
Contributions & œuvres
De tous les portraitistes hollandais, Frans Hals fut celui du mouvement et de la vie prise sur le vif. Là où d'autres lissaient et polissaient, il attaquait la toile de coups de pinceau rapides, visibles, presque insolents, qui saisissent un sourire, un regard, l'instant d'un éclat de rire. Trois siècles plus tard, les impressionnistes y reconnaîtraient un frère.
Le portraitiste de Haarlem
Né à Anvers vers 1582 — d'où le flag de périmètre —, Hals fut emmené tout enfant à Haarlem lorsque sa famille, comme des milliers d'autres, fuit la reprise d'Anvers par les Espagnols en 1585. Il ne quitterait plus jamais Haarlem. Formé peut-être auprès de Karel van Mander, il se fit une réputation de portraitiste hors pair. Sa spécialité : les grands portraits collectifs des gardes civiques (les schutterstukken), ces compagnies de bourgeois en armes qu'il représenta attablées, riant, trinquant, avec un naturel et une vivacité qui rompaient net avec la raideur des portraits de groupe antérieurs. Ses figures populaires — le Joyeux Buveur, les enfants, les musiciens — respirent une gaieté et une spontanéité inédites.
La gloire, la touche libre et sa part d'ombre
Le génie de Hals est dans sa touche : une écriture rapide, elliptique, qui de près paraît brouillonne et de loin devient chair, dentelle, lumière. Cette liberté, révolutionnaire, lui valut de son vivant une réputation ambivalente : on l'admirait, mais on le jugeait aussi négligé, incapable du « fini » que la clientèle huppée finit par préférer chez des rivaux plus lisses. Sa part d'ombre est celle d'une fin de vie difficile : père d'une nombreuse famille, mauvais gestionnaire, Hals connut la gêne, fut poursuivi par ses créanciers, et acheva ses jours à Haarlem sous l'assistance publique, pensionné par la ville. Ses derniers portraits — les régents et régentes de l'hospice de Haarlem — sont d'une gravité bouleversante : le vieux maître ruiné y peint, avec une compassion sans complaisance, ceux-là mêmes de qui il dépendait pour survivre.
Infos / repères
Frans Hals naquit à Anvers vers 1582 et mourut à Haarlem en 1666, où il passa toute sa carrière. Maître du portrait vivant et des grands portraits de gardes civiques, il finit sa vie dans la pauvreté. Le Frans Hals Museum de Haarlem conserve ses chefs-d'œuvre.
Anecdote mémorable
Après sa mort, Frans Hals fut presque oublié pendant deux siècles — jugé trop « inachevé » pour le goût classique. C'est le XIXᵉ siècle qui le ressuscita : les peintres réalistes et impressionnistes, de Courbet à Manet et Van Gogh, virent dans sa touche libre et visible l'annonce de leur propre révolution. « Quel régal de peindre directement ! » aurait pensé Van Gogh devant ses toiles. Hals, moqué de son temps pour son inachèvement, était en avance de deux cents ans.
Importance historique
De tous les portraitistes hollandais, Frans Hals fut celui du mouvement et de la vie prise sur le vif. Là où d'autres lissaient et polissaient, il attaquait la toile de coups de pinceau rapides, visibles, presque insolents, qui saisissent un sourire, un regard, l'instant d'un éclat de rire. Trois siècles plus tard, les impressionnistes y reconnaîtraient un frère.



