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Saul en de heks van Endor van Jacob Cornelisz. van Oostsanen

✦ Peinture ✦

Saül et la sorcière d'Endor de Jacob Cornelisz. van Oostsanen

Jacob Cornelisz. van Oostsanen

1526 (daté du 29 novembre 1526 sur le cartellino)·Rijksmuseum, Amsterdam · Amsterdam, Pays-Bas
Faire le puzzle de l'œuvre

Histoire de l'art — Contexte & Singularité

Jacob Cornelisz. van Oostsanen (v.1470-1533) fut le premier grand peintre d'Amsterdam, à une époque où la ville n'était encore qu'un port en pleine croissance. Daté au jour près — le 29 novembre 1526 — ce panneau appartient à sa manière tardive, plus libre, plus étrange. Il raconte un épisode rare et inquiétant de la Bible.

Guide du regard : le roi, la morte et le péché de sorcellerie

Le roi Saül, la veille d'une bataille perdue d'avance, se rend en secret chez une devineresse d'Endor pour qu'elle fasse remonter d'entre les morts le prophète Samuel. Au fond, à droite, on aperçoit déjà la suite : Saül, ayant appris sa défaite, se jette sur son épée. Tout le tableau est un avertissement contre la magie — un thème brûlant dans les Pays-Bas de la Réforme. Au premier plan, ce n'est pas une, mais tout un sabbat de sorcières : une devineresse assise dans un cercle de craie, entourée de créatures, de satyres et de figures monstrueuses. Le cercle tracé au sol est le signe même de l'interdit.

Guide du regard : comment regarder

Laisse l'œil glisser du chaos peuplé du premier plan vers la profondeur claire du paysage : Oostsanen étage plusieurs moments d'un même récit dans un seul espace continu, à la manière ancienne. Observe les corps allongés, les proportions étirées, la touche plus souple que dans ses œuvres de jeunesse — le vieux maître se libère du dessin serré de ses débuts. Les détails fantastiques (bêtes, démons, fumées) sont peints avec une gourmandise qui rappelle Jérôme Bosch, mais la lumière et l'espace sont déjà ceux de la Renaissance.

Le saviez-vous ?

Oostsanen a signé et daté l'œuvre sur un petit trompe-l'œil de papier — un cartellino — collé en bas du panneau : « fait le 29 novembre 1526 ». Cette précision de comptable est exceptionnelle pour l'époque et prouve à quel point le peintre revendiquait son travail comme celui d'un maître.

Sources

  1. 1.Rijksmuseum, Amsterdam, inv. SK-A-668

Le peintre

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Jacob Cornelisz. van Oostsanen

v.1470 (Oostzaan, Hollande-Septentrionale) – 1533 (Amsterdam)

Rôle : peintre / graveur sur bois

Avant lui, Amsterdam n'était qu'un gros bourg de pêcheurs sans école de peinture ; après lui, elle en avait une. Né vers 1470 dans le village d'Oostzaan, Jacob Cornelisz. van Oostsanen fut le premier artiste d'envergure à faire carrière dans la future capitale — le maître fondateur dont descendent, au sens propre comme au figuré, tous les peintres amstellodamois du XVIᵉ siècle.

L'atelier qui a lancé une ville

Peintre et surtout dessinateur de gravures sur bois, Oostsanen fit tourner un atelier prospère : on lui attribue quelque 200 estampes et une trentaine de tableaux. Formé dans l'héritage de Geertgen tot Sint Jans, il sut ensuite regarder vers l'Allemagne — les bois de Dürer le marquèrent durablement — et fondre le gothique tardif du Nord avec le modelé et l'invention de la Renaissance. Ses grandes compositions religieuses, L'Adoration des mages(1517), laCrucifixion, Salomé — aujourd'hui au Rijksmuseum — montrent des figures aux proportions allongées, un goût du détail précieux et une palette éclatante. Son Saül et la sorcière d'Endor (1526, Rijksmuseum) est un morceau de bravoure : une scène nocturne de sorcellerie, l'une des premières peintures profanes datées des Pays-Bas à traiter un tel sujet. Cet atelier fut aussi une école : le jeune Jan van Scorel, futur passeur de l'italianisme, s'y forma.

Une dynastie de pinceaux

Oostsanen ne fonda pas seulement un style, mais une lignée. Son fils Dirck Jacobsz. devint le grand portraitiste de la bourgeoisie d'Amsterdam ; son petit-fils Cornelis Anthonisz. en peignit la première image d'ensemble et en dressa les cartes ; frères, neveux et arrière-petits-fils tinrent le pinceau sur trois générations. À travers eux, la manière d'Amsterdam se transmit jusqu'à Pieter Aertsen, qui en sortit l'invention de la scène de marché. En 1533, l'année de sa mort, Oostsanen se peignit lui-même en train de portraiturer sa femme Anna : un autoportrait qui compte parmi les tout premiers des Pays-Bas — le geste d'un artisan qui se sait devenu un maître.

La part d'ombre

Sa gloire fut d'abord celle d'un chef d'atelier plus que d'un pur créateur. Une part de sa production sortit de mains d'assistants, et l'on discute encore du partage entre le maître et sa boutique — dessins pour vitraux, illustrations de livres, estampes de série tirées en nombre pour un marché naissant. Homme d'un art encore médiéval par ses sujets et sa dévotion, conservateur dans une symbolique catholique que la Réforme allait bientôt balayer, il resta un provincial : jamais il ne connut le rayonnement européen d'un Lucas de Leyde ou d'un Scorel. Son mérite n'est pas d'avoir été le plus grand, mais d'avoir été le premier — et d'avoir ouvert la porte à ceux qui le dépasseraient.

Origine : Oostzaan, Hollande-Septentrionale

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