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La maison du bourgmestre des sorcières (Lemgo)
Dans la Breite Straße de Lemgo, le marchand Hermann Kruwel et son épouse Lisbeth Fürstenau font bâtir en 1571 une maison dont la rue ne perd rien : encorbellement vitré, pignon sculpté, demi-colonnes et corniches — toute la prospérité d'un patricien étalée en façade. Son nom populaire, « maison du bourgmestre des sorcières », garde la mémoire des procès de la ville. Mais la pierre, elle, ne célèbre que la réussite.
Ce qu'il faut regarder
La façade est tout. Regardez d'abord l'encorbellement (Auslucht, ou Utlucht), cette avancée qui projette la maison sur la rue et capte la lumière : couverte de demi-colonnes, de corniches et d'ornements sculptés, elle est un morceau de bravoure de la Weserrenaissance. Au-dessus, le pignon déploie ses registres, ses volutes et ses figures. Cherchez le Beschlagwerk, ce décor de ferronnerie imité en pierre, fait de bandes, de clous et de cuirs enroulés, qui est l'une des marques du style dans le Nord-Ouest.
Cette maison n'est pas un palais, mais une demeure de marchand — et c'est tout son intérêt. Elle montre comment la Renaissance descendit dans la rue, comment un bourgeois prospère pouvait, lui aussi, se donner une façade digne d'un prince. L'ensemble porte la main de Hermann Wulff, le même qui éleva Schloss Brake et l'hôtel de ville : à Lemgo, une seule signature court des palais aux maisons, et c'est ce qui donne à la ville son unité visuelle. La maison abrite aujourd'hui un musée.
Histoire
La maison fut construite de 1568 à 1571 pour le marchand Hermann Kruwel et son épouse Lisbeth Fürstenau, par le maître d'œuvre Hermann Wulff. Elle appartient à l'âge d'or de Lemgo, cité hanséatique prospère, où les familles marchandes rivalisaient de façades ornées. Par son encorbellement et son pignon, elle est l'un des sommets de l'architecture domestique de la Weserrenaissance.
Son nom, pourtant, vient d'ailleurs — et de plus tard. Au XVIIe siècle, la maison fut habitée par Hermann Cothmann, bourgmestre de Lemgo de 1667 à 1683, resté célèbre comme l'un des plus zélés « chasseurs de sorcières » de la ville. Lemgo connut en effet l'une des plus longues et des plus meurtrières vagues de procès en sorcellerie de l'Empire, et Cothmann y joua un rôle sinistre. C'est de cet occupant que la demeure tient son nom redoutable de Hexenbürgermeisterhaus, la « maison du bourgmestre des sorcières ». Mais il faut le redire : la maison elle-même est une œuvre de la Renaissance marchande, bâtie un siècle avant que Cothmann n'y vive ; son nom est une mémoire ajoutée, non son origine.
Devenue musée en 1926, puis réaménagée, la maison présente aujourd'hui l'histoire de l'édifice et du développement de la ville, ainsi que la mémoire des persécutions. L'édifice Renaissance et le souvenir des procès cohabitent désormais sous le même toit — la beauté de la pierre et le poids de l'histoire.
Symboles et secrets
L'encorbellement et le pignon ornés sont un langage de rang : dans une rue marchande, la façade était la carte de visite d'une famille. Se donner des demi-colonnes, des corniches, un Beschlagwerk sculpté, c'était afficher sa réussite et son goût. Le secret de la maison tient à son nom : une demeure née de la prospérité et de l'art s'est trouvée associée, par un occupant tardif, à la part la plus sombre de l'histoire de Lemgo. La maison n'a rien fait ; c'est la mémoire qui l'a marquée. Ce décalage même en fait un lieu troublant, où la Renaissance et la chasse aux sorcières se croisent.
Pourquoi ça compte
Parce que le Hexenbürgermeisterhaus est l'un des plus beaux exemples de maison patricienne de la Weserrenaissance, et qu'il montre la Renaissance à hauteur de rue — celle des marchands, non des princes. Parce qu'il porte la signature de Hermann Wulff, qui unifie l'architecture de Lemgo. Et parce que son nom, hérité d'un bourgmestre persécuteur, en fait un lieu de mémoire double : la beauté d'un âge d'or et l'ombre des bûchers.
Histoire
La maison fut construite de 1568 à 1571 pour le marchand Hermann Kruwel et son épouse Lisbeth Fürstenau, par le maître d'œuvre Hermann Wulff. Elle appartient à l'âge d'or de Lemgo, cité hanséatique prospère, où les familles marchandes rivalisaient de façades ornées. Par son encorbellement et son pignon, elle est l'un des sommets de l'architecture domestique de la Weserrenaissance.
Son nom, pourtant, vient d'ailleurs — et de plus tard. Au XVIIe siècle, la maison fut habitée par Hermann Cothmann, bourgmestre de Lemgo de 1667 à 1683, resté célèbre comme l'un des plus zélés « chasseurs de sorcières » de la ville. Lemgo connut en effet l'une des plus longues et des plus meurtrières vagues de procès en sorcellerie de l'Empire, et Cothmann y joua un rôle sinistre. C'est de cet occupant que la demeure tient son nom redoutable de Hexenbürgermeisterhaus, la « maison du bourgmestre des sorcières ». Mais il faut le redire : la maison elle-même est une œuvre de la Renaissance marchande, bâtie un siècle avant que Cothmann n'y vive ; son nom est une mémoire ajoutée, non son origine.
Devenue musée en 1926, puis réaménagée, la maison présente aujourd'hui l'histoire de l'édifice et du développement de la ville, ainsi que la mémoire des persécutions. L'édifice Renaissance et le souvenir des procès cohabitent désormais sous le même toit — la beauté de la pierre et le poids de l'histoire.
Sources
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Fiche mise à jour le 7 novembre 2026
