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Parc de la Butte-du-Chapeau-Rouge

Parcs et Jardins

Parc de la Butte-du-Chapeau-Rouge

1939·jardin·Paris 19ème

Histoire

Petit frère méconnu du parc des Buttes-Chaumont, ce parc du 19e arrondissement occupe une butte située à l'extrême nord-est de Paris, en bordure du périphérique, face au Pré-Saint-Gervais. Comme sa célèbre voisine, la butte est un vestige géologique des anciennes carrières de gypse qui ont fourni le plâtre de Paris pendant des siècles. Mais contrairement aux Buttes-Chaumont aménagées dès les années 1860, celle-ci est restée longtemps un terrain vague, échappant aux grands travaux haussmanniens en raison de son caractère militaire.

En effet, du XIXe siècle jusqu'aux années 1920, cette zone faisait partie de la zone non aedificandi des fortifications de Thiers — l'enceinte militaire qui ceinturait Paris depuis 1840. Cette servitude interdisait toute construction permanente sur une bande de plusieurs centaines de mètres autour des remparts, créant un anneau d'herbes folles, de jardins ouvriers et de baraques de chiffonniers qui faisait le tour de la capitale. La démolition des fortifications de 1920 à 1930 libéra ces terrains, où la Ville aménagea principalement des logements sociaux (les fameuses HBM — habitations à bon marché) et quelques équipements sportifs.

Pour la butte du Chapeau-Rouge — dont le nom rappelle une ancienne guinguette populaire du Pré-Saint-Gervais qui s'y trouvait au XIXe — la municipalité opte pour un parc public. Le projet est confié en 1937 à Léon Azéma (1888-1978), architecte ayant remporté le Prix de Rome en 1921, qui venait de signer le palais de Chaillot pour l'Exposition internationale de cette année-là. Azéma travaille avec ses confrères Jacques Carlu et Louis-Hippolyte Boileau, eux aussi anciens du chantier Chaillot. Inauguré en 1939, le parc rompt résolument avec l'esthétique pittoresque haussmannienne héritée d'Alphand : Azéma propose un jardin néoclassique aux lignes géométriques, symétrique, monumental, dans l'esprit Art déco caractéristique des années 1930.

Les matériaux utilisés signent l'époque : béton armé, briques, meulière, enduits gravillonnés, pavés de verre. Le parc récupère également plusieurs sculptures et fontaines de l'Exposition de 1937 du Trocadéro, démontées après la manifestation et réinstallées ici — patrimoine artistique discret mais réel. Quatre hectares et demi déployés en gradins, dominant la banlieue nord-est.

À voir absolument

  • La fontaine monumentale en hémicycle, à l'entrée principale boulevard d'Algérie — composition Art déco caractéristique du style Azéma, avec ses pierres taillées et son grand bassin
  • L'escalier d'apparat axial qui mène de la fontaine au sommet de la butte, ses paliers symétriques, ses murets de meulière
  • Les sculptures de l'Exposition internationale de 1937, réinstallées dans le parc, dont La Joie de vivre d'Aimé-Jules Dalou et plusieurs allégories de Carlu et Auricoste
  • Les bassins en cascade sur l'axe central, qui descendent vers les bas-niveaux du parc
  • La vue panoramique depuis le sommet, dégagée sur le Pré-Saint-Gervais, Pantin, Aubervilliers — un horizon banlieusard rare à observer depuis Paris
  • Les pelouses en pente orientées sud-ouest, propices au pique-nique et à la sieste solitaire
  • L'aire de jeux moderne, rénovée dans les années 2010, qui dialogue avec la rigueur 1930 du jardin
  • Les palissades de meulière typiques de l'architecture publique de l'entre-deux-guerres, qui encadrent les espaces de jeux

Anecdotes & secrets

Le 25 mai 1913, à quelques centaines de mètres seulement du parc actuel (qui n'existait pas encore), Jean Jaurès prononça son célèbre discours du Pré-Saint-Gervais devant 150 000 personnes — l'un des plus grands rassemblements pacifistes de l'histoire française. Le tribun socialiste s'opposait à la loi des trois ans qui allongeait le service militaire de deux à trois années, en pleine montée des tensions européennes. Quatorze mois plus tard, le 31 juillet 1914, Jaurès était assassiné au café du Croissant ; trois jours après, la France entrait en guerre. Une plaque commémorative près du parc rappelle aujourd'hui ce discours mythique.

Le nom Chapeau-Rouge vient d'une guinguette qui se tenait sur la butte au XIXe siècle, où les ouvriers parisiens venaient le dimanche échapper aux taxes d'octroi de la capitale (les boissons étaient moins chères hors les murs). L'enseigne, un grand chapeau peint en rouge vif, donna son nom au lieu. La guinguette disparut avec les fortifications, mais l'appellation est restée.

Détail cinématographique : le parc a servi de décor à plusieurs scènes du film Vincent mit l'âne dans un pré (et s'en vint dans l'autre) de Pierre Zucca (1975), avec Fabrice Luchini et Virginie Thévenet. Le couple de protagonistes vient s'y donner rendez-vous au pied de la fontaine monumentale, faisant du parc l'un des décors emblématiques du cinéma d'auteur français des années 1970. Plus discret, le quartier d'Amérique voisin (19e arrondissement) tire son nom d'une autre époque : les carrières de gypse de cette zone exportaient massivement leur plâtre vers les États-Unis au XIXe siècle, notamment pour reconstruire Chicago après l'incendie de 1871.

Conseils de visite

Ce parc est l'un des rares jardins parisiens où l'on ne croise presque jamais de touristes — à privilégier pour le calme absolu, l'effet panoramique, et l'atmosphère 1930 préservée. Le crépuscule donne au lieu une mélancolie photographique particulière. Le printemps offre les massifs en fleurs, l'automne ses ors discrets. L'été, l'orientation sud-ouest fait grimper la température sur les pelouses : viser tôt le matin ou en fin d'après-midi. Comptez 45 minutes à 1h pour la visite.

À proximité, la station Pré-Saint-Gervais (ligne 7bis) est l'une des plus rares de Paris — exploitée en navette, elle n'accueille qu'une dizaine de trains par heure. Pour manger, peu d'adresses dans l'immédiat ; remonter vers la place des Fêtes (10 min) où Le 140 (rue de Belleville) ou les bistrots étudiants offrent des solutions simples. Parc ouvert tous les jours de 8h-9h jusqu'à la tombée du jour selon la saison. Entrée libre. Accessibilité PMR limitée (escaliers en gradins, mais zones plates également disponibles).

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