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Façade de L'église San Giovanni a Carbonara à Naples

Monument

L'église San Giovanni a Carbonara à Naples

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Intérieur de L'église San Giovanni a Carbonara à Naples
L'église San Giovanni a Carbonara à Naples dans son environnement
Vue de L'église San Giovanni a Carbonara à Naples

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À voir

L'église San Giovanni a Carbonara à Naples

Adossée à la colline qui domine le centre historique de Naples, l'église San Giovanni a Carbonara compte parmi les monuments les plus fascinants de la ville, précisément parce qu'elle ne relève pas d'un seul style. Née à l'époque angevine, agrandie sous le règne de Ladislas d'Anjou-Durazzo et de sa sœur Jeanne II, puis enrichie au début du XVIe siècle d'une chapelle qui introduit à Naples le vocabulaire de la Renaissance romaine, elle offre un raccourci saisissant du passage entre deux mondes. On y lit, presque salle par salle, le glissement du gothique tardif vers l'ordre classique — jusqu'à la théâtralité baroque de son escalier d'accès, ajouté bien plus tard.

L'église et le site de Carbonara

Le nom de « Carbonara » renvoie à un secteur situé hors les murs médiévaux, longtemps voué au dépôt et à l'incinération des ordures, où se tenaient aussi, selon la tradition, des joutes et des exécutions. C'est là que s'installa au XIVe siècle une communauté d'ermites de Saint-Augustin, autour d'une église dédiée à saint Jean-Baptiste. L'édifice se développe et s'embellit surtout à la charnière des XIVe et XVe siècles, sous le patronage de la dynastie angevine-durazzienne, ce qui explique sa densité exceptionnelle de sépultures princières et aristocratiques.

Le San Giovanni actuel garde une structure gothique tardive : nef unique couverte de charpente ou de voûtes selon les campagnes, chevet accueillant les grands monuments funéraires. Endommagée à plusieurs reprises au fil des siècles — séismes, remaniements, dommages de la Seconde Guerre mondiale suivis de restaurations —, l'église conserve néanmoins l'essentiel de ses ensembles médiévaux et Renaissance. Il faut la lire comme un feuilleté de strates : le noyau gothique angevin, les apports du premier XVe siècle encore tardo-gothiques, la greffe Renaissance du début du Cinquecento, enfin les additions baroques.

Le tombeau de Ladislas, charnière gothique-Renaissance

La pièce maîtresse du chevet est le monument funéraire du roi Ladislas d'Anjou-Durazzo (Ladislao di Durazzo), mort en 1414. Élevé à l'initiative de sa sœur et héritière Jeanne II, il aurait été achevé autour de 1428 et passe pour l'œuvre de Marco et Andrea da Firenze (attributions à discuter selon les sources). Il s'agit de l'un des plus imposants tombeaux gothiques d'Italie.

L'ensemble s'élève sur plusieurs registres superposés, telle une architecture dans l'architecture : statues de Vertus servant de cariatides, gisant du roi sous un dais, puis, au sommet, la figure équestre de Ladislas brandissant l'épée. Cette verticalité spectaculaire, la statuaire encore enveloppée de draperies gothiques mais gagnée par un sens nouveau du volume et de la présence physique, font de ce monument une œuvre de transition : le langage demeure tardo-gothique, mais l'ambition monumentale et la recherche plastique annoncent déjà les mutations du siècle. On situe donc volontiers ce tombeau au seuil de la Renaissance napolitaine, sans qu'il en relève encore pleinement.

La Cappella Caracciolo del Sole et ses fresques

Derrière le tombeau de Ladislas s'ouvre la Cappella Caracciolo del Sole, chapelle funéraire à plan circulaire édifiée pour Ser Gianni (Sergianni) Caracciolo, surnommé « del Sole », grand sénéchal et puissant favori de Jeanne II, assassiné en 1432. Son propre monument funéraire, de facture encore gothique, y prend place.

L'intérêt majeur de cette chapelle tient à son décor peint, daté des environs de 1427 et attribué à Leonardo da Besozzo et à Perinetto da Benevento. Les fresques déroulent des cycles narratifs — scènes de la vie de la Vierge et d'ermites, épisodes hagiographiques — dans un style encore gothique international, aux couleurs vives et aux compositions foisonnantes. Le sol de la chapelle est revêtu d'un pavement de majoliques, carreaux de céramique émaillée dont les motifs comptent parmi les témoignages précieux de cet art à Naples au XVe siècle. L'ensemble, par sa forme centrée et son programme unifié, constitue déjà une expérience spatiale remarquable, qui prépare le regard à la chapelle voisine.

La Cappella Caracciolo di Vico à plan central : un écho bramantesque

C'est avec la Cappella Caracciolo di Vico, datée des environs de 1516, que la pleine Renaissance fait son entrée dans l'église. Fondée par la branche « di Vico » de la famille Caracciolo, elle adopte un plan central — rotonde couverte d'une coupole, articulée par des colonnes et des niches — qui rompt franchement avec la logique longitudinale gothique. Sa conception dénote une connaissance directe du langage romain de Bramante et de son cercle : ordonnance classique, rythme des travées, pureté géométrique de l'espace. À ce titre, la chapelle passe pour l'un des rares échos napolitains de l'architecture centrée de la Haute Renaissance romaine, ce qui lui vaut une place singulière dans l'histoire de l'art méridional. Le nom de l'architecte reste discuté ; l'ampleur du parti et sa culture romaine sont en revanche manifestes.

Le décor sculpté, réparti dans les niches, réunit des noms de premier plan de la statuaire du début du XVIe siècle. La tradition critique y associe Giovanni da Nola (Giovanni Merliano da Nola), figure majeure de la sculpture napolitaine, ainsi que les sculpteurs espagnols Bartolomé Ordóñez et Diego de Siloé, tous deux acteurs de la circulation des formes entre l'Italie et l'Espagne. Ces attributions, à prendre au conditionnel et à moduler selon les œuvres, disent l'importance du chantier : la chapelle Caracciolo di Vico fut un laboratoire où se croisèrent sculpteurs italiens et hispaniques, dans une Naples alors gouvernée par la couronne d'Aragon puis d'Espagne.

Portée

San Giovanni a Carbonara vaut ainsi pour la manière dont elle donne à voir, sous un même toit, la bascule stylistique du XVe au XVIe siècle. Le tombeau de Ladislas incarne l'apogée d'un gothique tardif princier ; les fresques Caracciolo del Sole prolongent le gothique international ; la chapelle Caracciolo di Vico affirme, avec sa géométrie centrée et sa statuaire savante, l'arrivée d'une Renaissance de haute tenue. Le monument constitue de ce fait un jalon essentiel pour comprendre comment, et à quel rythme, les modèles romains ont gagné le Sud de l'Italie.

Ce qu'il faut voir absolument

  • Le tombeau monumental de Ladislas d'Anjou-Durazzo (v. 1428), avec son gisant, ses Vertus-cariatides et la statue équestre au sommet.
  • La Cappella Caracciolo del Sole, chapelle circulaire ornée des fresques de Leonardo da Besozzo et Perinetto da Benevento (v. 1427).
  • Le pavement de majoliques de la Caracciolo del Sole, rare témoignage de la céramique émaillée napolitaine du XVe siècle.
  • La Cappella Caracciolo di Vico (v. 1516) et son plan central coiffé d'une coupole, écho du classicisme romain à Naples.
  • La statuaire de la Caracciolo di Vico, associée à Giovanni da Nola, Bartolomé Ordóñez et Diego de Siloé (attributions à nuancer).
  • L'escalier monumental à double volée, ajout baroque du XVIIIe siècle, à distinguer nettement des campagnes médiévale et Renaissance.

Infos pratiques

L'église se situe dans le centre historique de Naples, à l'écart des grands axes touristiques, dans le secteur historique de Carbonara. On y accède depuis les environs de la via Carbonara ; l'entrée se fait par le célèbre escalier monumental à double volée attribué à Ferdinando Sanfelice (début du XVIIIe siècle), addition baroque qui met en scène l'ascension vers le parvis. Édifice cultuel et patrimonial, il peut connaître des restaurations ou des fermetures partielles ; il est recommandé de vérifier les conditions d'ouverture auprès des sources locales avant la visite. Horaires et tarifs éventuels ne sont pas précisés ici, faute de données fiables et stables.

Quiz

1. À qui est dédié le tombeau monumental achevé vers 1428 au chevet de l'église ?

  • Au roi Ladislas d'Anjou-Durazzo
  • À Ser Gianni Caracciolo
  • À Giovanni da Nola

2. Qu'est-ce qui rend la Cappella Caracciolo di Vico (v. 1516) remarquable ?

  • Son plan central d'inspiration romaine/bramantesque
  • Ses vitraux gothiques
  • Sa charpente à caissons dorés

3. Quel décor caractérise la Cappella Caracciolo del Sole ?

  • Des fresques v. 1427 et un pavement de majoliques
  • Une coupole peinte baroque
  • Une mosaïque byzantine

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Fiche mise à jour le 17 septembre 2026

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