À voir
Histoire
La cathédrale Saint-Sauveur d'Aix-en-Provence présente un patchwork architectural extraordinaire : mille trois cents ans d'histoire lisibles sur ses pierres, du baptistère mérovingien du Ve siècle aux ajouts du XVIIe siècle. C'est l'un des édifices religieux français les plus complexes stylistiquement : roman provençal pour le baptistère et la nef sud, gothique méridional pour la nef centrale, flamboyant terminal glissant vers Renaissance pour la façade, classique pour le portail principal.
L'élément Renaissance majeur de Saint-Sauveur est constitué par les portes en bois sculpté du portail occidental, datées de 1505-1510 et attribuées au maître Jean Guiramand de Toulon — sculpteur sur bois provençal influencé par les modèles italiens transitant par Marseille et Avignon. Ces portes monumentales, en noyer sculpté en haut relief, représentent les quatre prophètes majeurs (Isaïe, Jérémie, Ézéchiel, Daniel) et les douze sibylles, encadrés par rinceaux d'acanthes, putti, médaillons à l'antique. C'est l'un des plus beaux ensembles de sculpture sur bois Renaissance subsistant en France méridionale, comparable aux portes de Saint-Pierre d'Avignon (1551).
La cathédrale est dédiée au Saint-Sauveur (le Christ Rédempteur), titulature rare en France mais courante en Provence où elle remplace souvent la titulature Notre-Dame. Saint-Sauveur fut siège archiépiscopal jusqu'en 1801 (puis simple évêché jusqu'en 2002 où l'archevêché fut restauré).
À voir absolument
- Les portes en bois sculpté (1505-1510) du portail principal, attribuées à Jean Guiramand de Toulon, chef-d'œuvre absolu de la Renaissance provençale
- Le baptistère mérovingien (Ve-VIe siècle), l'un des plus anciens baptistères subsistant en France, à plan octogonal, colonnes antiques de remploi
- Le cloître roman (XIIe siècle) à 64 chapiteaux historiés, l'un des plus beaux clîotres romans provençaux (visite payante 5€)
- Le triptyque du Buisson Ardent (1476) de Nicolas Froment, chef-d'œuvre de la peinture provençale, représentant le roi René et la reine Jeanne agenouillés devant la Vierge — dans la chapelle Renaissance
- La chapelle Saint-Mitre, ornée du retable du Christ Rédempteur Renaissance (vers 1520)
- Le chœur gothique voûté en croisée d'ogives à liernes
- Les stalles sculptées XVIe siècle
- Le tabernacle Renaissance en marbre polychrome
- Le buffet d'orgue monumental (XVIIIe siècle)
Anecdotes & secrets
Le triptyque du Buisson Ardent de Nicolas Froment (1476) est l'une des œuvres majeures de la peinture provençale. Il représente la Vierge à l'Enfant assise dans un buisson en feu (allusion à Moïse et à l'Immaculée Conception), avec en bas, agenouillés, le roi René d'Anjou et sa seconde épouse Jeanne de Laval. Le buisson ardent symbolise la virginité de Marie (le feu ne consume pas le buisson). Une légende veut que Nicolas Froment ait représenté ses propres traits sous ceux du paysan qui regarde la scène en bas à gauche du panneau central.
Les portes Renaissance de Guiramand ont été cachées dans une cave de l'archevêché pendant la Révolution, sur l'ordre de l'archevêque Boisgelin qui prévit (à juste titre) les violences révolutionnaires de septembre 1792. Elles furent remises en place en 1823 sous la Restauration. Lors de leur démontage de 1791, on découvrit derrière les portes des graffitis du XVIe siècle : prières, signatures de pèlerins de Compostelle, dates de mariages.
Paul Cézanne (1839-1906), enfant d'Aix, fut baptisé à Saint-Sauveur le 22 février 1839. Sa famille y assista à la messe régulièrement pendant son enfance. Cézanne peignit plusieurs études de la cathédrale, mais sans jamais en achever un tableau définitif — fait curieux pour un peintre si attaché à sa ville natale. Quelques croquis de la cathédrale subsistent dans des collections privées.
Conseils de visite
Cathédrale ouverte tous les jours de 8h à 12h et 14h à 18h, fermée le dimanche matin pendant les offices. Cloître : visite payante (5€), accessible mai-septembre, indispensable. Visites guidées des portes Renaissance gratuites les samedis à 15h en haute saison. Combiner avec la visite de l'atelier Cézanne (payant), du Pavillon de Vendôme (gratuit), et de la vieille ville Renaissance et classique d'Aix (hôtels particuliers, cours Mirabeau). Aix-en-Provence accessible depuis Paris-Gare-de-Lyon en TGV (3h) ou Marseille-Aix en TER (35 min).


