En quelle année Charles Gounod a-t-il qualifié la façade de Saint-Vulfran d'Abbeville de « symphonie de pierre » ?
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La collégiale Saint-Vulfran d'Abbeville, dans la Somme, est l'un des plus éclatants chefs-d'œuvre du gothique flamboyant de Picardie. Son chantier, ouvert en 1488 et poursuivi jusqu'au milieu du XVIe siècle, se déroula précisément dans les décennies où le flamboyant atteignait sa virtuosité extrême tout en côtoyant les premiers éléments Renaissance. Sa façade, hérissée de sculptures, est l'un des manifestes de cet art du seuil.
Un chantier de la fin du Moyen Âge
La collégiale fut entreprise en 1488, dans une vallée au sol marécageux qui compliqua les fondations. Dédiée à l'origine à Notre-Dame, l'église avait reçu au XIIe siècle les reliques de saint Vulfran et était desservie par un chapitre de vingt-six chanoines. La nef fut édifiée de 1488 à 1539 ; le chœur, longtemps resté inachevé, ne fut complété qu'au XVIIe siècle, entre 1661 et 1663. L'essentiel de la grande œuvre visible aujourd'hui relève donc du passage entre le XVe et le XVIe siècle.
La façade et ses portails sculptés
La façade occidentale est le morceau de bravoure de l'édifice. Elle s'élève sur trois niveaux et porte deux tours-clochers hautes de 55,80 mètres. Trois portails sculptés donnent accès aux trois vaisseaux. Le décor sculpté y prolifère, financé en partie par les corps de métiers et les confréries de la ville : on y reconnaît les statues de saint Vulfran, de saint Nicolas et de saint Firmin, patron des tonneliers. Cette abondance ornementale, ces gâbles ajourés, ces niches à dais et ces dentelles de pierre font de la façade de Saint-Vulfran l'une des plus riches de l'art flamboyant, à l'instant même où s'y glissent, dans les vantaux et certains détails, les motifs de la Renaissance naissante.
Les vantaux Renaissance
Les portails conservent de remarquables vantaux de bois sculpté de la Renaissance, dont le décor témoigne du goût nouveau : panneaux à l'antique, rinceaux et figures traitées avec un relief ample. Ces menuiseries, parmi les plus belles de l'époque conservées en Picardie, montrent comment le vocabulaire italianisant pénétrait le décor religieux français dans la première moitié du XVIe siècle, en contrepoint de l'architecture encore gothique.
L'intérieur et les chapelles
À l'intérieur, la nef frappe par sa proportion : étroite — environ 9,10 mètres de large — elle s'élance jusqu'à 31,7 mètres de hauteur, créant un effet d'élévation saisissant. Les voûtes à nervures retombent sur des clés ornées de pendentifs, et certaines clés portent les armes des donateurs, mémoire héraldique d'une ville de marchands fiers de leur église. Six chapelles bordent les bas-côtés ; elles renferment des retables Renaissance et des œuvres d'art des XVIe et XVIIe siècles, qui complètent le décor du vaisseau.
Destructions et renaissance du monument
L'édifice souffrit gravement des bombardements de la Seconde Guerre mondiale, le 20 mai 1940, qui ravagèrent Abbeville. Patiemment restauré, il fut rendu au culte en 1998. Classé au titre des monuments historiques, il demeure l'un des fleurons du patrimoine de la Somme et un jalon essentiel pour comprendre l'art de la fin du gothique.
Abbeville, capitale du Ponthieu et port actif sur la Somme, devait sa prospérité au commerce et à la draperie. La collégiale fut le grand ouvrage civique de la ville : son financement reposa largement sur la générosité des bourgeois, des marchands et des confréries de métiers, qui y voyaient autant un acte de foi qu'une affirmation d'orgueil urbain. Cette dimension collective explique la densité du décor sculpté et la présence, sur les clés de voûte et les niches, des armoiries des familles donatrices. Le chantier traversa les règnes de Charles VIII, Louis XII et François Iᵉʳ, épousant exactement les décennies où la Renaissance s'implantait en France.
Saint-Vulfran d'Abbeville illustre à merveille ce moment où le flamboyant français, porté à son comble, accueille les premiers signes de la Renaissance. La façade, sommet de dentelle de pierre, et ses vantaux sculptés à l'antique disent le dialogue d'un chantier commencé en plein Moyen Âge finissant et achevé sous François Iᵉʳ. Le visiteur y lit, sur une seule élévation, la transition d'un art à l'autre : la dernière flamboyance gothique et la première séduction de l'Italie, nouées dans la pierre et le bois d'une collégiale de marchands picards.
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Fiche mise à jour le 10 octobre 2026















