Histoire
Le parc Monceau naît d'une fantaisie aristocratique. En 1778, Louis-Philippe d'Orléans, duc de Chartres — futur Philippe Égalité, père du roi Louis-Philippe —, commande à l'écrivain et dessinateur Louis Carmontelle un jardin de fantaisie à l'anglo-chinoise sur ses terres de la plaine Monceau, alors hors les murs. Carmontelle, esprit libre et fervent du pittoresque, conçoit un parc-tableau peuplé de fabriques : pyramide égyptienne, naumachie romaine, temples antiques en miniature, ruines factices, ferme normande, rocaille hollandaise. Réunir dans un seul jardin tous les temps et tous les lieux, déclare-t-il.
Le jardinier écossais Thomas Blaikie reprend la composition en 1781, l'ajuste au goût anglais et y plante des essences exotiques. Le parc devient l'un des plus extravagants de l'Ancien Régime, fréquenté par la cour, les artistes, les esprits libertins. Mais la Révolution emporte son commanditaire : Philippe Égalité, malgré ses sympathies républicaines, monte à l'échafaud en 1793. Le domaine est saisi puis morcelé.
Renaissance sous le Second Empire. La Ville de Paris rachète une partie du terrain en 1860, le préfet Haussmann en confie le remodelage à Adolphe Alphand et au jardinier paysagiste Jean-Charles Adolphe Alphand (qui est le même homme — figure majeure des espaces verts haussmanniens). Alphand conserve plusieurs fabriques héritées de Carmontelle mais réoriente le parc vers une promenade à l'anglaise plus ouverte, plus arborée, plus accessible aux familles bourgeoises du nouveau quartier. La grille monumentale est forgée par Davioud, l'architecte du Châtelet.
Au XXe siècle, le parc devient l'icône du parc bourgeois parisien : Monet, Caillebotte, Pissarro y peignent les allées ombragées ; Marcel Proust en fait le terrain de jeux des enfants Swann dans son roman. Aujourd'hui encore, c'est l'un des rares parcs parisiens qui conserve cette ambiance feutrée, presque privée — fréquenté par les nounous des beaux quartiers, les coureurs du matin, et les amateurs d'arbres remarquables.
À voir absolument
- La naumachie, bassin ovale entouré d'une colonnade corinthienne en demi-cercle — vestige le plus spectaculaire des fabriques de Carmontelle, à l'est du parc
- La pyramide égyptienne, fabrique funéraire datant de 1779, dressée parmi les arbres au nord-ouest — l'une des plus anciennes "égyptomanies" européennes
- La rotonde Chartres (1787), pavillon d'octroi de Claude-Nicolas Ledoux à l'entrée nord, classée monument historique
- Le petit pont d'inspiration vénitienne près de la naumachie, miniature romantique enjambant le bras d'eau
- Le monument à Maupassant et autres bustes d'écrivains (Chopin, Gounod, Musset, Pailleron) qui parsèment les allées
- Le platane d'Orient géant près de la grille principale, l'un des arbres les plus imposants de Paris (sept mètres de circonférence)
- L'Allée de la Comtesse-de-Ségur, allée principale ombragée bordée de marronniers centenaires
- La petite cascade artificielle, presque dissimulée dans la rocaille à l'ouest du bassin
Anecdotes & secrets
Le 22 octobre 1797, le premier saut en parachute de l'histoire eut lieu au-dessus du parc Monceau. André-Jacques Garnerin, aéronaute audacieux, monta en montgolfière à plus de mille mètres d'altitude et s'élança avec un parachute en toile, devant une foule médusée. Il atterrit sans encombre, à peine secoué, et devint instantanément célèbre. Une plaque discrète, près de la naumachie, commémore l'événement.
Claude Monet vécut un temps au 17 boulevard de Courcelles, à deux pas du parc, et y peignit cinq vues différentes (Le Parc Monceau, 1876 et 1878) — l'une montre les allées poussiéreuses, une autre la lumière filtrée des feuillages, toutes signent ce moment d'invention impressionniste où Monet vit littéralement avecle parc. Gustave Caillebotte y promène ses chiens et y peint des scènes plus géométriques. Plus loin dans le temps, Marcel Proust place dans ces allées certaines scènes des amours de Charles Swann et de la jeune Gilberte, dansDu côté de chez Swann.
Détail romantique : aux beaux jours, le rucher d'arrondissement du 8e installe parfois des ruches d'observation dans une zone clôturée du parc. Et derrière la rotonde Chartres se cachent les vestiges d'un ancien mur d'enceinte des Fermiers généraux, mur fiscal de l'Ancien Régime dont les pavillons d'octroi (comme celui de Ledoux) jalonnaient les entrées de Paris. C'est à ce mur que les Parisiens, mécontents des taxes, ont laissé le célèbre quolibet : le mur murant Paris rend Paris murmurant.
Conseils de visite
Mai-juin pour les massifs en fleur et la lumière douce sous les marronniers ; octobre pour les ors de l'automne sur la naumachie. Tôt le matin, vers 8 heures, le parc s'éveille avec les coureurs et garde un calme rare ; le dimanche matin a particulièrement de charme. L'été, viser les bancs ombragés près du bassin et de la naumachie. Comptez une heure pour la visite, une heure et demie si vous prenez le temps d'observer les fabriques.
Côté table, le quartier déborde de bonnes adresses : Brasserie Lorraine place des Ternes pour les classiques, Le Cernuschi ou la cafétéria du musée Nissim de Camondo voisin pour une pause culturelle. Plusieurs salons de thé chics, comme Ladurée rue Royale, sont à distance raisonnable. Parc ouvert tous les jours de 7h à 20h-22h selon la saison. Entrée libre. Accessibilité PMR excellente sur les grandes allées.





