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Parc de Bagatelle

Parcs et Jardins

Parc de Bagatelle

1777 (pari Marie-Antoinette / comte d'Artois) — Bélanger, Blaikie·jardin botanique paysager·Paris 16ème·24 ha·Classé MH

Histoire

Le parc de Bagatelle est né d'un pari fou. En août 1777, le comte d'Artois — frère cadet de Louis XVI, futur Charles X — vient d'acquérir un petit pavillon de chasse dans le bois de Boulogne, ruine héritée d'un précédent propriétaire. Sa belle-sœur Marie-Antoinette, qui aime le narguer, lui lance le défi : Je parie cent mille livres que vous n'aurez pas reconstruit ce pavillon avant mon retour de Fontainebleau, dans trois mois. Le comte relève le pari. Il engage l'architecte François-Joseph Bélanger, qui mobilise neuf cents ouvriers travaillant jour et nuit, l'ensemble de la pierre de taille disponible à Paris, et toutes les ressources de la corporation des charpentiers. Le pavillon est livré en soixante-quatre jours. Le comte gagne son pari ; le pavillon coûte plus d'un million de livres, soit dix fois la mise.

Bélanger conçoit une folie, dans le goût du temps : architecture néoclassique compacte, façades à colonnades, fronton sculpté. Au-dessus du portail, un bagatelle(en italien,petite chose sans importance) donne son nom à l'ensemble — clin d'œil au comte. Le jardin, lui, est confié au paysagiste écossais Thomas Blaikie, le même qui avait dessiné le parc Monceau. Blaikie crée un jardin anglo-chinois avec rocaille, grotte des Quatre-Vents, kiosque, ruines artificielles, pont en bois et pavillon chinois.

Le pavillon devient le lieu des fêtes scandaleuses du comte d'Artois et de sa coterie, à la fois prince de la mode et figure de la dissipation aristocratique. La Révolution emporte tout : confiscation des biens d'émigrés en 1793, vente nationale, le pavillon passe de main en main. Au XIXe, il appartient successivement à Pozzo di Borgo (diplomate corse au service du tsar), à Lord Henry Seymour (excentrique anglais), puis surtout à Sir Richard Wallace, philanthrope britannique célèbre pour avoir offert à Paris en 1872 les fameuses fontaines Wallace (encore visibles aux quatre coins de la capitale). Wallace y vit pendant des décennies, embellit le parc, agrandit les serres.

La Ville de Paris rachète l'ensemble en 1905. La grande transformation horticole survient dès 1907, lorsque Jean-Claude Nicolas Forestier — paysagiste reconnu, futur créateur du parc Maria-Luisa de Séville — crée une roseraie monumentale de plusieurs hectares, conçue pour devenir le plus grand jardin de roses d'Europe. Forestier organise dès 1907 un concours international de roses, dont la tradition se perpétue chaque mois de juin — événement scientifique et mondain qui réunit cultivateurs du monde entier. Aujourd'hui, plus de 10 000 rosiers de 1 200 variétés s'y côtoient, dont les nouveautés concurrentes du concours annuel.

À voir absolument

  • La roseraie centrale créée par Forestier en 1907 — 10 000 rosiers, 1 200 variétés, à voir absolument en juin lors du concours international des roses nouvelles
  • Le pavillon de Bagatelle (1777, Bélanger), élégante folie néoclassique avec ses façades à colonnades — visible mais souvent fermé sauf événements
  • Les paons en liberté dans le parc, oiseaux mascottes qui parcourent les allées et ouvrent la roue pour les visiteurs aux beaux jours
  • La grotte des Quatre-Vents, fabrique pittoresque XVIIIe siècle restée intacte, dans la partie ouest du parc
  • Le jardin chinois dit Trianon chinois, ses pavillons exotiques et son pont rouge typique du goût XVIIIe pour la Chine
  • Le kiosque de l'Empereur au sommet d'une butte, belvédère néo-antique offrant la perspective sur le pavillon et le parc
  • L'orangerie au sud du parc, ancienne dépendance de Sir Richard Wallace reconvertie en salle d'expositions horticoles
  • La roseraie des fontaines, parterre concentrique autour d'un bassin, plus intime que la grande roseraie principale
  • Le jardin des iris, splendide en mai-juin

Anecdotes & secrets

Le pari fou de 1777 reste l'un des épisodes emblématiques de la frivolité aristocratique d'avant la Révolution. Marie-Antoinette, perdante, versa au comte d'Artois la somme convenue. Le mot bagatelle devint dès lors synonyme de dépense somptueuse et inutile — et c'est précisément ce que voulait Artois.

Sir Richard Wallace, propriétaire du domaine de 1872 à 1890, est l'un des plus grands bienfaiteurs anglais de Paris. Fils naturel du marquis de Hertford, il employa sa fortune à des fondations philanthropiques — notamment les fontaines Wallace : cinquante fontaines d'eau potable en fonte verte, installées après 1870 dans les quartiers populaires, dont une cinquantaine subsiste encore à Paris. Ses collections d'art constituent désormais la Wallace Collection à Londres — l'un des plus beaux musées d'arts décoratifs au monde.

Le concours international des roses nouvelles, créé par Forestier en 1907, est le plus ancien concours floral encore actif au monde. Chaque année en juin, un jury international (sélectionneurs, paysagistes, journalistes) évalue les variétés inédites présentées par les rosiéristes français, anglais, allemands, américains, japonais. Les lauréats remportent une médaille Bagatelle, gage immédiat de prestige commercial mondial. Quelques noms célèbres l'ont obtenue : la rose Princesse de Monaco, la rose Madame Meilland(rose la plus vendue au monde au XXe siècle, qui s'appelle aussiPeace), la rose Carla Bruni.

Conseils de visite

Juin reste le moment absolu : roses en pleine floraison, concours international (entrée payante les jours du concours), foules amateurs. Le printemps offre les iris, magnolias et premières floraisons ; l'automne les remontants et les ors. L'été, viser tôt le matin pour la fraîcheur. Le pavillon Bagatelle est rarement accessible (sauf événements privés ou Journées du patrimoine). Les paons en liberté font la joie des enfants ; ne pas les nourrir mais admirer leurs roues.

À proximité immédiate, le Jardin d'Acclimatation et la Fondation Louis Vuitton prolongent la visite (10 minutes à pied). Pour la pause, le restaurant de Bagatelle dans une dépendance offre une cuisine simple sur terrasse, et la Grande Cascade voisine est l'institution Belle Époque du bois (gastronomique). Parc ouvert tous les jours dès 9h30, fermeture variable selon saison (17h30 à 20h). Entrée payante (5 à 7 €), gratuit pour les moins de 26 ans. Accessibilité PMR satisfaisante.

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