Contes, légendes & anecdotes
L'Aître Saint-Maclou, dans la cour adjacente à l'église, est le charnier médiéval le mieux conservé de France — ses galeries à colombages sont ornées de sculptures macabres : crânes, tibias, bêches, cercueils, danseurs de la mort. Cette Danse macabre sculptée dans le bois du XVIe siècle entourait les fosses communes où l'on entassait les victimes de la peste noire. La Renaissance, à quelques mètres, sculptait ses putti souriants et ses arabesques légères sur les vantaux de l'église. La beauté Renaissance et la mort médiévale dans le même espace — Rouen au XVIe siècle.
Histoire
Saint-Maclou de Rouen est considérée comme le chef-d'œuvre du gothique flamboyant français — mais son portail à cinq pans, ses vantaux sculptés (1551) et certains de ses décors intérieurs la placent aussi dans le corpus de la Renaissance normande. Les cinq vantaux de bois sculpté (1551) par Jean Goujon et son atelier sont parmi les plus belles œuvres de sculpture sur bois de la Renaissance française : putti, candélabres, arabesques, médaillons à profils s'y déploient avec une virtuosité qui dit directement l'influence italienne. L'escalier extérieur à vis (dans la cour adjacente) et la galerie à colonnes de l'Aître Saint-Maclou (charnier médiéval adjacent) complètent cet ensemble qui joue constamment entre le gothique flamboyant et la Renaissance.
À voir
Récit incarné
Rouen, rue Martainville. La façade à cinq pans de Saint-Maclou — son portail en éventail, ses cinq pignons flamboyants, ses tourelles d'angle. Le gothique flamboyant dans sa dernière extravagance.
Mais regardez les vantaux de la porte centrale. Le bois sculpté par Jean Goujon en 1551 : les putti, les rinceaux, les médaillons à profils. La Renaissance dans le gothique. Deux siècles en une porte.
Puis traversez la rue vers l'Aître. Entrez dans la cour. Les galeries à colombages, les sculptures de crânes et de tibias. La Danse macabre médiévale autour des fosses de la peste. Et là, dans ce charnier, des chats qui dorment au soleil — les animaux qui vivent dans le lieu de la mort.
Lecture architecturale
Saint-Maclou présente un portail à cinq pans — une forme unique en France — avec cinq pignons flamboyants et deux tourelles d'angle à escalier hélicoïdal. Les vantaux de bois sculpté (1551, Jean Goujon et atelier) présentent un décor Renaissance complet sur les panneaux inférieurs.
Symboles à observer
1. Les vantaux de Goujon : les panneaux de bois sculpté de 1551. Cherchez les putti ailés, les candélabres, les rinceaux. La main de Jean Goujon — l'auteur de la Fontaine des Innocents — dans le bois normand.
2. L'Aître Saint-Maclou : les galeries du charnier, leurs sculptures de memento mori. La mort représentée dans son quotidien — bêches, cercueils, sabliers.
3. Le portail en éventail : à l'extérieur, le portail à cinq pans — une forme qui n'existe nulle part ailleurs en France. Le gothique flamboyant dans son invention formelle la plus libre.
4. La tour-lanterne : la tour octogonale au-dessus de la croisée du transept, avec sa couronne de lanterne Renaissance.
Anecdote mémorable
L'Aître Saint-Maclou abrite aujourd'hui l'École des Beaux-Arts de Rouen. Les étudiants dessinent et sculptent dans l'ancien charnier, sous les Danses macabres du XVIe siècle. Les cours de nu académique se donnent dans les mêmes galeries où les victimes de la peste étaient entassées. L'art qui naît dans le lieu de la mort — une continuité rouennaise que Flaubert, natif de Rouen, aurait appréciée.
Contexte historique dense
Saint-Maclou fut construite pendant la guerre de Cent Ans (début) et la Renaissance (fin). Sa construction longue (1437-1521) traversa la reconquête de la Normandie par Charles VII, la prospérité de Rouen sous Louis XI et François Ier. Les vantaux de Goujon (1551) furent commandés après l'achèvement de l'église — un programme décoratif Renaissance ajouté à un édifice gothique comme une mise à jour culturelle.
Échos artistiques
Musique : Danse macabrede Saint-Saëns (1874) — inspirée de la tradition médiévale des Danses macabres dont l'Aître est l'exemple le plus frappant. Peinture :La Danse macabre (gravures du XVe-XVIe siècle) — la tradition iconographique de la mort dansante. Architecture : le Palais de Justice de Rouen (76, à 300 m) — le chef-d'œuvre gothique-Renaissance rouennais.
Pour aller plus loin
- Aître Saint-Maclou (Rouen) — le charnier médiéval et ses Danses macabres.
- Cathédrale Notre-Dame de Rouen — les trente tableaux de Monet et les vitraux Renaissance.
- Abbaye Saint-Ouen (Rouen) — le chef-d'œuvre gothique rayonnant du XIVe siècle.

