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Parc de Bercy

Parcs et Jardins

Parc de Bercy

1993-1997 (Bernard Huet, Ferrand, Feugas, Le Caisne, Madec)·parc urbain contemporain·Paris 12ème·14 ha

Histoire

Le parc de Bercy raconte une mémoire viticole devenue verte. Pendant près de deux siècles, ce site de quatorze hectares fut le plus grand marché de vin du monde. À partir du début du XIXe siècle, les négociants parisiens y entreposaient les barriques venues par bateau de Bourgogne, d'Anjou ou du Bordelais. Les rues du quartier — toujours appelées rue de Pommard, rue Saint-Émilion, rue de Chablis — gardent la trace de cette géographie liquide. Les chais (entrepôts à vin) couvraient des hectares, parcourus de petits trains et de chevaux, à l'écart des taxes d'octroi qui frappaient l'entrée du vin dans Paris intra-muros.

Bercy étant annexé à Paris en 1860, son régime fiscal change, mais le commerce reste prospère jusque dans les années 1960. À cette date, la modernisation des transports (containers, camions, route) rend le système des chais obsolète. Les négociants déménagent vers la périphérie. Bercy devient une friche immense en bordure de Seine, paradoxalement enclavée entre les voies ferrées et le fleuve, à quelques minutes de la place de la Bastille.

En 1979, la municipalité Chirac lance un grand projet de reconversion : Bercy 2000, qui prévoit logements, bureaux, équipements et un grand parc public en bordure de Seine. Le concours du parc, lancé en 1987, est remporté par les architectes Bernard Huet (lauréat du Grand Prix de l'architecture 1985), Marylène Ferrand, Jean-Pierre Feugas, Bernard Le Roy et Ian Le Caisne. Inauguré par étapes entre 1993 et 1997, le parc s'organise en trois jardins distincts : Les Grandes Prairiesà l'ouest (vastes pelouses ouvertes),Les Parterresau centre (jardins thématiques),Le Jardin romantique à l'est (lacs et bosquets pittoresques).

La grande réussite du projet : conserver des alignements d'arbres mûrs qui bordaient les chais, certains plantés au XIXe siècle. Ces tilleuls, marronniers et platanes centenaires donnent au parc neuf une dignité immédiate et inattendue. Le Cinéma de la Cinémathèque française, réinstallé dans un bâtiment de Frank Gehry (1995), et le Palais Omnisports (devenu Accor Arena) bordent le parc et en font un pôle culturel majeur de l'est parisien.

À voir absolument

  • Les alignements de platanes et tilleuls centenaires préservés des anciens chais, qui structurent les allées principales — héritage vivant du XIXe industriel
  • Le Jardin romantique à l'est, avec ses deux lacs, ses cygnes, ses bosquets pittoresques — version contemporaine du jardin à l'anglaise
  • La Maison du Jardinage, centre pédagogique installé dans une ancienne maison de chais, où se tiennent ateliers et expositions horticoles
  • Les parterres thématiques au centre : potager pédagogique, jardin des senteurs, jardin du labyrinthe, verger, vignoble symbolique
  • La passerelle Simone-de-Beauvoir (2006) qui relie le parc à la BnF François-Mitterrand par-dessus la Seine — chef-d'œuvre de génie civil contemporain
  • La Cinémathèque française (Frank Gehry, 1994) en lisière nord du parc, qui abrite le plus grand musée mondial du cinéma et une cinémathèque exceptionnelle
  • L'Accor Arena (anciennement POPB, Palais Omnisports de Paris-Bercy), salle iconique des grands concerts et compétitions sportives parisiennes
  • Le Village de Bercy (Bercy Village), reconversion de vieux chais de pierre en galerie commerçante et restaurants à ciel ouvert, accessible par le parc à l'est

Anecdotes & secrets

Pendant ses heures de gloire, le marché aux vins de Bercy approvisionnait littéralement la moitié de la France en boissons. On y traitait chaque année plusieurs millions d'hectolitres, des dynasties de négociants y prospéraient — les barons du vin— et l'on disait à Paris :quand Bercy boit, la France travaille. Les négociants avaient leurs codes, leurs faux-amis, leur argot — la sangsuedésignait le bouilleur de cru,l'orphelin le tonneau dépareillé. Quelques familles emblématiques (Cordier, Calvet, Bouchard) ont laissé leur nom à des rues du quartier.

Lors de la conception du parc, les paysagistes ont découvert sous l'humus de la friche des rails de petit train intacts, datant des années 1900. Plusieurs tronçons ont été conservés dans les allées du jardin romantique, comme témoignage archéologique discret. De même, certaines maisons de chais en pierre meulière ont été préservées et reconverties : la Maison du Jardinage, mais aussi le pavillon du Chais de Bercy devenu restaurant.

Détail méconnu : la Cinémathèque française, installée dans l'ancien American Center conçu par Frank Gehry, abrite la plus vaste collection au monde d'archives cinématographiques — plus de quarante mille films, des appareils Lumière originaux, le robot Maria de Metropolis, le crâne de Norman Bates de Psychose, des costumes de Méliès. La visite du musée est l'une des expériences les plus émouvantes pour les cinéphiles parisiens.

Conseils de visite

Toute saison fonctionne, par l'agencement varié des trois jardins. Le printemps fait éclore les cerisiers et magnolias des parterres ; l'automne flamboie sur les marronniers anciens ; l'hiver offre les silhouettes nues des grands platanes et l'éclairage doré de la Cinémathèque. Comptez 1h30 à 2h pour explorer les trois jardins, davantage si vous combinez la Cinémathèque ou Bercy Village.

À l'est, Bercy Village offre une dizaine de restaurants (notamment Le Frog at Bercy Village et Chai 33) ; à l'intérieur du parc, le Pavillon Lapérouse (restaurant gastronomique) et la Maison du Jardinage (salon de thé) sont d'agréables haltes. La passerelle Simone-de-Beauvoir permet de rejoindre la rive gauche et la BnF en cinq minutes à pied. Parc ouvert tous les jours dès 8h-9h, fermeture variable selon saison (17h30 à 21h30). Entrée libre. Accessibilité PMR très satisfaisante (parc plat, larges allées).

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