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De vrolijke drinker — Frans Hals (ca. 1628-1630)

✦ Peinture ✦

Le Joyeux Buveur — Frans Hals (vers 1628-1630)

Frans Hals

Faire le puzzle de l'œuvre

Histoire de l'art — Contexte & Singularité

Peint vers 1628-1630, Le Joyeux Buveur est l'un des tableaux les plus aimés du Rijksmuseum. Un homme au visage empourpré, verre à la main, se tourne vers nous et ouvre la bouche : il va parler, plaisanter, nous entraîner. Frans Hals y pousse à son comble l'art de saisir l'instant vivant.

Un instant volé

Ce n'est pas un portrait de commande : c'est une figure de genre, un « type » joyeux saisi comme sur le vif. Le personnage porte un col de dentelle et tient un fin verre à vin ; de l'autre main, il fait un geste ouvert vers le spectateur, comme pour l'inviter à trinquer. Sur son pourpoint brille un médaillon à l'effigie du prince Maurice de Nassau — indice que l'homme pourrait être un membre d'une garde civique. Mais l'essentiel n'est pas l'identité : c'est la bonne humeur qui déborde, la chaleur du vin, la parole suspendue.

La touche qui devient chair

Approchez-vous : le visage, la main, la dentelle ne sont qu'un tissu de touches rapides, croisées, d'une liberté vertigineuse. Hals ne dessine pas puis ne remplit pas ; il peint d'un coup, la forme et la lumière ensemble. Le rose des joues, le reflet sur le verre, l'ombre du col : tout est posé net, sans reprise, avec une assurance de virtuose. De près, on ne voit que de la peinture ; d'un pas en arrière, la chair frémit et l'homme respire. C'est cette peinture-là — sensation pure, énergie du geste — que Manet et les impressionnistes viendront admirer deux siècles plus tard.

Le saviez-vous ?

Le « Joyeux Buveur » n'a jamais eu de titre donné par Hals lui-même : comme beaucoup de ses figures de genre, il a reçu son nom bien plus tard, d'après l'impression qu'il produit. On a longtemps voulu y lire une allégorie morale — la mise en garde contre l'ivresse — mais rien n'est moins sûr : Hals semble surtout avoir voulu peindre la joie de vivre, sans leçon.

Sources

  1. 1.Rijksmuseum, Amsterdam

Le peintre

👤

Frans Hals

c.1582-1666

Rôle : peintre portraitiste

De tous les portraitistes hollandais, Frans Hals fut celui du mouvement et de la vie prise sur le vif. Là où d'autres lissaient et polissaient, il attaquait la toile de coups de pinceau rapides, visibles, presque insolents, qui saisissent un sourire, un regard, l'instant d'un éclat de rire. Trois siècles plus tard, les impressionnistes y reconnaîtraient un frère.

Le portraitiste de Haarlem

Né à Anvers vers 1582 — d'où le flag de périmètre —, Hals fut emmené tout enfant à Haarlem lorsque sa famille, comme des milliers d'autres, fuit la reprise d'Anvers par les Espagnols en 1585. Il ne quitterait plus jamais Haarlem. Formé peut-être auprès de Karel van Mander, il se fit une réputation de portraitiste hors pair. Sa spécialité : les grands portraits collectifs des gardes civiques (les schutterstukken), ces compagnies de bourgeois en armes qu'il représenta attablées, riant, trinquant, avec un naturel et une vivacité qui rompaient net avec la raideur des portraits de groupe antérieurs. Ses figures populaires — le Joyeux Buveur, les enfants, les musiciens — respirent une gaieté et une spontanéité inédites.

La gloire, la touche libre et sa part d'ombre

Le génie de Hals est dans sa touche : une écriture rapide, elliptique, qui de près paraît brouillonne et de loin devient chair, dentelle, lumière. Cette liberté, révolutionnaire, lui valut de son vivant une réputation ambivalente : on l'admirait, mais on le jugeait aussi négligé, incapable du « fini » que la clientèle huppée finit par préférer chez des rivaux plus lisses. Sa part d'ombre est celle d'une fin de vie difficile : père d'une nombreuse famille, mauvais gestionnaire, Hals connut la gêne, fut poursuivi par ses créanciers, et acheva ses jours à Haarlem sous l'assistance publique, pensionné par la ville. Ses derniers portraits — les régents et régentes de l'hospice de Haarlem — sont d'une gravité bouleversante : le vieux maître ruiné y peint, avec une compassion sans complaisance, ceux-là mêmes de qui il dépendait pour survivre.

Infos / repères

Frans Hals naquit à Anvers vers 1582 et mourut à Haarlem en 1666, où il passa toute sa carrière. Maître du portrait vivant et des grands portraits de gardes civiques, il finit sa vie dans la pauvreté. Le Frans Hals Museum de Haarlem conserve ses chefs-d'œuvre.

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