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Illustre

Doménikos Theotokópoulos, dit le Greco

peintre

Candie (Crète), 1541 – Tolède, 1614·Peintre crétois établi à Tolède ; l'un des plus singuliers génies de la fin de la Renaissance.·Candie (Héraklion), Crète vénitienne·peinture

Contributions & œuvres

Peintre d'icônes à Candie, Doménikos Theotokópoulos gagne Venise vers 1567, où il apprend la couleur et la lumière de Titien et du Tintoret, puis Rome, où il mesure la grandeur de Michel-Ange. Ne trouvant pas sa place en Italie, il passe en Espagne et s'établit à Tolède vers 1577 : il n'en repartira plus. Là, pour les églises et les couvents de la ville, il peint ses grandes machines mystiques — « l'Enterrement du comte d'Orgaz », les cycles d'apôtres et de saints — où le monde terrestre et le monde céleste se répondent dans un même embrasement de couleurs. La France conserve à Strasbourg une « Mater Dolorosa », visage de la Vierge en larmes où se concentre tout son art : la douleur portée à l'incandescence, la chair devenue lumière. Son style, unique, ne connut ni école ni héritier — il fallut trois siècles pour le comprendre.

Anecdote mémorable

On raconte qu'interrogé sur Michel-Ange, El Greco aurait répondu que c'était « un homme de bien, mais qui ne savait pas peindre ». Toute son audace tient dans cette insolence : venu de Byzance, passé par l'Italie, il n'admirait personne assez pour lui obéir, et c'est ainsi qu'il devint inimitable.

Influences reçues

La tradition byzantine des icônes de sa Crète natale ; à Venise, la couleur de Titien et du Tintoret ; à Rome, la monumentalité de Michel-Ange, qu'il transfigure.

Influences exercées

Sans postérité immédiate, il fut redécouvert par les modernes : Cézanne, les expressionnistes et Picasso — dont « les Demoiselles d'Avignon » doivent à ses corps étirés — le tinrent pour un précurseur.

Importance historique

El Greco — « le Grec » — n'appartient à aucune école, parce qu'il les a toutes traversées pour n'être que lui-même. Né en Crète dans la tradition des icônes, formé à Venise auprès de Titien, nourri à Rome de Michel-Ange, il échoue en Espagne et y invente, à Tolède, une peinture sans équivalent : figures étirées comme des flammes, couleurs acides et surnaturelles, corps qui semblent aspirés vers le ciel. Incompris de son temps, jugé extravagant, il fut redécouvert au XXᵉ siècle comme un frère des modernes — Cézanne et Picasso s'inclinèrent devant lui. Nul n'a peint la ferveur spirituelle avec une telle audace formelle : il est le grand visionnaire de la fin de la Renaissance.

Peintures (1)