Le peintre
Giorgio Vasari
Rôle : Peintre, architecte et historien de l'art
Né à Arezzo en 1511, formé très jeune à Florence dans l'orbite des Médicis, Giorgio Vasari a mené de front trois carrières et en a inventé une quatrième. Peintre, architecte, organisateur de chantiers, il est surtout l'homme qui, le premier, a raconté l'art comme une histoire — celle d'une renaissance.
L'inventeur de l'histoire de l'art
Son chef-d'œuvre n'est pas une fresque mais un livre : les Vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes, publiées à Florence en 1550 puis considérablement augmentées en 1568. Vasari y déroule le récit d'un progrès continu, de Cimabue et Giotto jusqu'au sommet absolu qu'est pour lui Michel-Ange, dessinant la trajectoire d'un art « ressuscité » après les siècles gothiques. C'est le premier grand ouvrage à penser l'art comme une discipline qui a son origine, ses étapes et ses héros : il a durablement façonné notre manière même de regarder la Renaissance, et reste une source de première main pour des dizaines d'artistes qu'il a connus ou côtoyés.
L'architecte du décor médicéen
Au service du duc Cosme Iᵉʳ de Médicis, Vasari devient le grand metteur en scène de la Florence ducale. Il couvre de fresques historiques et allégoriques les salles du Palazzo Vecchio, à la gloire de la ville et de son prince. Il conçoit en 1560 le palais des Offices (Uffizi), destiné à regrouper les magistratures de l'État — bâtiment achevé après sa mort et devenu l'un des plus célèbres musées du monde. En 1565, il élève en cinq mois à peine le Corridor qui porte son nom, passage suspendu de près de 750 mètres reliant le Palazzo Vecchio au Palais Pitti par-dessus la ville et l'Arno. Enfin, à partir de 1572, il entreprend la colossale fresque du Jugement dernier sous la coupole de Santa Maria del Fiore, laissée inachevée à sa mort et terminée par Federico Zuccari.
Le fondateur d'une académie
Vasari obtient en 1563 du duc la création de l'Accademia del Disegno, première institution du genre : non plus une corporation d'artisans, mais une école qui formait les artistes au dessin comme aux lettres et aux sciences. L'idée en découle directement de ses Vies et consacre une promotion sociale et intellectuelle de l'artiste qu'il avait, le premier, mise en récit.
Les ombres
L'homme fut d'une fécondité qui lui a parfois nui : peintre rapide, chef d'équipes nombreuses, il est souvent jugé inégal, plus brillant comme inventeur et organisateur que comme coloriste. Et son histoire de l'art n'est pas neutre : fervent Toscan, il place Florence au centre du monde et Michel-Ange au sommet du genre humain, minorant au passage l'école vénitienne et quelques gloires non florentines. Lire les Vies, c'est entendre une voix magnifique — mais une voix qui a choisi son camp.
Origine : Arezzo (Toscane)
