À voir
Histoire
L'église Notre-Dame de Caudebec-en-Caux est l'un des chefs-d'œuvre absolus du gothique flamboyant exubérant en Normandie — Henri IV l'aurait visitée et qualifiée selon la légende de « plus belle chapelle de son royaume ». Construite intégralement entre 1426 et 1539 sous Charles VII puis François Ier — soit 113 années de chantier ininterrompu — elle constitue l'un des édifices flamboyants les plus cohérents subsistant en France.
L'édifice fut érigé par les bourgeois enrichis de Caudebec, alors port fluvial majeur sur la Seine maritime (commerce du drap, du vin, du blé entre Rouen et la mer). La prospérité commerciale de Caudebec aux XVe-XVIe siècles permit le financement d'une église trop grande pour la simple paroisse — équivalent normand des « cathédrales des marchands » (Saint-Maclou de Rouen exclue HitsMap, Saint-Vulfran d'Abbeville voir fiche #5).
L'élément architectural exceptionnel est la profusion sculptée du portail occidental et de la façade : plus de 320 statues ornent la façade et le clocher, formant un véritable encyclopédie sculptée. La flèche atteint 52 mètres et porte une « couronne de pierre » d'une délicatesse stupéfiante. L'intérieur, à voûtes flamboyantes glissant vers Renaissance, abrite un mobilier exceptionnel : stalles sculptées (XVe-XVIe siècles), fonts baptismaux Renaissance, statues XVIe siècle.
Le transept fut frappé par les bombes alliées lors de la bataille de Normandie en juin 1944 — la cité étant « porte de la Seine » vers Rouen et Paris. L'édifice fut gravement endommagé mais soigneusement restauré dans les années 1950.
À voir absolument
- La façade occidentale flamboyante (1426-1539), avec ses plus de 320 statues sculptées
- La flèche de 52 m à « couronne de pierre », chef-d'œuvre absolu du flamboyant terminal
- Le portail occidental sculpté de scènes bibliques (Genèse, Évangile, Apocalypse)
- L'élévation gothique flamboyante glissant vers Renaissance
- Les stalles sculptées (XVe-XVIe siècles), à miséricordes sculptées
- Les fonts baptismaux Renaissance (vers 1530)
- Les vitraux des XVe-XVIe siècles, partiellement conservés (avec restaurations XXe après 1944)
- Les chapelles latérales ornées de retables XVIe
- Le buffet d'orgue classique
- L'emplacement urbain : à proximité de la Seine (Caudebec est sur les bords du fleuve royal)
Anecdotes & secrets
Henri IV, qui passa plusieurs fois à Caudebec entre 1591 et 1594 (lors de ses guerres contre la Ligue catholique), aurait visité l'église Notre-Dame et s'exclamé selon la légende populaire normande : « C'est la plus belle chapelle de mon royaume ! » Cette anecdote est non documentée dans les archives royales mais reste un récit fondateur de la fierté municipale caudebécquaise. Henri IV, converti au catholicisme en juillet 1593 (« Paris vaut bien une messe »), assista à plusieurs offices dans les églises normandes pendant ses campagnes dans la région.
Le mascaret de Caudebec-en-Caux était l'un des plus impressionnants phénomènes hydrologiques de France jusqu'à sa disparition en 1963. Le mascaret, vague unique remontant la Seine depuis l'estuaire à marée haute, atteignait à Caudebec plus de 5 mètres de haut et 30 mètres de large — phénomène spectaculaire et dangereux qui emporta des dizaines de marins au cours des siècles. Victor Hugo vit le mascaret en 1837 et le décrivit dans ses Voyages. Le « comblement de la Seine » (canalisation des chenaux, construction de barrages, dragage) entre 1955 et 1963 fit disparaître progressivement le mascaret — dernière vague observée en 1963. Aujourd'hui, seul le mascaret de la Dordogne subsiste en France.
Le transept de l'église fut gravement endommagé par les bombardements alliés du 12 juin 1944 lors de la bataille de Normandie. La « poche de Caudebec » (où des panzers allemands tenaient les bords de Seine pour empêcher la traversée alliée) fut rasée à 75 % — Caudebec fut l'une des villes les plus détruites de Normandie. L'église fut restaurée entre 1948 et 1958 par l'architecte en chef des Monuments Historiques Jean Trouvelot, sur les plans d'origine retrouvés dans les archives de la cité.
Conseils de visite
Église ouverte tous les jours de 9h à 18h, entrée libre. Combiner avec la promenade sur les bords de Seine (panorama exceptionnel), la visite de l'abbaye de Saint-Wandrille voisine (à 3 km, payante, abbaye bénédictine fondée en 649), et de l'abbaye de Jumièges (à 25 km, payante, ruines romanes majeures). Caudebec-en-Caux accessible depuis Rouen en voiture (45 min) ou bus (1h). À 60 km du Havre (voir fiche #16).

