À voir
Histoire
L'abbatiale Saint-Riquier est l'un des plus extraordinaires édifices religieux de Picardie, témoignage exceptionnel de la transition flamboyant-Renaissance dans le nord de la France. L'abbaye remonte au VIIe siècle : fondée vers 625 par saint Riquier (Richarius), elle devint au IXe siècle, sous l'abbatiat du célèbre Angilbert (favori de Charlemagne), l'un des plus prestigieux monastères carolingiens. À son apogée, elle abritait 300 moines et possédait une bibliothèque exceptionnelle.
Détruite par les Vikings (881), reconstruite à plusieurs reprises, l'abbatiale actuelle date pour l'essentiel du XIIIe-XVIe siècle. Le chœur gothique fut élevé à partir de 1257, mais le grand chantier fut la reconstruction de la nef et de la façade occidentale entre 1511 et 1536, sous François Ier — soit en pleine Renaissance française, alors que les châteaux de la Loire s'élevaient sous l'influence italienne.
L'abbé Pierre Le Trécheur (1505-1545) supervisa personnellement cette campagne ambitieuse. Il fit appel aux meilleurs ateliers picards et fit venir de Paris des sculpteurs familiers du nouveau vocabulaire ornemental. Résultat : une façade occidentale exubérante mêlant flamboyant terminal et premiers ferments Renaissance, ornée de plus de 220 statues dans des niches sculptées — l'un des plus riches programmes iconographiques de la fin du Moyen Âge.
Saint-Riquier fit l'objet d'une destruction partielle à la Révolution : les bâtiments monastiques furent rasés, mais l'abbatiale fut épargnée et transformée en église paroissiale (1791). L'incendie de 1719 (qui ravagea la flèche), la Première Guerre mondiale (canonnage en 1916-1917) et les bombardements de 1940 ont meurtri l'édifice mais n'ont pas détruit la façade ni le chœur.
À voir absolument
- La façade occidentale flamboyante-Renaissance (1511-1536), trois portails monumentaux à voussures sculptées
- Les 220 statues dans des niches sculptées, l'un des plus riches programmes statuaires du XVIe siècle français
- Les portes en chêne sculpté du portail principal, datées de 1535, avec scènes de la Passion
- Le chœur gothique du XIIIe siècle, voûté en croisée d'ogives
- La chapelle du Saint-Esprit Renaissance, ornée de peintures murales de 1530-1540 récemment restaurées
- Les stalles sculptées Renaissance du chœur
- Le trésor de l'abbatiale (visite payante), avec orfèvrerie médiévale et Renaissance
- Le musée départemental de la Vie d'autrefois installé dans les bâtiments monastiques (gratuit le 1er dimanche)
Anecdotes & secrets
Angilbert (vers 750-814), abbé carolingien de Saint-Riquier sous Charlemagne, fut bien plus qu'un religieux ordinaire : poète, diplomate, conseiller intime de l'empereur, il fut surtout l'amant de Berthe, fille de Charlemagne. Le couple — non marié canoniquement car le mariage des filles de Charlemagne était politiquement délicat — eut deux fils, dont le futur historien Nithard. Angilbert continua de diriger l'abbaye de Saint-Riquier tout en menant cette vie de cour officieuse. À sa mort en 814, on l'enterra à l'abbaye qu'il avait magnifiquement reconstruite : son tombeau y subsiste, déplacé plusieurs fois.
La bibliothèque carolingienne de Saint-Riquier comptait au IXe siècle environ 256 manuscrits — chiffre énorme pour l'époque. Charlemagne y déposa lui-même plusieurs codex précieux. Une partie de ces manuscrits, dispersée à la Révolution, se retrouve aujourd'hui à la Bibliothèque nationale de France, à Boulogne-sur-Mer, à Amiens, et dans quelques bibliothèques étrangères (Vienne, Florence).
L'abbé Charles d'Aligre (1626-1701) commanda au XVIIe siècle, juste avant la fin de l'abbaye, de somptueux ornements liturgiques en argent doré dont une partie subsiste au trésor. Il fut également bibliophile passionné, accumulant 12 000 volumes dans la bibliothèque abbatiale — qui furent presque tous brûlés à la Révolution en grand auto-da-fé sur la place du village.
Conseils de visite
Abbatiale ouverte tous les jours de 10h à 18h, entrée libre. Visite guidée payante (5€) du trésor et de la chapelle du Saint-Esprit, tous les week-ends en été (RDV à 15h). Combiner avec Abbeville (collégiale Saint-Vulfran, à 10 km), la baie de Somme (Saint-Valery, Le Crotoy) et le château de Long Renaissance. Saint-Riquier accessible depuis Abbeville (15 min en voiture) ou Amiens (45 min). Festival de musique sacrée de Saint-Riquier en juillet, concerts dans l'abbatiale (programmation gratuite et payante).





