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La Monomane de l'envie (dite aussi La Hyène de la Salpêtrière)

Peinture

La Monomane de l'envie (dite aussi La Hyène de la Salpêtrière)

Théodore Géricault (Rouen, 1791–Paris, 1824)

Faire le puzzle de l'œuvre

Devant l'œuvre

Ce tableau est l'un des plus extraordinaires et des moins connus de la peinture française du XIXe siècle. Il appartient à la série des 'Portraits d'aliénés' que Géricault peignit probablement pour son ami le docteur Georget, médecin-chef à la Salpêtrière (l'hôpital psychiatrique de Paris). On connaît cinq tableaux de cette série : une monomanie du vol, du commandement militaire, du jeu, du vol d'enfants — et celle-ci, la monomanie de l'envie. Ces tableaux furent découverts en 1863 dans le coffre d'un médecin allemand par le critique Louis Viardot — roulés sans châssis, sans titre, sans explication. Ce n'est qu'en 1924, centenaire de la mort de Géricault, qu'ils furent pleinement reconnus comme des chefs-d'œuvre.

Symbolisme & lecture iconographique

Ces portraits d'aliénés sont l'un des premiers moments dans l'histoire de l'art occidental où la folie n'est plus représentée comme spectacle ou comme danger, mais comme réalité humaine à regarder avec respect et attention. Géricault inaugure — avant la psychiatrie photographique de Charcot, avant les aliénistes et les psychanalystes — une représentation de la souffrance mentale qui dit : cet être souffre, regardez son visage.

Analyse des émotions

Regarder ce visage de la Monomane de l'envie est un inconfort. Les yeux injectés de sang, tournés sur le côté vers l'objet de l'envie invisible, la teinte verdâtre du visage, la bouche crispée — c'est un visage malade à l'extrême précision clinique. Géricault ne pathétise pas, ne dramatise pas — il observe. La froideur clinique du regard rend la représentation encore plus troublante que la douleur aurait pu l'être.

Secrets & mystères

On ne sait presque rien de ces portraits d'aliénés. Géricault les a-t-il peints à la Salpêtrière d'après des patients réels ? Ou d'après des modèles simulant des troubles mentaux ? Quelle était leur destination exacte — médicale (illustrer un traité psychiatrique) ou artistique (œuvres pour elles-mêmes) ? Aucun document de la main de Géricault ne le dit. Le lien avec le docteur Georget est plausible mais non prouvé. Ces tableaux restent les objets les plus mystérieux de l'histoire de l'art romantique français — des portraits sans identité, sans commanditaire connu, sans destination documentée.

Le saviez-vous ?

Géricault mourut à 32 ans d'une mauvaise chute de cheval — ou plutôt d'une série de chutes et de maladies qui le firent décliner pendant deux ans. Il avait peint le Radeau de la Méduse (Louvre) à 27 ans — son chef-d'œuvre absolu — et ces portraits d'aliénés dans ses dernières années. Une carrière de douze ans, une production restreinte, une influence immense sur Delacroix, le romantisme français et toute la peinture réaliste du XIXe siècle.

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