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Sur les pas de Robert Lyminge — ses œuvres & ses lieux sur la carte →
Contributions & œuvres
Charpentier devenu architecte, Robert Lyminge est l'auteur de deux des plus belles demeures jacobéennes d'Angleterre. Son premier chantier documenté le montre en 1607 au service de Robert Cecil, premier comte de Salisbury, pour qui il dirige de 1607 à 1612 la conception et la construction de Hatfield House, le palais prodige par excellence du règne de Jacques Iᵉʳ. Vers 1616-1617, il dessine pour Sir Henry Hobart une seconde grande maison, Blickling Hall dans le Norfolk, dont il mène le chantier jusqu'à la fin des années 1620. Les deux édifices partagent une même signature : la brique rouge rehaussée de pierre autour des baies, les cordons et chaînages d'angle de pierre, et surtout une tour-horloge centrale qui donne à la façade son rythme — de pierre à Hatfield, de bois peint en trompe-l'œil de pierre à Blickling, détail qui trahit la main du charpentier sous l'architecte. Lyminge fut inhumé dans le cimetière de Blickling le 8 janvier 1628, au pied même de la maison qu'il avait fait surgir.
Anecdote mémorable
À Blickling, le détail le plus révélateur est invisible à l'œil nu : la tour-horloge qui couronne la façade n'est pas de pierre, comme à Hatfield, mais de bois patiemment peint pour en imiter l'appareil. Là se trahit l'homme — un charpentier avant d'être architecte, qui savait faire chanter le bois jusqu'à le faire passer pour de la pierre. Et c'est à Blickling qu'il voulut reposer : le registre de la paroisse note son inhumation dans le cimetière le 8 janvier 1628, à quelques pas des murs qu'il avait dessinés, comme s'il n'avait pu se résoudre à quitter sa dernière demeure, au sens le plus littéral du mot.
Influences reçues
Issu du métier de la charpente, il hérite de la tradition constructive anglaise tardo-gothique, qu'il marie au répertoire ornemental franco-flamand et aux motifs continentaux (frontons, pilastres, loggias) alors diffusés par les recueils gravés et par les artisans immigrés des Pays-Bas.
Influences exercées
Hatfield et Blickling devinrent des modèles du goût jacobéen, maintes fois imités dans les demeures de brique et de pierre du premier XVIIᵉ siècle. Sa tour-horloge centrale s'imposa comme un motif-signature de la façade de prodigy house.
Importance historique
Lyminge appartient à cette génération charnière où le charpentier et le maçon de métier accèdent, faute d'architectes au sens moderne, à la conception des plus grands édifices du royaume. Hatfield et Blickling comptent parmi les sommets du style jacobéen, cet art de transition qui mêle encore la verticalité et la fantaisie héraldique de l'élisabéthain à une symétrie et à un ordre venus du continent, avant qu'Inigo Jones n'impose le classicisme. Avoir conçu et mené deux chantiers de cette ampleur suffit à ranger Lyminge parmi les créateurs majeurs de l'architecture anglaise d'avant la guerre civile. Sa trajectoire éclaire aussi une vérité du temps : l'auteur d'une prodigy house n'était pas un artiste signataire mais un maître d'œuvre polyvalent, surgi du chantier, dont le nom nous est souvent parvenu par les livres de comptes et les registres de paroisse plus que par la gloire. Qu'il repose à Blickling, dans l'ombre de son œuvre, dit mieux que tout le lien charnel qui unissait alors le bâtisseur à ce qu'il avait bâti.
Le courant : l’École franco-flamande


