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Château des Rohan (Saverne)

✦ Monument ✦

Château des Rohan (Saverne)

XVIe s. (corps Renaissance) — façade principale XVIIIe·Château / Demeure·Saverne (67)·Classé MH
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Le cardinal de Rohan, protagoniste de l'Affaire du Collier de la Reine, a été condamné à mort et exécuté au château de Saverne.

Histoire

À première vue, le château des Rohan de Saverne semble poser un problème. L’immense façade que l’on voit aujourd’hui est néoclassique, essentiellement issue de la reconstruction entreprise à partir de 1779 puis achevée au XIXe siècle. Pourtant, il serait erroné d’écarter Saverne : sous et avant le palais actuel se trouvait l’un des principaux châteaux épiscopaux de l’Alsace de la Renaissance, construit au début du XVIe siècle par Guillaume de Honstein, prince-évêque de Strasbourg. Les travaux historiques consacrés au château désignent explicitement cette résidence comme le « Château Renaissance » de Saverne.

Le véritable sujet n’est donc pas seulement le château que nous voyons aujourd’hui. C’est la permanence d’un lieu de pouvoir, du Moyen Âge à la Renaissance puis au XVIIIe siècle, chaque génération de princes-évêques reconstruisant pratiquement son palais sur les fondations de la précédente.

Saverne, capitale des princes-évêques

Pour comprendre le château, il faut d’abord comprendre Saverne. La ville appartient aux évêques de Strasbourg depuis le Moyen Âge et devient progressivement leur véritable capitale politique et administrative. À partir de 1417, l'évêque Guillaume de Diest y fixe sa résidence. Saverne devient alors le centre depuis lequel les princes-évêques administrent leurs possessions, réparties de part et d'autre du Rhin. C'est une situation très particulière.

L'évêque de Strasbourg n'est pas seulement un homme d'Église. Il est également prince du Saint-Empire romain germanique, détenteur d'un pouvoir territorial et politique. Son château doit donc remplir plusieurs fonctions : résidence privée, centre administratif, lieu de réception, manifestation du prestige princier et symbole de son autorité.

Saverne est ainsi un excellent endroit pour faire comprendre au visiteur que la Renaissance européenne ne se résume pas aux royaumes de France, d'Angleterre ou d'Espagne. Dans le Saint-Empire, le territoire est morcelé entre une multitude de princes, villes libres et principautés ecclésiastiques. Et l'évêque de Strasbourg appartient pleinement à cet univers.

Guillaume de Honstein et le château Renaissance

Le personnage qui nous intéresse particulièrement est Guillaume III de Honstein, évêque de Strasbourg de 1506 à 1541. C'est sous son épiscopat qu'est édifiée à Saverne la résidence que les historiens appelleront précisément le « Château Renaissance ». Nous sommes donc exactement dans notre période. Imagine Saverne vers 1520. À l'emplacement du gigantesque palais actuel se trouve encore l'ancienne résidence fortifiée des évêques. Guillaume de Honstein décide de la transformer. Comme partout en Europe, le château cesse progressivement d'être uniquement conçu pour se défendre : il doit également permettre de vivre, recevoir et représenter le pouvoir. La résidence épiscopale se modernise. Mais autour d'elle, le monde est en train de basculer.

1517 : Luther bouleverse l'Empire

À quelques centaines de kilomètres de Saverne, Martin Luther publie en 1517 ses 95 thèses à Wittenberg. En quelques années, la Réforme traverse l'espace germanique. L'imprimerie accélère considérablement la diffusion des textes. Strasbourg devient elle-même l'un des grands foyers de la Réforme protestante. Et cette situation donne soudain au château de Saverne une importance considérable. L'évêque catholique de Strasbourg possède désormais une résidence située à distance de la grande ville dont il porte pourtant le titre.

Après l'établissement durable de la Réforme à Strasbourg, Saverne devient plus encore le refuge et le centre territorial du pouvoir épiscopal catholique. La ville rappelle aujourd'hui elle-même que les évêques catholiques résident à Saverne depuis la Réforme. Nous retrouvons ici exactement l'un des fils conducteurs de notre Renaissance européenne : les idées modifient les bâtiments autant que l'architecture. La Réforme change la géographie du pouvoir.

Saverne au cœur de la guerre des Paysans

Mais un événement encore plus spectaculaire place le château au centre de l'histoire de la Renaissance germanique. En 1525 éclate la guerre des Paysans. Des révoltes embrasent une grande partie du sud-ouest du Saint-Empire et atteignent l'Alsace. Les revendications sociales, économiques et religieuses se mêlent aux bouleversements provoqués par la Réforme. Saverne devient l'un des points culminants du conflit en Alsace. Des milliers d'insurgés se regroupent dans la région et occupent la ville. L'intervention du duc Antoine de Lorraine conduit à une répression extrêmement violente. Les affrontements de Saverne et des environs feront plusieurs milliers de morts. Et au-dessus de cette ville bouleversée se trouve précisément le château de Guillaume de Honstein.

Voilà pourquoi ce POI est beaucoup plus important que son apparence actuelle ne le laisse penser : le château Renaissance de Saverne se trouve littéralement au cœur des bouleversements religieux et sociaux qui secouent l'Europe du XVIe siècle.

Une Renaissance très différente de celle de la Loire

C'est également ce qui rend Saverne intéressant dans notre atlas. À Chambord, la Renaissance raconte François Ier, l'Italie, Léonard de Vinci et la magnificence royale. À Fontainebleau, elle raconte l'importation des artistes italiens et la naissance d'un langage décoratif français. À Saverne, elle raconte autre chose : le Saint-Empire, les princes-évêques, la Réforme, les conflits religieux et la fragmentation politique de l'Europe centrale. La Renaissance n'est donc pas seulement une révolution esthétique. Elle est simultanément artistique, politique, intellectuelle et religieuse. Et Saverne permet de le montrer presque mieux que beaucoup de monuments Renaissance parfaitement conservés.

Le château disparaît… mais le lieu de pouvoir demeure

Le château de Guillaume de Honstein ne survivra malheureusement pas intact jusqu'à nous.

Au cours des XVIIe et XVIIIe siècles, les princes-évêques successifs transforment profondément la résidence. Les Fürstenberg l'agrandissent considérablement, puis les Rohan donnent à Saverne une dimension véritablement princière. La ville souligne d'ailleurs que les princes de Fürstenberg développent fortement Saverne à la fin du XVIe siècle avant le grand âge des Rohan.

Au XVIIIe siècle, Armand-Gaston de Rohan-Soubise fait intervenir Robert de Cotte, Premier architecte du roi et l'un des grands représentants de l'architecture française.

Le château et surtout ses jardins prennent alors une ampleur extraordinaire : un immense parc est aménagé avec notamment un canal de près de quatre kilomètres, créant une perspective monumentale devant la résidence. Saverne devient une véritable cour princière. Mais le 8 septembre 1779, catastrophe : un incendie détruit le grand corps de logis. Le cardinal Louis-René-Édouard de Rohan décide alors de reconstruire encore plus grand. C'est cette reconstruction confiée à Nicolas-Alexandre Salins de Montfort qui produit l'immense palais néoclassique que nous voyons aujourd'hui. La façade atteint environ 144 mètres de longueur. La Révolution interrompt les travaux en 1790. L'aménagement intérieur ne sera jamais réellement achevé, et le bâtiment connaîtra encore de nombreuses transformations au XIXe siècle.

Chercher un château qui n’existe plus

C'est précisément ce qui rend le lieu passionnant. Lorsque le visiteur se place devant le château des Rohan, il ne doit pas chercher la Renaissance dans la façade qu'il regarde. Il doit mentalement enlever le XVIIIe siècle. Puis le XVIIe. Et retrouver sous le palais monumental le château que Guillaume de Honstein avait fait construire au début du XVIe siècle. C'est une forme d'archéologie mentale.

Le lieu n'a pratiquement jamais cessé d'être associé au pouvoir épiscopal entre 1417 et la Révolution française. Chaque époque a effacé une partie de la précédente tout en conservant exactement la même logique : le prince-évêque doit résider ici et son architecture doit montrer son rang. C'est finalement cela que raconte le château des Rohan. Pas un bâtiment.

Une succession de bâtiments construits au même endroit pour matérialiser le pouvoir.

Le palais néoclassique actuel n'est pas un château Renaissance. Le bâtiment visible appartient principalement aux campagnes de 1779 et du XIXe siècle ; la base Mérimée donne d'ailleurs comme campagnes principales le dernier quart du XVIIIe siècle et le troisième quart du XIXe. En revanche, le site est totalement légitime, parce qu'il abritait précisément la grande résidence Renaissance des princes-évêques de Strasbourg construite sous Guillaume de Honstein.

Contes, légendes & anecdotes

Le cardinal Louis-René-Édouard de Rohan-Guéménée (1734-1803), prince-évêque de Strasbourg, fut le protagoniste malgré lui de l'Affaire du Collier de la Reine (1784-1786) — le scandale qui ruina la réputation de Marie-Antoinette et contribua à déstabiliser la monarchie avant la Révolution. Trompé par une aventurière (Jeanne de La Motte), le cardinal crut acheter au nom de la reine un collier de diamants de 1,6 million de livres. Marie-Antoinette n'était pas au courant. Le cardinal fut arrêté, jugé, acquitté mais exilé à Saverne dans son château. Il y vécut ses dernières années avant la Révolution. Le château Renaissance-néoclassique de Saverne fut ainsi le lieu d'exil d'un cardinal victime du scandale le plus retentissant du règne de Louis XVI.

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Fiche mise à jour le 10 octobre 2026

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