À voir
Avancez dans le chœur, et onze hommes de pierre vous regardent. Ce sont les comtes de Wurtemberg, grandeur nature, chacun campé sur un lion dans sa niche, séparé de son voisin par un atlante : une haie d'aïeux que le duc Louis commanda en 1574 au sculpteur de cour Sem Schlör, et qu'il fallut huit ans à dresser. À l'origine, ils étaient peints de couleurs vives, leurs armes et leurs insignes de charge en métal — une parade dynastique autant qu'un sermon muet sur l'hérédité du pouvoir. Les figures ont survécu à la guerre, cachées dans un tunnel en 1944, quand les voûtes de la nef, elles, s'effondraient sous les bombes.# La collégiale de la Sainte-Croix de StuttgartAu cœur de Stuttgart, près du Vieux Château, la Stiftskirche fut l'église des comtes puis des ducs de Wurtemberg. Son chef-d'œuvre Renaissance se tient le long du chœur : une galerie de onze comtes de Wurtemberg, taillés grandeur nature par Sem Schlör de 1576 à 1584. Une dynastie entière, dressée en pierre, qui regarde le visiteur droit dans les yeux.
Ce qu'il faut regarder
Avancez vers le chœur et longez la paroi nord : onze statues de comtes s'y succèdent, debout, grandeur nature, chacune dans une niche cintrée, séparée de sa voisine par des atlantes. Sous les pieds de chaque prince, un lion — symbole d'héroïsme. Les figures ne sont pas de simples effigies : ce sont des portraits en ordre généalogique, d'est en ouest, d'Ulrich le Fondateur (mort en 1265) au comte Henri de Montbéliard (mort en 1519). On lit sur la pierre une maison souveraine remontant à trois siècles.
À l'origine, ces statues étaient peintes de couleurs vives, et leurs armes et attributs de charge réalisés en métal : imaginez la haie d'ancêtres éclatante qu'elle formait. Regardez les détails : harnois, épées, chaînes, les traits individualisés de chaque visage. C'est l'œuvre d'un sculpteur de cour, Sem Schlör, à qui le duc Louis commanda l'ensemble en 1574.
Levez aussi les yeux vers la nef : l'église est une haute halle gothique à deux tours de silhouette dissemblable, mais son décor intérieur porte la marque de la Réforme — bancs installés dans la nef et le chœur, tribune princière (Fürstenstand) aménagée sur l'empore sud, images retirées. Le dépouillement est voulu : on a fait place nette pour la Parole, et pour la galerie des ancêtres. Remarquez enfin, vers l'ouest, la « chaire dorée » (Goldene Kanzel), chef-d'œuvre du gothique tardif resté en place.
Histoire
Stuttgart devient au XVIe siècle la résidence des ducs de Wurtemberg, et sa collégiale leur église. En 1534, la Réforme y entre ; l'espace est réaménagé pour le culte protestant. En 1553, le grand réformateur Johannes Brenz en devient prévôt, et la Stiftskirche s'impose comme un centre de la Réforme régionale.
C'est le duc Louis (Ludwig) qui, en 1574, commande à Sem Schlör les onze statues des comtes, pour remplacer les anciennes épitaphes des ancêtres inhumés dans l'église. Exécutées de 1576 à 1584, elles forment une « galerie d'aïeux » : non plus des tombes dispersées, mais une lignée rassemblée et mise en scène. L'ouvrage affirme la continuité et la légitimité d'une maison devenue ducale.
L'histoire faillit tout emporter : en juillet et septembre 1944, les bombardements ravagent l'église, détruisant les voûtes de la nef. Mais les œuvres d'art, évacuées à temps et stockées dans le tunnel de la Wagenburg, furent sauvées. L'édifice fut reconstruit dans les années 1950, dans une forme simplifiée, mais la galerie des comtes a retrouvé sa place.
Symboles et secrets
La galerie n'est pas un cimetière : c'est une démonstration. En alignant ses ancêtres debout, vivants, armés, le duc Louis ne commémore pas des morts — il expose une dynastie. Les lions disent l'héroïsme, les niches à l'antique la modernité, l'ordre généalogique la légitimité. Remplacer les épitaphes par des statues, c'est passer du souvenir funèbre à l'affirmation politique : la maison de Wurtemberg se raconte elle-même, en pierre, au seuil de son chœur.
Pourquoi ce lieu compte
Parce qu'il porte l'un des plus ambitieux programmes dynastiques de la Renaissance allemande : une famille souveraine entière, sculptée en série par un même artiste. La galerie de Sem Schlör invente une forme — la lignée princière mise en scène comme un théâtre d'ancêtres — que d'autres cours imiteront.
Histoire
Stuttgart devient au XVIe siècle la résidence des ducs de Wurtemberg, et sa collégiale leur église. En 1534, la Réforme y entre ; l'espace est réaménagé pour le culte protestant. En 1553, le grand réformateur Johannes Brenz en devient prévôt, et la Stiftskirche s'impose comme un centre de la Réforme régionale.
C'est le duc Louis (Ludwig) qui, en 1574, commande à Sem Schlör les onze statues des comtes, pour remplacer les anciennes épitaphes des ancêtres inhumés dans l'église. Exécutées de 1576 à 1584, elles forment une « galerie d'aïeux » : non plus des tombes dispersées, mais une lignée rassemblée et mise en scène. L'ouvrage affirme la continuité et la légitimité d'une maison devenue ducale.
L'histoire faillit tout emporter : en juillet et septembre 1944, les bombardements ravagent l'église, détruisant les voûtes de la nef. Mais les œuvres d'art, évacuées à temps et stockées dans le tunnel de la Wagenburg, furent sauvées. L'édifice fut reconstruit dans les années 1950, dans une forme simplifiée, mais la galerie des comtes a retrouvé sa place.
Sources
- 1.Stadtlexikon Stuttgart — Stiftskirche
- 2.Evangelische Stiftskirchengemeinde Stuttgart
- 3.Wikipedia DE « Stiftskirche (Stuttgart) »
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Fiche mise à jour le 7 novembre 2026
