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Portrait de Filippo Lippi

✦ Illustre ✦

Filippo Lippi

v.1406–1469·peintre, frère carme
« « Les excellences des esprits rares sont des formes célestes, et non des ânes de bât. » (propos prêté à Cosme de Médicis, rapporté par Vasari dans les Vies) »

Contributions & œuvres

Orphelin confié tout enfant aux carmes de Santa Maria del Carmine à Florence, où il prononce ses vœux vers 1421, Fra Filippo Lippi grandit sous les fresques que Masaccio venait d'y peindre à la chapelle Brancacci. Il devient l'un des plus grands peintres du Quattrocento florentin. On lui doit des retables fondateurs — le Couronnement de la Vierge et la Pala Barbadori, la Vierge à l'Enfant dite « des Offices » — et surtout de vastes cycles de fresques : la vie de saint Étienne et de saint Jean-Baptiste au Duomo de Prato (1452-1465), puis la vie de la Vierge au chœur de la cathédrale de Spolète (1467-1469), restée inachevée à sa mort. Protégé des Médicis, en particulier de Cosme l'Ancien, il invente un art de la grâce : Madones tendres et pensives, lignes fluides, lumière limpide, fonds d'architecture et de paysage d'une nouveauté saisissante. Il forma dans son atelier le jeune Sandro Botticelli.

Anecdote mémorable

Moine depuis l'enfance, Lippi mena une vie peu conforme à ses vœux. Vers 1456, alors qu'il est aumônier du couvent de Santa Margherita à Prato, il s'éprend d'une jeune religieuse, Lucrezia Buti, qu'il emmène avec lui. De cette union naissent un fils, Filippino — futur grand peintre lui aussi —, et une fille, Alessandra ; il fallut l'intervention des Médicis pour que le pape finît par les relever de leurs vœux. Vasari raconte par ailleurs que Cosme l'Ancien, excédé par les escapades du peintre, le fit un jour enfermer pour l'obliger à travailler : l'artiste se serait évadé en nouant ses draps pour descendre par la fenêtre.

Influences reçues

Sa formation est marquée d'abord par Masaccio, dont il admira les fresques de la chapelle Brancacci, voisines de son couvent, et dont il retint la monumentalité et la maîtrise de l'espace. Il assimila aussi la douceur lumineuse de Fra Angelico, la plasticité des reliefs de Donatello et, probablement, la précision lumineuse de la peinture flamande qui circulait alors à Florence. De ces sources il tira une synthèse personnelle, à la fois solide et gracieuse.

Influences exercées

Son influence la plus directe s'exerce sur Sandro Botticelli, formé dans son atelier, et sur son propre fils Filippino Lippi, qui prolongea sa manière. Au-delà, ses Vierges tendres, ses drapés mouvementés et son sens du récit en perspective irriguèrent toute la peinture florentine de la seconde moitié du XVe siècle et préparèrent le terrain à la génération de la Renaissance mûre.

Importance historique

Filippo Lippi occupe une position charnière dans la peinture florentine : il fait le pont entre la monumentalité révolutionnaire de Masaccio, dont il hérite le sens du volume et de l'espace, et la grâce linéaire qui culminera chez Botticelli, son élève. Là où Masaccio imposait la gravité, Lippi introduit la tendresse, le mouvement du drapé, la nervosité du trait et une humanité nouvelle des visages, en particulier dans ses nombreuses Vierges qui deviennent un modèle de douceur pour tout le siècle. Sa recherche d'espace et de récit, ses architectures en perspective, ses groupes animés annoncent les grandes compositions de la Renaissance mûre. Les frères Lippi — lui puis son fils Filippino — comptent parmi les dynasties majeures de l'art florentin. Sa réputation dépassa de son vivant les frontières de la Toscane : il travailla pour les Médicis, pour des couvents et des cathédrales, et reçut des commandes jusqu'à Naples et Rome. À sa mort à Spolète, Laurent le Magnifique fit élever un tombeau orné d'une épitaphe composée par l'humaniste Ange Politien, signe de l'estime attachée à son nom.

Peintures (1)