Devant l'œuvre
Ce Portrait de jeune femme est le seul Raphaël dans les collections alsaciennes — et l'une des œuvres les plus commentées du musée. Il représente une jeune femme de trois quarts, regardant légèrement sur le côté, avec un geste de la main qui couvre partiellement son décolleté. Les visiteurs et les historiens débattent depuis des siècles du nom de ce modèle — est-ce la Fornarina (Margherita Luti, la boulangère romaine qui fut l'amante de Raphaël) ? Ou une autre jeune femme de l'entourage du peintre ? L'identité du modèle reste inconnue, perdue dans les archives lacunaires du début du XVIe siècle. Ce mystère fait partie du charme du tableau.
Symbolisme & lecture iconographique
Le geste de la main qui couvre le décolleté dans les portraits féminins de la Renaissance dit plusieurs choses simultanément : la modestie (une vertu féminine attendue), la sensualité (le geste attire l'attention sur ce qu'il masque), et peut-être la maternité (une main posée sur le cœur ou le sein). Raphaël utilise ce geste pour créer une tension entre ce qui est montré et ce qui est caché.
Analyse des émotions
Ce portrait a une qualité d'intimité troublante — la femme semble à peine consciente d'être regardée, ou du moins ne cherche pas à séduire délibérément. Son geste sur la poitrine dit une pudeur naturelle plutôt que théâtrale. C'est le portrait d'une présence réelle — d'une personne, pas d'une icône.
Secrets & mystères
La Fornarina — Margherita Luti, fille d'un boulanger du Trastevere — est traditionnellement considérée comme la grande amante de Raphaël. Plusieurs portraits féminins de Raphaël lui sont attribués (dont la Fornarina du Palazzo Barberini à Rome). Ce tableau de Strasbourg en est-il un ? La pose légèrement différente, le style légèrement plus distant que le Palazzo Barberini, la question de la date — tout reste ouvert. Ce portrait serait tardif (v. 1518–1520), donc parmi les dernières œuvres de Raphaël, mort à 37 ans en 1520.
Le saviez-vous ?
Raphaël mourut le 6 avril 1520 — le jour anniversaire de sa naissance (selon la tradition, un Vendredi saint). Il avait 37 ans et était au sommet de sa gloire — premier peintre de Rome, architecte de la basilique Saint-Pierre, protégé des papes. Sa mort brutale (d'une fièvre) plongea Rome dans le deuil. Selon Vasari, son corps fut exposé dans son atelier, et le dernier tableau sur lequel il travaillait — la Transfiguration (Pinacothèque vaticane) — était exposé à la tête du lit funèbre.

