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Jardin d'Acclimatation

Parcs et Jardins

Jardin d'Acclimatation

1860 (Napoléon III, Davioud) — refondé 2018 (LVMH)·parc d'attractions familial·Paris 16ème·20 ha

Histoire

Le Jardin d'Acclimatation est né d'une idée scientifique de Napoléon III et d'un goût bourgeois pour l'exotisme. En 1858, l'empereur accorde à la Société impériale zoologique d'acclimatation la concession d'un terrain de dix-neuf hectares à la pointe nord du bois de Boulogne. L'objectif initial est rigoureusement scientifique : acclimater à Paris des animaux et des plantes exotiques rapportés des colonies, étudier leur reproduction, vulgariser la connaissance des espèces. Le projet est confié à l'architecte Gabriel Davioud — le même qui conçoit les Buttes-Chaumont à l'autre bout de Paris.

Le parc est inauguré le 6 octobre 1860 en grande pompe, en présence du couple impérial. Davioud y a installé des serres tropicales, des volières immenses, des enclos pour les zèbres, les éléphants et les chameaux. Mais les visiteurs viennent pour le spectacle plus que pour la science : promenades à dos d'éléphant, manèges à propulsion humaine, théâtre, premier carrousel moderne de Paris. Le Jardin devient instantanément le rendez-vous des familles bourgeoises de l'ouest parisien, qui y viennent en calèche le dimanche.

L'institution traverse alors une longue série de transformations. Sous la Troisième République, le caractère scientifique s'estompe au profit du divertissement. Entre 1877 et 1912, le Jardin présente — de manière qui paraît aujourd'hui révoltante — des expositions ethnologiques où l'on montre au public parisien des familles entières d'indigènesvenus d'Afrique, d'Asie ou d'Océanie, vivant comme dans leurs villages d'origine reconstitués. Ceszoos humains, fréquentés par des centaines de milliers de visiteurs, sont aujourd'hui reconnus comme l'un des chapitres les plus sombres de l'histoire coloniale française. Le Jardin assume publiquement cet héritage depuis les années 2000 et participe à des commémorations critiques.

Au XXe siècle, le Jardin se modernise progressivement avec l'arrivée de manèges mécaniques, d'un petit train (1881, toujours en service !), d'une rivière enchantée. Reprise en 2017 par le groupe LVMH pour cinquante ans dans le cadre d'une concession, il fait l'objet d'une rénovation à 70 millions d'euros menée par les architectes Studio Christian de Portzamparc. Vingt nouveaux manèges signés par l'attractionniste belge Comète, des jardins thématiques redessinés, des restaurants modernisés. Le Jardin rouvre en juin 2018 sous un nouveau visage : modernisé sans renier son charme désuet, plus écologique, toujours familial.

À voir absolument

  • Le Petit train (1881), miniature à vapeur (aujourd'hui électrique) qui relie l'entrée du Jardin à la station Sablons en serpentant à travers le bois — institution intemporelle des familles parisiennes
  • Le Grand Carrousel historique, un des plus anciens manèges de Paris, restauré dans son décor d'origine
  • Le Théâtre du Petit-Bois, petit théâtre forestier où se produisent marionnettes et spectacles pour enfants depuis 1860
  • La rivière enchantée, parcours nautique en barques pour enfants, dans un décor de roseaux et de petites cascades
  • Le jardin coréen, créé en 1976, miniature traditionnelle offerte par la Corée du Sud — calme contemplatif au cœur de l'effervescence
  • Le jardin japonais avec son étang à carpes koï et ses azalées, créé dans les années 1970
  • La ferme normande, reconstituée à l'identique d'une ferme traditionnelle de Normandie — vaches, moutons, chèvres, poules, lapins en libre observation
  • La volière du Roi, immense cage tropicale abritant des oiseaux exotiques colorés (perroquets, perruches, toucans)
  • Les vingt nouveaux manèges issus de la rénovation 2018 : grande roue panoramique, tour de chute, montagnes russes familiales — modernité fonctionnelle
  • Le Pavillon Louis Vuitton historique (Frank Gehry, 2014), accessible depuis l'entrée du Jardin — fiche dédiée bois de Boulogne

Anecdotes & secrets

Le 25 décembre 1870, en plein siège de Paris par les armées prussiennes, le Jardin d'Acclimatation joue malgré lui un rôle tragique. Affamés, les Parisiens commencent à manger les animaux exotiques du parc. Le 30 décembre, les directeurs vendent Castor et Pollux, les deux éléphants stars, à un boucher de la place des Ternes qui revend les trompes à des restaurants luxueux. Les girafes, kangourous, antilopes connaissent un sort similaire. Seuls les carpes du bassin chinois survivent, sauvés in extremis par un gardien qui plaide leur cause. Cet épisode tragique, raconté par Alexandre Dumas fils dans ses mémoires, marque durablement la mémoire du Jardin.

Le Petit train de 1881 est l'un des plus anciens trains miniatures en exploitation continue au monde. Sa ligne, de 1,3 kilomètre, traverse une partie du bois de Boulogne avant d'aboutir à la station Sablons. Les rails d'origine ont été conservés ; seules les locomotives ont été modernisées. La ligne fonctionne uniquement les mercredis, week-ends, vacances scolaires et tous les jours de l'été — institution mémorielle pour des générations d'enfants de l'ouest parisien.

Marcel Proust, malgré son asthme, fréquentait régulièrement le Jardin d'Acclimatation dans son enfance. Dans Du côté de chez Swann, il évoque le souvenir des promenades en famille au Jardin, des chèvres apprivoisées qu'on caressait, des allées plantées de marronniers. Le narrateur de la Recherche y revient adulte, mélancolique, retrouvant les traces d'un monde révolu. Colette, plus tard, y a emmené sa fille Bel-Gazou ; elle évoque longuement ces visites dans La Maison de Claudine.

Conseils de visite

Lieu résolument familial : idéal pour enfants de 3 à 12 ans. Printemps et été pour les manèges en plein air et le Petit train ; automne pour les couleurs des jardins thématiques ; hiver plus calme, certaines attractions fermées. Les mercredis, week-ends et vacances scolaires voient affluer les familles parisiennes ; viser un jour de semaine hors vacances pour la tranquillité. Comptez 2 à 4 heures sur place, davantage si vous combinez Fondation Louis Vuitton voisine.

Côté restauration, plusieurs restaurants et kiosques au sein du Jardin : pizzeria, snacks, crêperie, restaurant traditionnel avec terrasse. La cafétéria du parc est honnête mais sans surprise. Pour les pauses, prévoir son pique-nique reste une excellente option (pelouses autorisées). À proximité, Le Frank à la Fondation Louis Vuitton (Jean-Louis Nomicos) offre une cuisine plus élaborée. Jardin ouvert tous les jours en haute saison (avril-septembre) de 10h à 19h, en basse saison weekend et vacances scolaires seulement. Tarif d'entrée payant (entre 7 et 9 €), pass attractions séparé. Accessibilité PMR satisfaisante.

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