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La Mise au tombeau (Deposizione Borghese, Trasporto di Cristo, Pala Baglioni)

Peinture

La Mise au tombeau (Deposizione Borghese, Trasporto di Cristo, Pala Baglioni)

Raffaello Sanzio, dit Raphaël

Faire le puzzle de l'œuvre

Devant l'œuvre

Ce panneau montre un instant suspendu : le corps sans vie du Christ, retiré de la croix, est porté vers le tombeau par deux hommes qui ploient sous le poids. Le geste n'est pas encore l'ensevelissement, mais le transport — d'où l'un des titres italiens, Trasporto di Cristo. À droite, la Vierge défaille et s'affaisse, retenue par les saintes femmes qui l'entourent. La scène se lit ainsi en deux foyers : l'effort des porteurs à gauche, l'effondrement des femmes à droite.

L'œuvre est une commande d'Atalanta Baglioni, destinée à la chapelle familiale des Baglioni dans l'église San Francesco al Prato, à Pérouse. Elle fut peinte en mémoire de son fils, Grifonetto Baglioni, tué dans la vendetta sanglante qui déchira la famille — l'épisode resté dans les mémoires comme les « noces de sang » de Pérouse. Le retable est donc, avant tout, le monument du deuil d'une mère : la douleur de la Vierge devant son fils mort double celle d'Atalanta devant le sien.

La composition est parmi les plus construites de Raphaël. De nombreux dessins préparatoires en attestent la lente élaboration, l'artiste cherchant l'équilibre des corps, des mouvements et des lignes de force. On y reconnaît l'influence de l'antique dans l'idéal des figures, et celle de Michel-Ange dans la puissance des corps et la tension des poses.

Le tableau appartient aujourd'hui à la Galleria Borghese, à Rome. Son passage de Pérouse à la collection Borghese fait partie de son histoire mouvementée (voir @@ANECDOTE).

Symbolisme & lecture iconographique

Le corps porté vers le tombeau condense l'idée du passage : le Christ n'est plus sur la croix, il n'est pas encore enseveli. Ce transport figure le seuil entre la mort et la mise au tombeau, moment de recueillement plus que d'action. La Vierge défaillante, à droite, forme un second centre de sens : sa syncope rime avec la mort du Christ. La mère qui s'effondre redouble la perte du fils, et fait écho au deuil d'Atalanta Baglioni, commanditaire endeuillée. Le poids du corps — que les porteurs supportent visiblement — donne à voir la réalité de la mort. @@AVERIFIER (lecture symbolique précise de chaque figure et de leurs attributs à confirmer sur source canonique).

Analyse des émotions

Le tableau tient tout entier dans la tension entre l'effort et l'abandon : à gauche, des corps qui se raidissent pour soutenir un poids ; à droite, des corps qui cèdent, celui du Christ comme celui de la Vierge. La douleur n'y est pas criée mais retenue, portée par la gravité des gestes. Le spectateur est placé devant un chagrin qui est aussi celui d'une mère bien réelle, ce qui charge la scène d'une intimité rare pour un sujet sacré.

Secrets & mystères

  • Le titre varie selon les traditions : Mise au tombeau, mais aussi Trasporto di Cristo (« transport du Christ »), Deposizione Borghese, ou Pala Baglioni — chacun éclaire un aspect différent de l'œuvre.
  • Ce n'est pas une déposition de croix ni une mise au tombeau accomplie, mais l'instant intermédiaire du transport du corps.
  • L'œuvre naît d'un fait divers tragique : la mort de Grifonetto Baglioni dans la vendetta des « noces de sang » de Pérouse.
  • La commanditaire est une mère, Atalanta Baglioni, et le retable vaut comme monument privé au deuil autant que comme image de dévotion.
  • La genèse est exceptionnellement documentée par de nombreux dessins préparatoires, témoins du travail de composition de Raphaël.
  • On y lit une double influence : l'antiquité pour l'idéal des figures, Michel-Ange pour la force des corps.

Le saviez-vous ?

Au XVIIe siècle, le retable aurait été enlevé de nuit de l'église de Pérouse pour rejoindre la collection Borghese à Rome — un enlèvement clandestin qui priva la ville de son chef-d'œuvre. Le récit doit être présenté avec prudence : les circonstances exactes de ce transfert sont à vérifier sur source canonique. @@AVERIFIER

Le peintre

👤

Raffaello Sanzio, dit Raphaël

1483-1520

Peintre

Rôle : Peintre et architecte de la Haute Renaissance

Raphaël, c'est le nom qu'on prononce quand on veut dire « grâce ». Là où d'autres cherchent la tension ou l'énigme, lui vise l'équilibre parfait — cette harmonie si naturelle qu'on la croirait facile, alors qu'elle est le comble de l'art. Né à Urbino, dans l'une des cours les plus raffinées d'Italie, il grandit au milieu de la beauté comme d'autres au milieu du bruit. Son père, peintre lui-même, lui met un pinceau dans la main tôt. Le reste, Raphaël l'attrape en regardant : il apprend en absorbant, en digérant, en refaisant mieux. Toute sa carrière tient dans ce don rare — voir ce que les plus grands ont trouvé, et le fondre en une langue à lui.

Sa force la plus stupéfiante est justement là : la synthèse. Quand il arrive à Florence vers vingt ans, deux géants dominent l'époque, Leonardo et Michel-Ange. L'un lui apprend le sfumato, la douceur des visages, la composition en pyramide de ses Madones ; l'autre lui montre la puissance des corps, l'énergie musculaire, le drame. Raphaël ne choisit pas : il prend aux deux et compose une troisième voie, plus sereine, où la force ne détruit jamais la douceur. Ses Vierges à l'Enfant de cette période — tendres, lumineuses, d'une simplicité désarmante — deviennent le modèle absolu de la peinture religieuse pour trois siècles.

Puis vient Rome, et l'apothéose. Le pape Jules II lui confie la décoration de ses appartements privés au Vatican, les Chambres (Stanze). Raphaël y peint « L'École d'Athènes » : sous des arcs immenses, Platon et Aristote avancent au centre, entourés de toute la philosophie antique réunie en une seule assemblée. Chaque sage a son geste, sa posture, son idée rendue visible. La perspective est si maîtrisée qu'on croit pouvoir marcher dans la salle. C'est peut-être la plus parfaite mise en scène d'idées jamais peinte : la pensée elle-même, devenue architecture et lumière.

Mais réduire Raphaël au pinceau serait le trahir. À Rome, il devient un chef d'entreprise autant qu'un artiste. Il dirige le plus grand atelier de la ville, orchestre des dizaines d'aides, enchaîne les commandes des papes et des banquiers. À la mort de Bramante, on le nomme architecte de la basilique Saint-Pierre — le plus grand chantier de la chrétienté. On le charge aussi de veiller sur les antiquités de Rome, de recenser ses ruines, de protéger sa mémoire. Portraitiste, décorateur, urbaniste avant l'heure : à peine trentenaire, Raphaël est devenu une institution vivante.

Origine : Urbino

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