Histoire
Belleville n'a pas toujours fait partie de Paris. Jusqu'en 1860, c'était un village indépendant accroché à sa colline — à 108 mètres d'altitude, l'un des points les plus hauts de la région parisienne, à égalité avec Montmartre. Hors les murs de la capitale, le village vivait de vignobles, de carrières de gypse et de guinguettes où les Parisiens venaient le dimanche échapper aux taxes d'octroi qui rendaient le vin si cher en ville. Le ginguet— vin léger et un peu acide produit sur les coteaux de Belleville — donna son nom à laguinguette dans le langage populaire.
L'annexion par Paris en 1860 transforme Belleville. Le préfet Haussmann y trace de larges avenues, démolit une partie du village, mais conserve une forte identité populaire qui en fera l'un des berceaux de la Commune de 1871. C'est ici que se réfugient les derniers fédérés ; c'est ici aussi que naissent les premières organisations ouvrières et anarchistes du Paris républicain. Belleville devient au XXe siècle un quartier d'immigration successive : Européens de l'Est entre les deux guerres, Maghrébins après les indépendances, Asiatiques à partir des années 1980. Cette stratification reste lisible aujourd'hui dans les enseignes des commerces et l'odeur des restaurants.
Le parc de Belleville naît tardivement : il est inauguré en 1988, conçu par l'architecte François Debulois et le paysagiste Paul Brichet, sur des terrains gagnés grâce à la destruction d'îlots insalubres et la rénovation urbaine des années 1970-1980. La municipalité veut offrir au quartier populaire de Belleville-Ménilmontant le grand parc qui lui manquait — pendant moderne, à l'est, de ce que les jardins haussmanniens avaient apporté aux quartiers bourgeois de l'ouest. Quatre hectares et demi déployés en terrasses sur la colline, conçus pour offrir le plus beau panorama urbain de Paris.
En 2017-2018, le parc fait l'objet d'une rénovation complète, avec replantation d'arbres, remise en état des jardins thématiques, et création d'un théâtre de plein air. Aujourd'hui, c'est le rendez-vous des familles bellevilloises, des touristes en quête de l'authentique, des photographes au coucher du soleil — et accessoirement, l'un des derniers vignobles parisiens, planté en hommage au passé viticole du quartier.
À voir absolument
- Le belvédère panoramique au sommet du parc, sur la terrasse Willy-Ronis — vue à 180° sur la tour Eiffel, Notre-Dame, le Panthéon, Montparnasse, le Grand Palais
- La cascade de cent mètres, qui dévale la colline en plusieurs paliers — la plus longue chute d'eau aménagée de Paris, à l'axe central du parc
- Le vignoble du parc, environ 150 pieds de chardonnay et de pinot meunier plantés en 1992 en hommage au passé viticole de Belleville, à mi-pente côté nord
- La Maison de l'Air, petit musée pédagogique consacré à la qualité de l'air et à la météorologie, en haut du parc (accès libre)
- Les terrasses fleuries disposées en gradins, avec massifs méditerranéens, roseraie et jardin de senteurs — atypique pour Paris, climat plus chaud qu'ailleurs
- Le théâtre de verdure en demi-cercle, qui accueille en été spectacles, concerts et projections en plein air
- L'aire de jeux pour enfants au cœur du parc, particulièrement bien équipée
- Les statues contemporaines ponctuant le parcours, dont la sculpture monumentale de Daniel Pommereulle à l'entrée principale
Anecdotes & secrets
Édith Piaf est née dans le quartier le 19 décembre 1915. La légende dorée raconte que sa mère, Anetta Maillard dite Line Marsa, accoucha sur le trottoirdu 72 rue de Belleville, sous un réverbère, alors que les premiers obus allemands tombaient sur Paris — une plaque commémorative scelle cette version romancée. La version administrative est plus prosaïque : naissance à l'hôpital Tenon voisin, mais le 72 rue de Belleville restait l'adresse maternelle. Quoi qu'il en soit,La Môme incarne pour l'éternité l'esprit du faubourg.
Le vignoble du parc, planté symboliquement en 1992, produit chaque année quelques centaines de bouteilles d'une cuvée Le Clos de Belleville. La récolte est célébrée chaque octobre lors d'une fête populaire où l'on foule le raisin aux pieds devant un public conquis — héritage direct des vendanges qui rassemblaient autrefois tout le village. Les bouteilles, non commercialisées, sont vendues aux enchères au profit d'œuvres caritatives municipales.
Détail discret : derrière le parc s'étend la rue Denoyez, l'un des derniers bastions parisiens de l'art urbain, dont les murs sont repeints chaque semaine par les graffeurs du quartier. La rue est devenue un musée à ciel ouvert, photographiée par les touristes du monde entier, et représente une extension naturelle de la visite. Plus haut, l'église Saint-Jean-Baptiste de Belleville (néogothique, 1859) marque l'entrée du quartier populaire.
Conseils de visite
Coucher du soleil pour le panorama — moment iconique du parc, lorsque le ciel devient orange derrière les monuments parisiens. Le printemps offre les meilleures floraisons (avril-mai) ; l'automne, des couleurs splendides ; l'été, des soirées musicales et théâtrales gratuites. Évitez les week-ends d'été après 18h si vous cherchez la tranquillité — la jeunesse du quartier y vient en masse pour l'apéro. Comptez 1h à 1h30 pour la visite du parc.
À deux pas, Aux Folies (rue de Belleville) est le bar mythique du quartier, ouvert depuis 1937, fréquenté par les artistes et les bobos ; Le Vieux Belleville (rue des Envierges) reste un cabaret guinguette authentique. Pour manger, le quartier chinois de la rue de Belleville (côté Pyrénées) offre certains des meilleurs restaurants asiatiques de Paris, notamment Lao Lane Xang (cuisine laotienne). Parc ouvert tous les jours dès 8h jusqu'à la tombée du jour. Entrée libre. Accessibilité PMR partielle (pentes raides côté sud).





