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Portrait de Thomas Gresham

✦ Illustre ✦

Thomas Gresham

v.1519-1579·financier et marchand

Contributions & œuvres

Issu d'une dynastie de marchands de la Mercers' Company, Thomas Gresham devient l'agent financier de la Couronne à Anvers, place bancaire de l'Europe du Nord. Pour quatre souverains successifs, d'Édouard VI à Élisabeth Iʳᵉ, il négocie les emprunts royaux, manœuvre le change et restaure le crédit de l'Angleterre auprès des banquiers flamands avec une virtuosité redoutable. Son nom reste attaché à la « loi de Gresham » — la mauvaise monnaie chasse la bonne —, principe de circulation monétaire que des économistes du XIXᵉ siècle baptiseront de son nom. Mais son geste le plus durable est bâti de pierre : à ses frais, il élève à Londres le Royal Exchange (1565-1571), bourse de commerce inspirée de celle d'Anvers, qu'Élisabeth inaugure en lui accordant son titre royal. Par testament, sa fortune et sa demeure fondent le Gresham College, où sept professeurs enseignent gratuitement au public les sciences et les lettres — institution toujours vivante.

Anecdote mémorable

La fondation de son collège tient à une femme qui refusa de se remarier. Par testament, Gresham avait prévu que sa demeure londonienne deviendrait un collège gratuit après la mort de sa veuve, Anne Fernely. Celle-ci jouit du domaine jusqu'à son décès en 1596, et ce n'est qu'alors que le Gresham College ouvrit enfin ses portes, près de vingt ans après la mort du fondateur. L'institution, qui offre toujours des conférences gratuites à Londres, demeure l'un des plus anciens héritages vivants d'un marchand de la Renaissance.

Influences reçues

Gresham apprit son métier au contact de la Bourse d'Anvers, modèle européen du négoce et de la banque, et de la tradition marchande de la Mercers' Company londonienne. Les pratiques bancaires flamandes et italiennes du change nourrirent directement sa science financière.

Influences exercées

Il façonna la place financière de Londres et légua au commerce anglais le modèle de la bourse couverte. Le Gresham College, né de son testament, diffusa l'enseignement scientifique public et servit de berceau aux savants qui fondèrent la Royal Society. La « loi de Gresham » entra dans le vocabulaire durable de l'économie monétaire.

Importance historique

Gresham fut l'architecte de la puissance financière anglaise naissante, à une époque où Londres n'était encore qu'un satellite d'Anvers. En rétablissant le crédit de la Couronne et en maîtrisant les mécanismes du change international, il donna à l'État Tudor les moyens de ses ambitions, des guerres aux grandes entreprises maritimes. Sa grande audace fut de doter Londres d'institutions dignes d'une capitale marchande : le Royal Exchange offrit pour la première fois aux négociants un lieu couvert où traiter, préfigurant la City financière. Le bâtiment, ses galeries de boutiques et sa cour à arcades firent de Gresham un bienfaiteur public autant qu'un homme d'affaires. Sa fondation du Gresham College prolongea cette vision : persuadé que le savoir devait servir le commerce et la navigation, il créa une université populaire avant la lettre, qui accueillera plus tard les réunions à l'origine de la Royal Society. La nuance de ce parcours tient à sa dureté d'homme d'argent : Gresham sut aussi spéculer, détourner à son profit des opérations publiques et accumuler une fortune colossale. Son génie fut d'en consacrer une part à des œuvres qui lui survivent de plus de quatre siècles.