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Portrait de Le Greco (Doménikos Theotokópoulos)

Illustre

Le Greco (Doménikos Theotokópoulos)

peintre

Italie : v.1567 – 1576 (Venise puis Rome)·Peintre crétois établi à Tolède ; l'un des plus singuliers génies de la fin de la Renaissance.·peinture

Contributions & œuvres

Il arrive de Crète en peintre d'icônes accompli — reconnu « maître » de la guilde de Candia dès 1563 — et repart d'Italie en peintre occidental. Vers 1567, Doménikos Theotokópoulos gagne Venise, capitale dont la Crète est alors une possession. Il y entre dans l'orbite du vieux Titien, dont le miniaturiste Giulio Clovio le dit « disciple », et absorbe tout ce que l'icône byzantine ignorait : la couleur chaude et la lumière atmosphérique de Titien, les compositions à figures multiples et les corps étirés du Tintoret, l'ampleur théâtrale de Véronèse, le grand format à l'huile. En 1570, sur la recommandation de Clovio, il monte à Rome et se fait recevoir au palais Farnèse par le cardinal Alexandre Farnèse, foyer d'érudition où il fréquente le cercle du savant Fulvio Orsini — lequel possédera jusqu'à sept de ses tableaux. Le 18 septembre 1572, il s'inscrit à la guilde de Saint-Luc comme peintre en miniature et ouvre son propre atelier. De ces années italiennes naissent des œuvres attestées : le portrait de Giulio Clovio (v.1571), celui de Vincenzo Anastagi, et surtout les versions du « Christ chassant les marchands du Temple » (la Purification), manifeste où il assemble Venise et son passé grec. Là s'invente sa signature : perspectives fuyantes et violentes, figures torses et allongées, spiritualité incandescente — la synthèse byzantino-vénitienne qu'il portera bientôt à Tolède. L'audace a son revers, très romain. Fier, tranchant, il heurte le milieu Farnèse : une plainte du 6 juillet 1572 dit son renvoi de la maison du cardinal, et l'architecte Pirro Ligorio le traite de « sot étranger ». Ses positions esthétiques provocantes lui aliènent la Rome de Michel-Ange, et malgré le prestige de ses protecteurs il n'y décroche pas les grandes commandes espérées : c'est en partie cet échec relatif qui, vers 1576, le pousse vers l'Espagne.

Anecdote mémorable

Rome retient de lui un mot d'orgueil resté célèbre. Devant le « Jugement dernier » de Michel-Ange à la chapelle Sixtine, le jeune Crétois aurait déclaré que, si l'on effaçait la fresque, il la referait aussi bien et de manière plus décente, conforme aux exigences de la Contre-Réforme. Des années plus tard, interrogé sur le maître florentin, il aurait tranché : « c'était un homme de bien, mais il ne savait pas peindre. » L'audace, dans la Rome qui vénérait Michel-Ange comme un dieu, frôlait le blasphème et lui coûta cher en amitiés. Le propos, rapporté notamment par le biographe Giulio Mancini, appartient à la légende autant qu'à l'histoire et doit se lire comme un récit @@AVERIFIER.

Influences reçues

École crétoise et icône post-byzantine ; Titien ; Tintoret ; Véronèse ; maniérisme romain ; Giulio Clovio

Influences exercées

Synthèse byzantino-vénitienne diffusée ; cercle érudit Farnèse–Fulvio Orsini (collectionneurs de son œuvre) ; il ne fonde pas d'école en Italie, son influence éclatera en Espagne @@AVERIFIER

Importance historique

L'Italie est le creuset où tout se décide. Un peintre d'icônes crétois y meurt symboliquement pour qu'en renaisse un maître de la Renaissance : sans les trois ans vénitiens (la couleur, la lumière, l'allongement maniériste) ni le passage romain (le grand récit sacré, l'ambition intellectuelle du Farnèse), le Greco de Tolède serait impensable. Ce territoire lui donne la langue occidentale de la peinture, qu'il greffe sur sa spiritualité byzantine. Venise et Rome ne sont donc pas une parenthèse de formation mais la matrice de son génie : c'est ici que Theotokópoulos forge la fusion — icône et Renaissance, ferveur grecque et couleur italienne — qui fera de lui un peintre sans équivalent.

Continuer sur la vie et les créations de Le Greco (Doménikos Theotokópoulos) en Espagne · Candie (Crète), 1541 – Tolède, 1614

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