Sur les pas de Robert Peake l'Ancien — ses œuvres & ses lieux sur la carte →
« Peindre un prince, c'etait peindre l'espoir d'un royaume. »
Contributions & œuvres
Robert Peake l'Ancien occupe une place singuliere dans l'histoire de la peinture anglaise : il est l'un des rares portraitistes de premier plan de sa generation a n'etre pas un immigre venu du continent. Ne vers 1551 dans une famille du Lincolnshire, il se forme d'abord comme orfevre avant de se tourner vers le portrait. On le retrouve des 1576 au service de l'Office of the Revels, le departement qui orchestrait les divertissements de la cour d'Elisabeth Ire. Dans les annees 1580, il est deja un peintre recherche.
Sa carriere bascule avec l'avenement des Stuart. En 1604, Jacques Ier le nomme peintre principal du prince Henry Frederick, l'heritier brillant et plein de promesses dont la cour attendait beaucoup. En 1607, Peake accede a la charge de serjeant painter du roi, la plus haute fonction officielle qu'un artiste pouvait alors atteindre en Angleterre. Aupres du jeune prince, il donne le meilleur de lui-meme : portraits en pied du prince a la chasse, images d'une elegance martiale et optimiste qui incarnent l'espoir place dans ce futur souverain. Il peint toute la famille royale, y compris le cadet Charles, futur Charles Ier.
Son style, dit jacobeen, cultive la richesse decorative : etoffes brodees, dentelles, bijoux rendus avec une minutie presque heraldique, figures posees dans une frontalite ceremonieuse. Peake excelle a transformer le portrait en embleme de rang et de dignite.
Il faut toutefois nuancer la legende. Peake n'etait pas un innovateur de la figure humaine : ses visages restent souvent raides, les corps traites comme des supports a vetements somptueux plutot que comme des volumes vivants. La profondeur psychologique, la souplesse anatomique d'un Holbein lui echappent, et une partie de sa production, assuree par un atelier actif ou son fils William travaillait a ses cotes, montre des faiblesses d'execution. La mort prematuree du prince Henry en 1612 le prive par ailleurs de son plus grand mecene et, avec elle, de l'elan qui avait porte ses oeuvres les plus inspirees.
Il n'en demeure pas moins que, precisement parce qu'il etait anglais dans un metier domine par les Flamands et les Neerlandais, Peake est aujourd'hui reconnu comme une figure charniere dans la lente naissance d'une ecole britannique de peinture. Il meurt a Londres en 1619, laissant une image durable de la cour des premiers Stuart.
Anecdote mémorable
Forme d'abord comme orfevre, Peake garda de ce premier metier le gout des surfaces precieuses : dans ses portraits, bijoux et broderies sont rendus avec une precision presque de joaillier.
Influences reçues
Tradition du portrait d'apparat elisabethain et art des peintres flamands installes a Londres ; heritage lointain de la minutie de Holbein dans le rendu des etoffes.
Influences exercées
Son atelier et son fils William Peake prolongent son style ; contribue a l'idee d'une ecole de portraitistes natifs d'Angleterre.
Importance historique
Rare portraitiste anglais de premier plan a une epoque dominee par les etrangers ; peintre attitre du prince Henry et serjeant painter de Jacques Ier, figure de transition vers une ecole britannique.
