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Collégiale Saint-Vulfran d'Abbeville — édifice religieux à Abbeville (Somme (80)) (80), monument historique (Classé MH)

Monument

Collégiale Saint-Vulfran d'Abbeville

1488-1539 (Charles VIII — François Ier)·Religieux·Abbeville (Somme (80)) (80)·Classé MH
Collégiale Saint-Vulfran d'Abbeville — édifice religieux à Abbeville (Somme (80)) (80), monument historique (Classé MH) — vue 2

À voir

Histoire

La collégiale Saint-Vulfran d'Abbeville est l'un des chefs-d'œuvre absolus du gothique flamboyant tardif glissant vers la Renaissance, parfois surnommée la Cathédrale du Vimeu. Sa construction débute en 1488 sous Charles VIII et se poursuit pendant cinquante ans, jusqu'en 1539 sous François Ier — soit cinq décennies qui couvrent exactement la période de transition stylistique entre Moyen Âge et Renaissance.

L'édifice fut conçu sur un programme monumental ambitieux : trois nefs, deux tours occidentales symétriques de 55 mètres, chœur vaste, chapelles latérales. Mais comme à Beauvais, l'ambition dépassa les moyens : la nef ne fut jamais achevée, le chœur fut construit modestement au XVIIe siècle, et seuls la façade occidentale, le transept et les premières travées témoignent du projet initial dans toute sa splendeur.

La façade occidentale, datée des années 1488-1539, est l'une des plus extraordinaires d'Europe : trois portails sculptés à voussures, deux tours élancées, galerie de rois, rose flamboyante monumentale. La sculpture mêle pleinement flamboyant terminal et premiers éléments Renaissance : statues dans des niches à dais ouvragés, médaillons à profil antique discrètement insérés dans les écoinçons, rinceaux annonçant l'italianisme.

Saint Vulfran (vers 640-720), à qui l'église est dédiée, fut archevêque de Sens au VIIe siècle, missionnaire en Frise (Pays-Bas). Ses reliques, rapportées en Picardie au IXe siècle, firent d'Abbeville un sanctuaire de pèlerinage régional.

À voir absolument

  • La façade occidentale (1488-1539), trois portails monumentaux sculptés, deux tours de 55 m
  • Le portail central dit de la Vierge, encadré de plus de 140 statues dans des niches à dais — l'un des plus riches programmes iconographiques du flamboyant terminal
  • Les vantaux en bois sculpté du portail principal (XVe siècle), parmi les plus anciens conservés en France pour des portails d'église
  • La rose flamboyante de la façade, à compartiments rayonnants
  • Les galeries des rois au-dessus des portails, vestige de l'iconographie médiévale
  • À l'intérieur, les chapelles latérales Renaissance avec leurs voûtes étoilées tardives
  • Le trésor de la collégiale (visites limitées) avec orfèvrerie XVIe siècle
  • Les vitraux modernes installés après la guerre, signés Marguerite Huré (1955) — la collégiale fut bombardée en mai 1940, ses verrières d'origine détruites

Anecdotes & secrets

Les bombardements allemands du 20 mai 1940 ravagèrent Abbeville et endommagèrent gravement la collégiale Saint-Vulfran : verrières d'origine détruites, voûtes de la nef partiellement effondrées, mobilier liturgique brûlé. La façade, miraculeusement intacte, fit l'objet d'une vaste campagne de restauration entre 1950 et 1990. Lors de ces travaux, les restaurateurs découvrirent dans les piliers des graffitis du XVe siècle : prières, jurons d'ouvriers, plaintes contre les contremaîtres, croquis de figures grotesques.

Le trésor de la collégiale contenait jusqu'en 1793 un chef-reliquaire en argent de saint Vulfran offert par Louis XII lors d'un pèlerinage en 1499. La reliquaire fut fondue à la Révolution pour battre monnaie. Une copie moderne, réalisée en 1989 par l'orfèvre Goudji, a partiellement remplacé le chef-d'œuvre disparu.

Le compositeur Charles Gounod (1818-1893), passant à Abbeville lors d'une tournée régionale en 1858, fut transporté d'enthousiasme devant la façade de Saint-Vulfran qu'il qualifia de « symphonie de pierre ». Il y revint plusieurs fois et y donna un concert d'orgue improvisé en juillet 1872 — événement légendaire dont le souvenir est conservé dans les archives paroissiales.

Conseils de visite

Collégiale ouverte tous les jours de 9h à 18h (été) ou 10h à 17h (hiver), entrée libre. Visites guidées payantes (5€) tous les samedis à 15h en été. Combiner avec le château de Bagatelle (XVIIIe siècle, payant) et la baie de Somme voisine (Saint-Valery-sur-Somme à 20 km, Le Crotoy). Abbeville accessible depuis Paris en train (2h via Amiens) ou voiture (2h, A16). L'éclairage nocturne de la façade en été (jusque 23h) vaut une seconde visite à la tombée du jour. Stationnement payant en centre-ville ; gratuit à 5 minutes à pied.

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