À voir
Histoire
L'église Saint-Didier de Clermont-en-Argonne abrite l'une des plus émouvantes sculptures attribuées à l'atelier de Ligier Richier : la célèbre « Sainte Femme au Bonnet » sculptée vers 1530-1540. Cette statue, isolée mais probablement fragment d'un groupe de Mise au tombeau aujourd'hui dispersé, est l'une des figures féminines les plus poignantes de la sculpture Renaissance européenne — visage d'une douceur grave, drapés en cascades typiques de l'école Richier, coiffe-bonnet caractéristique des paysannes lorraines du XVIe siècle.
L'édifice fut construit aux XVe-XVIe siècles sur un site religieux plus ancien (collégiale romane détruite au XIVe siècle). Le chantier s'étala de 1500 à 1560 environ, dans un style gothique flamboyant lorrain glissant vers Renaissance typique de la Meuse — proche de l'architecture de Saint-Étienne de Bar-le-Duc, Saint-Étienne de Saint-Mihiel, Hattonchâtel.
Clermont-en-Argonne, perchée sur un éperon de la forêt d'Argonne à 320 mètres d'altitude, fut au Moyen Âge siège d'un comté indépendant (le comté de Clermont), rattaché au duché de Bar au XIVe siècle. La cité fortifiée fut rasée par Louis XIV en 1652 (lors de la Fronde) — seuls subsistent l'église et quelques vestiges des remparts.
Pendant la Première Guerre mondiale, Clermont fut occupée par les Allemands en septembre 1914, puis libérée en 1918. L'église subit des dommages mais la Sainte Femme au Bonnet fut évacuée à temps dans une cave. Restauration générale dans les années 1920.
À voir absolument
- La Sainte Femme au Bonnet (vers 1530-1540), attribuée à l'atelier de Ligier Richier — sculpture poignante d'émotion contenue
- Le chœur gothique flamboyant glissant vers Renaissance
- La chapelle Sainte-Anne Renaissance, ornée d'un retable XVIe
- Les vitraux restaurés après 1918
- Le buffet d'orgue classique
- Les stalles sculptées (XVIe siècle)
- La chapelle Sainte-Anne sur la colline voisine (XVIe siècle, à voir d'extérieur)
- Le panorama sur la forêt d'Argonne depuis l'éperon
Anecdotes & secrets
La « Sainte Femme au Bonnet » porte ce nom populaire depuis le XVIIIe siècle, à cause de la coiffe particulière (bonnet plissé typique des paysannes lorraines du XVIe siècle) qu'elle porte sur la tête. Les historiens d'art débattent depuis longtemps sur son identité originelle : il s'agit probablement de Marie-Madeleine ou d'une sainte femme porteuse d'aromates, fragment d'un groupe de Mise au tombeau aujourd'hui dispersé. L'atelier de Ligier Richier sculpta probablement plusieurs groupes complets de Mise au tombeau (Saint-Mihiel, Hattonchâtel, Étain, et un quatrième à Clermont aujourd'hui dispersé). La Sainte Femme est l'unique survivante de ce groupe perdu.
La forêt d'Argonne, où se trouve Clermont, fut au cœur de plusieurs batailles majeures de l'histoire de France : bataille de Valmy (20 septembre 1792, première victoire républicaine sur les Prussiens) à 30 km au nord ; bataille de l'Argonne (septembre-novembre 1918, offensive américaine du général Pershing) ; bataille des Ardennes (décembre 1944-janvier 1945, dernière offensive allemande). La forêt elle-même, vaste massif sauvage, abrite encore des vestiges de tranchées, abris bétonnés, monuments commémoratifs.
Clermont-en-Argonne fut rasée par Louis XIV en 1652 pour avoir soutenu la Fronde contre la régence d'Anne d'Autriche. Le château fort, les remparts, et la moitié du bourg furent démolis sur ordre royal. L'église, miraculeusement épargnée (Louis XIV n'osa pas profaner un édifice religieux), conserva son patrimoine artistique — explication paradoxale de la préservation de la Sainte Femme.
Conseils de visite
Église ouverte tous les jours de 9h à 18h ; clé à la mairie hors saison. Combiner avec la visite des vestiges du château-fort, de la chapelle Sainte-Anne sur la colline voisine, et de la forêt d'Argonne (randonnées, vestiges de la Grande Guerre). Clermont-en-Argonne accessible depuis Verdun en voiture (40 min) ou Sainte-Menehould (20 min). Pardon de Saint-Didier : 23 mai chaque année.

