Histoire de l'art — Contexte & Singularité
Peint vers 1628-1630, Le Joyeux Buveur est l'un des tableaux les plus aimés du Rijksmuseum. Un homme au visage empourpré, verre à la main, se tourne vers nous et ouvre la bouche : il va parler, plaisanter, nous entraîner. Frans Hals y pousse à son comble l'art de saisir l'instant vivant.
Un instant volé
Ce n'est pas un portrait de commande : c'est une figure de genre, un « type » joyeux saisi comme sur le vif. Le personnage porte un col de dentelle et tient un fin verre à vin ; de l'autre main, il fait un geste ouvert vers le spectateur, comme pour l'inviter à trinquer. Sur son pourpoint brille un médaillon à l'effigie du prince Maurice de Nassau — indice que l'homme pourrait être un membre d'une garde civique. Mais l'essentiel n'est pas l'identité : c'est la bonne humeur qui déborde, la chaleur du vin, la parole suspendue.
La touche qui devient chair
Approchez-vous : le visage, la main, la dentelle ne sont qu'un tissu de touches rapides, croisées, d'une liberté vertigineuse. Hals ne dessine pas puis ne remplit pas ; il peint d'un coup, la forme et la lumière ensemble. Le rose des joues, le reflet sur le verre, l'ombre du col : tout est posé net, sans reprise, avec une assurance de virtuose. De près, on ne voit que de la peinture ; d'un pas en arrière, la chair frémit et l'homme respire. C'est cette peinture-là — sensation pure, énergie du geste — que Manet et les impressionnistes viendront admirer deux siècles plus tard.
Le saviez-vous ?
Le « Joyeux Buveur » n'a jamais eu de titre donné par Hals lui-même : comme beaucoup de ses figures de genre, il a reçu son nom bien plus tard, d'après l'impression qu'il produit. On a longtemps voulu y lire une allégorie morale — la mise en garde contre l'ivresse — mais rien n'est moins sûr : Hals semble surtout avoir voulu peindre la joie de vivre, sans leçon.
Sources
- 1.Rijksmuseum, Amsterdam



