameuse formule : « Roi ne puis, duc ne daigne, Rohan suis. » En transformant la forteresse en demeure d'apparat, Jean II de Rohan affirmait la grandeur de sa lignée face à la monarchie bretonne puis française. La devise « A PLUS », répétée dans la pierre, proclame la même ambition d'élévation. Que la famille habite encore les lieux, après plus de cinq siècles, confère au château une continuité exceptionnelle : peu de demeures peuvent se prévaloir d'un lien aussi ancien et ininterrompu entre des murs et un nom. Josselin n'est pas un musée figé, mais la résidence vivante d'une maison qui en a fait, génération après génération, le miroir de son histoire.
Ce qu'il faut voir
On admire les trois tours sur l'Oust, vestiges de la forteresse ; la façade sur cour et sa dentelle de granit ; l'escalier rampe sur rampe ; et la devise « A PLUS » répétée dans le décor. Le contraste entre les deux façades résume, à lui seul, l'histoire du château : forteresse côté rivière, palais Renaissance côté cour.
Le saviez-vous ?
Lorsque Richelieu abattit le donjon de Josselin, il aurait lancé au duc de Rohan une formule restée fameuse sur le beau jeu de quilles qu'il venait d'abattre. Le cardinal frappa la forteresse, symbole de la puissance militaire des Rohan, mais laissa debout la façade Renaissance — comme si la beauté, elle, échappait à la punition. C'est à cette clémence sélective que nous devons de contempler encore aujourd'hui l'une des plus belles dentelles de granit de Bretagne.
Histoire
Château fort médiéval reconstruit à la Renaissance entre 1490 et 1510 par Jean II de Rohan, après la destruction de la forteresse précédente par Louis XI. La façade sur la rivière Oust, avec ses trois tours et ses galeries sculptées de motifs Renaissance (hermine, A entrelacés d'Anne de Bretagne), est l'un des chefs-d'œuvre de l'architecture flamboyante-Renaissance en Bretagne. Appartient toujours à la famille de Rohan. Classé Monument Historique.
Contes, légendes & anecdotes
La famille de Rohan, qui possède Josselin depuis le XIe siècle (et en est toujours propriétaire !), avait pour devise 'Roi ne puis, duc ne daigne, Rohan suis' — affichant une fierté aristocratique qui leur valut parfois des démêlés avec la Couronne. En 1488, François II de Bretagne perdit la bataille de Saint-Aubin-du-Cormier contre les troupes royales françaises ; son château de Josselin fut démantelé en punition par Louis XI. Jean II de Rohan le rebâtit immédiatement — une revanche architecturale. Le combat des Trente (1351), célèbre joute chevaleresque médiévale, eut lieu non loin.
Sources
- 1.Wikipédia, « Château de Josselin » (site dès ~1008 ; Olivier V de Clisson 1370 ; Rohan au XVe s. ; façade Renaissance 1490-1510 de Jean II de Rohan, devise « A PLUS » et hermines ; démantèlement de 1629 par Richelieu ; classement MH 1928).
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Fiche mise à jour le 10 octobre 2026
















