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Parc de la Villette

Parcs et Jardins

Parc de la Villette

1983-1987 (Bernard Tschumi)·parc urbain contemporain·Paris 19ème·35 ha

Histoire

Pendant un siècle, ce territoire de la pointe nord-est de Paris fut consacré à une seule chose : la viande. Napoléon III, dans le cadre du grand plan haussmannien, décide en 1867 de regrouper en un seul site les abattoirs de la capitale, jusque-là dispersés dans plusieurs arrondissements. Cinquante-cinq hectares sont aménagés à la Villette, entre le canal de l'Ourcq et le canal Saint-Denis, avec des halles métalliques monumentales conçues par Jules de Mérindol — alors le plus grand ensemble d'architecture de fer et fonte de Paris. La Grande Halle aux bœufs, longue de 240 mètres, accueille chaque jour des milliers de bovins venus des campagnes par train.

Les abattoirs fonctionnent à plein rendement pendant un siècle. Mais à partir des années 1960, l'évolution des techniques de boucherie — chaîne du froid, abattage déconcentré, autoroutes — rend le site obsolète. Les ultimes investissements gigantesques (notamment une halle aux taureaux ultramoderne, jamais utilisée à pleine capacité) tournent au scandale. En 1974, Valéry Giscard d'Estaing décide la fermeture définitive. Le terrain de 55 hectares — l'un des plus grands ensembles fonciers de Paris intra-muros — devient une friche.

Le projet de reconversion naît en 1977 sous Giscard, prend forme sous Mitterrand en 1981. L'idée : créer un grand pôle culturel et scientifique populaire. Un concours international est lancé en 1982 ; il est remporté contre toute attente par Bernard Tschumi, architecte suisse alors enseignant à Princeton, peu connu en France. Sa proposition est radicale : un parc déconstructiviste, anti-jardin à la française, organisé autour de vingt-six folies rouges (cubes de dix mètres de côté) disposées selon une grille orthogonale qui se superpose à des allées sinueuses. Inspiré des théories de Jacques Derrida, le projet entend rompre avec la tradition pittoresque héritée d'Alphand. La controverse est vive : Tschumi affronte notamment Paul Chemetov, partisan d'un parc plus classique.

Le parc s'ouvre par étapes entre 1983 et 1987. La Cité des sciences et de l'industrie (1986, architecte Adrien Fainsilber) prend la place du chantier inachevé de la halle aux taureaux. La Géode, sphère miroir spectaculaire abritant une salle de cinéma hémisphérique, est livrée en 1985. La Grande Halle aux bœufs est sauvée in extremis et restaurée. La Cité de la musique (Christian de Portzamparc, 1995) et la Philharmonie de Paris (Jean Nouvel, 2015) complètent l'ensemble. Aujourd'hui, la Villette est le plus grand parc de Paris intra-muros (35 hectares) et l'un des rares ouverts vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

À voir absolument

  • La Géode (1985), sphère de 36 mètres de diamètre recouverte de 6 433 triangles d'acier inoxydable poli — abritait jusqu'à sa fermeture en 2018 le plus grand écran hémisphérique de cinéma au monde, en cours de reconversion
  • La Cité des sciences et de l'industrie, vaisseau monumental d'Adrien Fainsilber, qui abrite expositions interactives, planétarium, sous-marin Argonaute (visite gratuite)
  • La Philharmonie de Paris (2015) de Jean Nouvel, écailles d'aluminium oblique, salle de concert classée parmi les meilleures acoustiques mondiales — à l'entrée Pantin
  • Les folies rouges de Bernard Tschumi, 26 cubes de dix mètres de côté répartis sur la grille du parc — certaines abritent restaurants (Folie du Burger), kiosques, ateliers ou simples belvédères
  • La Grande Halle aux bœufs de 1867, restaurée, devenue salle d'expositions, de spectacles et de concerts événementiels (gratuits ou payants)
  • Le canal de l'Ourcq qui traverse le parc, animé l'été par des activités nautiques (paddle, kayak)
  • La prairie du Cercle et la prairie du Triangle, deux grandes pelouses accessibles pour les pique-niques et la sieste estivale
  • Le jardin des Dunes et des Vents, aire de jeux pour enfants spectaculaire, avec ses trampolines, ses dunes en gomme, ses moulins à vent
  • Le Zénith de Paris (1984), salle de concerts à la structure tubulaire blanche, modèle dupliqué ensuite dans toute la France

Anecdotes & secrets

La controverse Tschumi-Chemetov, qui dura plus de deux ans, fit la une des journaux culturels de l'époque. Chemetov, partisan d'un parc humanisteavec arbres et allées sinueuses, fustigeait lafroideurdu projet déconstructiviste ; Tschumi défendait une architectureévénementielle dont chaque folie pouvait accueillir une fonction différente au gré des besoins. Quarante ans plus tard, la dispute semble dépassée : le parc draine huit millions de visiteurs par an.

Le Cinéma en plein air, organisé chaque été depuis 1990, est l'un des grands rituels du Paris estival. Pendant juillet et août, chaque soir à la nuit tombée, un film est projeté gratuitement sur l'écran gonflable de 750 m² installé sur la prairie du Triangle. On vient avec couverture et pique-nique — moment magique, populaire, gratuit dans une capitale où peu de choses le sont.

Au sud du parc, la Cité de la musique abrite le Musée de la musique, l'une des plus belles collections d'instruments anciens d'Europe (Stradivarius, clavecins d'époque, pianoforte de Chopin, guitare électrique de Frank Zappa). À côté, le Conservatoire national supérieur de musique et de danse (CNSMDP) forme les futurs musiciens et danseurs d'élite. Tous ces équipements forment un quartier culturel sans équivalent en Europe.

Conseils de visite

Toute l'année, mais l'été (juillet-août) reste exceptionnel grâce au Cinéma en plein air et aux activités nautiques sur le canal. Le printemps offre les meilleures floraisons sur les prairies ; l'automne les couleurs des bouleaux ; l'hiver, l'éclairage spectaculaire de la Géode et de la Philharmonie. Comptez une demi-journée minimum si vous combinez la Cité des sciences ou un concert. Le parc étant immense, des plans gratuits sont disponibles aux entrées Porte de Pantin ou Porte de la Villette.

Côté restauration, les folies-restaurants offrent des cartes simples (burgers, salades, pizza). Plus mémorable, le Pavillon Eau sur le canal et le Café de la Musique (Cité de la musique) proposent une cuisine sympathique. Pour le quartier alentour, rue de Crimée et alentours regorgent de bistrots populaires. Parc ouvert 24h/24, entrée libre. Cité des sciences, Philharmonie et Grande Halle ont leurs propres horaires et tarifs. Accessibilité PMR excellente (sol plat, larges allées).

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