Le peintre
Marcus Gheeraerts le Jeune
Rôle : Portraitiste de cour
Marcus Gheeraerts le Jeune fut le portraitiste le plus en vue de l'Angleterre des annees 1590, celui qui donna un visage a la fin du regne elisabethain. Ne a Bruges en 1561, il arrive enfant a Londres : son pere, Marcus l'Ancien, graveur et peintre, avait fui la Flandre pour echapper aux persecutions du duc d'Albe contre les protestants. Comme des milliers de Flamands, la famille trouve refuge en Angleterre, et le fils y fait toute sa carriere.
Son chef-d'oeuvre, le portrait de Ditchley (v.1592), le hisse au premier rang. Commande par Sir Henry Lee, champion de la reine pendant plus de trente ans, il montre Elisabeth Ire en pied, debout sur une carte d'Angleterre, dominant un globe tandis qu'un orage se dissipe derriere elle. L'oeuvre fond le fantastique et le reel : la reine porte les atours d'une jeune femme non mariee, mais Gheeraerts, au lieu de recopier les effigies figees qui niaient toute mortalite, ose une image sensible ou transparait le passage du temps. Elle personnifie l'Angleterre elle-meme.
Son art, d'une elegance raffinee, imposa une maniere : figures elancees, etoffes chatoyantes, inscriptions et devises, attention nouvelle a la presence psychologique du modele. Une trentaine de tableaux lui sont surement attribues grace a ses signatures et inscriptions. Sous Jacques Ier, il devient le favori de la reine Anne de Danemark.
Mais sa trajectoire illustre aussi la fragilite des gloires de cour. Des la fin des annees 1610, il passe de mode : une nouvelle generation d'immigres venus du continent, Paul van Somer puis Daniel Mytens, apportent un naturalisme et une ampleur baroque qui rendent sa maniere soudain datee. Avant meme la mort d'Anne de Danemark en 1619, van Somer l'avait deja supplante comme portraitiste principal de la reine. Pour les vingt dernieres annees de sa vie, Gheeraerts se replie sur une clientele plus modeste : gentry de province et lettres, loin de l'eclat des commandes royales. L'artiste qui avait defini le visage de l'Angleterre elisabethaine survecut assez longtemps pour se voir demode par ceux qui preparaient, a leur tour, la venue de Van Dyck.
Il meurt a Londres en 1636, laissant une galerie de portraits qui restent, aujourd'hui encore, l'image meme de l'age elisabethain finissant.
Origine : Bruges, Flandre
