Devant l'œuvre
Approchez-vous, car ces œuvres sont faites pour être vues de tout près. Il ne s'agit pas de grandes figures de portail, comme celles que l'on trouve à l'entrée des églises : ce sont des statuettes de cabinet, à peine plus hautes qu'un avant-bras, que l'on prenait en main. Observez le poli des corps, puis le détail des chevelures, bouclées une à une. Et souvenez-vous : longtemps, on a cru ces figures de la main de Dürer, tant leur raffinement impressionnait.
Symbolisme & lecture iconographique
La pomme renvoie au fruit défendu et au péché originel, mais ici l'accent n'est pas mis sur la faute : il est placé sur la perfection des corps avant la Chute. Les deux figures évoquent l'innocence première de l'humanité et, à travers elle, un idéal de beauté naturelle que la Renaissance aimait à retrouver dans la nudité antique.
Analyse des émotions
Ces petites figures dégagent une intimité rare. Faites pour être tenues et regardées de près, elles invitent à une contemplation douce et silencieuse. La beauté lisse des corps, la délicatesse des visages et des chevelures suscitent un sentiment de tendresse et d'admiration, bien éloigné de la gravité qu'on attendrait d'un sujet biblique.
Secrets & mystères
L'attribution à Dürer lors de l'achat de 1817 n'avait rien de fortuit : la finesse graphique des chevelures et la qualité du modelé rappelaient les recherches du maître de Nuremberg sur le corps humain. C'est la connaissance plus fine de l'œuvre de Conrat Meit qui a permis de corriger cette attribution.
Le saviez-vous ?
Acquises à Nuremberg en 1817 sous le nom d'Albrecht Dürer, les deux statuettes ne furent rendues que plus tard à Conrat Meit : l'erreur témoigne du prestige attaché au nom de Dürer autant que de la qualité exceptionnelle du travail de Meit.
