Contes, légendes & anecdotes
Le Camp du Drap d'Or (7-24 juin 1520) fut la rencontre la plus fastueuse de l'histoire diplomatique européenne — François Ier et Henri VIII d'Angleterre se retrouvèrent entre Guînes et Ardres (dans le Pas-de-Calais) avec des milliers de courtisans, des tentes de soie, des banquets de plusieurs jours, des tournois et des joutes. Chaque roi voulait éblouir l'autre. La dépense fut astronomique. Le résultat diplomatique fut nul — l'Angleterre s'allia peu après avec Charles Quint contre la France. La frise de l'hôtel de Bourgtheroulde est la seule représentation contemporaine détaillée de cet événement. Adrien Le Roux, qui fit sculpter cette frise, avait peut-être assisté à la rencontre.
Histoire
L'hôtel de Bourgtheroulde — dont le pavillon d'angle et la galerie Renaissance sont les éléments les plus remarquables — est l'un des monuments civils les plus importants de la Normandie Renaissance. Construit entre 1499 et 1532 pour Guillaume Le Roux, seigneur de Bourgtheroulde, et son fils Adrien Le Roux, il constitue avec le Gros-Horloge et le Palais de Justice le triptique monumental de la Renaissance rouennaise. Son programme sculptural — la frise des Triomphes de Pétrarque et la frise de la rencontre du Camp du Drap d'Or (1520) — est l'un des programmes iconographiques civils les plus sophistiqués de France. La frise du Camp du Drap d'Or représente la rencontre entre François Ier et Henri VIII d'Angleterre en juin 1520 — deux rois qui tentaient de s'éblouir mutuellement par leur faste. Cette frise unique au monde est un document historique autant qu'une œuvre d'art.
À voir
Récit incarné
Rouen, place de la Pucelle. L'hôtel de Bourgtheroulde — sa façade gothique-Renaissance sur la place, son pavillon d'angle qui tourne vers la rue. Et sur la galerie, les frises sculptées : le Triomphe de Pétrarque et le Camp du Drap d'Or.
Approchez-vous de la galerie. Regardez la frise du Camp du Drap d'Or. Des cavaliers en armure dorée, des tentes ornées de fleurs de lis, des blasons que vous pouvez identifier — François Ier d'un côté, Henri VIII de l'autre. C'est juin 1520, le soleil de Picardie, la rencontre des deux rois les plus riches d'Europe occidentale. Tout l'or de la France et de l'Angleterre rassemblé dans un champ pour éblouir. Et tout ça taillé dans le calcaire normand par un sculpteur rouennais qui avait peut-être vu la scène ou vu des gravures de la scène.
C'est un document d'histoire unique — une rencontre diplomatique représentée en relief dans une frise d'hôtel particulier, moins de douze ans après l'événement.
Lecture architecturale
L'hôtel de Bourgtheroulde présente une façade principale sur la place — galerie à arcades en plein cintre au rez-de-chaussée, deux étages à fenêtres flamboyantes, lucarnes sculptées. Le pavillon d'angle est la pièce maîtresse — une tour octogonale qui tourne vers la rue adjacente. La galerie intérieure présente les frises sculptées.
Symboles à observer
1. La frise du Camp du Drap d'Or : dans la galerie, les reliefs représentant la rencontre de juin 1520. Cherchez les armes de France (fleurs de lis) et d'Angleterre (lions) dans les écussons.
2. Le Triomphe de Pétrarque : l'autre frise — les six Triomphes de Pétrarque (l'Amour, la Chasteté, la Mort, la Renommée, le Temps, l'Éternité) représentés selon la tradition humaniste.
3. Le pavillon octogonal : la tour d'angle qui dit le rang de la maison et de son propriétaire.
4. Les lucarnes flamboyantes : au comble, les lucarnes gothiques flamboyantes — plus tardives et plus ornementées que dans les premiers hôtels Renaissance.
Anecdote mémorable
François Ier, lors de sa visite triomphale à Rouen en 1517, passa peut-être devant cet hôtel en construction. Le roi vit la Normandie Renaissance — ses palais de justice, ses beffrois, ses hôtels particuliers. Il repartit avec des idées — ou peut-être avec l'idée d'inviter à sa cour les meilleurs sculpteurs normands pour ses propres chantiers de Fontainebleau et de Chambord. La Renaissance rouennaise influença peut-être la Renaissance royale.
Contexte historique dense
Rouen au XVIe siècle était la deuxième ville de France après Paris — sa position sur la Seine en faisait le premier port commercial du royaume, par où transitaient les marchandises de l'Atlantique vers Paris. Ses marchands (drapiers, négociants en épices et en bois) constituaient l'une des bourgeoisies les plus riches de France. L'hôtel de Bourgtheroulde (1499-1532) fut construit dans ce contexte de prospérité marchande et d'humanisme normand.
Échos artistiques
Musique : Psaumes de David mis en musiquede Claude Le Jeune (v.1564) — le compositeur rouennais qui incarna la Renaissance musicale normande. Peinture :Le Camp du Drap d'Or (Hans Holbein le Jeune, v.1545, Royal Collection) — la représentation peinte de la même rencontre que la frise sculptée. Architecture : le Palais de Justice de Rouen (76) — à 300 mètres, le grand palais de justice Renaissance de Rouen.
Pour aller plus loin
- Gros-Horloge (Rouen) — l'horloge-beffroi Renaissance.
- Palais de Justice (Rouen) — à 300 mètres.
- Cathédrale Notre-Dame de Rouen — peinte 30 fois par Monet.







