HitsMap
Portrait de Masaccio

Illustre

Masaccio

Peintre

1401-1428·Peintre·San Giovanni Valdarno / Florence·peinture
« « Il fit ses figures debout sur leurs pieds. » — d'après Vasari, qui résume ainsi ce que Masaccio a rendu à la peinture : le poids, l'aplomb, la vérité des corps. »

Contributions & œuvres

Il n'a qu'une vingtaine d'années et, en quelques chantiers, il refonde la peinture. Là où le gothique international déployait des silhouettes gracieuses, des drapés précieux et des fonds d'or, Masaccio impose d'un coup un monde solide : des hommes qui pèsent, qui tiennent debout, qui occupent l'espace comme des volumes réels. C'est une audace inouïe — balayer, si jeune, tout un langage établi pour lui substituer la gravité, la mesure et la présence humaine.

Sa contribution la plus célèbre est la maîtrise de la perspective scientifique. Dans la fresque de la Trinité de Santa Maria Novella, à Florence, il construit une voûte en berceau qui semble percer le mur : les lignes fuient vers un point unique, l'architecture peinte devient crédible au millimètre, et le spectateur croit voir s'ouvrir une véritable chapelle. Cette rigueur géométrique, nourrie du dialogue avec les inventions de son temps, fait entrer la peinture dans l'âge de la démonstration rationnelle de l'espace.

Mais Masaccio n'est pas qu'un géomètre. Dans la chapelle Brancacci, à l'église Santa Maria del Carmine, il peint des figures pétries de chair et de lumière. L'Adam et Ève chassés du paradis reste l'un des sommets bouleversants de tout l'art occidental : deux corps nus, écrasés de honte et de douleur, Ève la bouche ouverte sur un cri, Adam le visage caché dans ses mains. Aucune joliesse ; rien que l'humanité mise à nu. La lumière y tombe d'une direction réelle, sculpte les muscles, projette de vraies ombres, et donne aux personnages une existence physique qu'on n'avait jamais vue.

De cette lumière naît une gravité monumentale. Ses apôtres, ses pauvres, ses figures sacrées ont la dignité pesante de statues antiques et l'émotion contenue d'êtres vivants. Masaccio réunit ainsi trois conquêtes en une seule œuvre — l'espace mesuré, le volume des corps, la lumière vraie — et pose le socle sur lequel s'élèvera tout le siècle florentin.

Anecdote mémorable

Son surnom même dit son caractère. « Masaccio » signifie à peu près « Thomas le balourd », « le négligé » — de Tommaso, son vrai prénom. Non qu'il fût sot : selon la tradition rapportée par Vasari, il était simplement insouciant de tout ce qui n'était pas son art. Indifférent à l'argent, à sa mise, aux convenances, il concentrait toute son attention sur la peinture et laissait le reste aller. Le sobriquet, plutôt qu'une moquerie, sonne comme l'aveu d'un homme entièrement absorbé par une seule chose.

Influences reçues

Masaccio hérite de la leçon de Giotto, un siècle plus tôt, dont il retrouve et prolonge la solidité des figures et le sens du drame humain. Son époque florentine bouillonne des recherches sur la perspective et la construction de l'espace, dans le sillage des travaux d'architectes et de sculpteurs contemporains attachés à la rigueur des proportions. Il travaille aussi aux côtés du peintre plus âgé Masolino, avec qui il partage plusieurs chantiers, dont la chapelle Brancacci — collaboration où le contraste entre la grâce de l'un et la puissance de l'autre saute aux yeux.

Influences exercées

Son influence est démesurée au regard de sa vie si brève. La chapelle Brancacci devient l'école de la Renaissance : des générations de peintres viennent y copier ses figures pour apprendre le dessin, la lumière et la construction des corps. Michel-Ange lui-même, jeune, dessinait d'après les fresques de Masaccio. La voie qu'il a ouverte — corps solides, espace mesuré, émotion grave — irrigue tout le Quattrocento florentin et bien au-delà.

Importance historique

Masaccio est le révolutionnaire fondateur de la peinture de la Renaissance. En quelques années à peine, il a donné à l'art occidental l'espace perspectif, le poids des corps et la lumière réelle, réunis dans une gravité neuve. Sa nuance, c'est sa fragilité : mort autour de vingt-sept ans, à Rome, dans des circonstances obscures — une rumeur d'empoisonnement a circulé, qu'il faut prendre pour ce qu'elle est, une rumeur invérifiée. Il laisse une œuvre minuscule par le nombre, immense par la portée : une poignée de fresques et de panneaux qui ont fécondé tout un siècle. Peu d'artistes auront tant changé leur art en si peu de temps.

Peintures (1)

À voir aussi