Sur les pas de Nicholas Hilliard — ses œuvres & ses lieux sur la carte →
« La manière de Holbein, je l'ai toujours imitée et la tiens pour la meilleure. »
Contributions & œuvres
L'art de peindre en petit
Nicholas Hilliard, fils d'orfèvre d'Exeter, transforme un art réputé mineur en joyau national. Apprenti chez l'orfèvre Robert Brandon, joaillier de la reine, il apprend à travailler l'or et les pierres avant de porter la miniature — le limning élisabéthain — à son sommet. Enfant, il avait vécu à Genève dans la famille protestante des Bodley, exilée sous le règne de Marie Tudor : une jeunesse de réfugié de la foi, loin des éclats de la cour qu'il allait servir. Vers vingt-quatre ans, il est nommé limner et orfèvre d'Élisabeth Iʳᵉ.
Le refus de l'ombre
Son audace tient dans un parti pris radical : il refuse le clair-obscur. Là où les peintres cherchent le relief par l'ombre, Hilliard peint en pleine lumière, à plat, estimant que l'ombre abîme la ressemblance et que la cour doit se montrer sans artifice ténébreux. Il couche ce credo dans un traité, The Arte of Limning, premier texte anglais sur la peinture, où il rapporte aussi ses conversations avec la reine.
Le miroir de la cour
Ses miniatures — Élisabeth, Walter Raleigh, Francis Drake, le fameux Jeune homme parmi les roses — sont des bijoux à porter, enchâssés dans l'or, offerts en gage d'amour ou de loyauté. Hilliard y mêle emblèmes, devises latines, flammes et fleurs : chaque portrait est un petit théâtre codé, une énigme tenue au creux de la main. Formé à l'or, il peint encore comme un orfèvre, rehaussant les bijoux de véritables poudres métalliques et traitant la miniature non comme un tableau réduit, mais comme un objet précieux à posséder et à transmettre.
L'ombre derrière l'éclat
Mais ce maître de la lumière vécut dans la gêne. Mauvais gestionnaire, criblé de dettes malgré la faveur royale, il fut même brièvement emprisonné, et vit une part de son terrain lui échapper au profit de son élève devenu rival, Isaac Oliver. Il meurt au début de 1619, pauvre, après avoir pourtant inventé l'image intime de tout un règne. On l'inhume à St Martin-in-the-Fields le 7 janvier.
Anecdote mémorable
Dans son traité The Arte of Limning, Hilliard rapporte qu'Élisabeth Iʳᵉ, pour être peinte, choisissait de poser en plein air, dans une allée ouverte où aucune ombre d'arbre ne tombait. De cette lumière sans ombre, il fit la doctrine de son art.
Influences reçues
Formé à l'orfèvrerie plutôt qu'à la peinture, il hérite du médaillon et de l'enluminure, et admirait par-dessus tout la manière de Hans Holbein.
Influences exercées
Il crée l'école anglaise de la miniature et forme notamment Isaac Oliver, qui prolongera puis bousculera son art.
Importance historique
Hilliard est l'un des premiers grands peintres anglais de naissance et l'inventeur de la miniature élisabéthaine, image intime et emblématique de la cour d'Élisabeth Iʳᵉ.
