À voir
Histoire
La cathédrale Notre-Dame du Havre est l'un des rares édifices religieux du XVIe siècle entièrement construits dans une ville neuve. Le Havre fut fondé par François Ier en 1517 pour remplacer le port d'Harfleur ensablé, et l'église Notre-Dame-de-Grâce y fut érigée presque immédiatement pour servir la population du nouveau Havre-de-Grâce (nom complet de la ville jusqu'au XIXe siècle).
La tour-clocher Renaissance, datée des années 1530-1540, est l'élément le plus ancien et le plus remarquable de l'édifice. Massive, carrée, surmontée d'une lanterne ajourée, elle constitue l'un des plus anciens témoignages bâtis subsistant au Havre — vestige miraculeux des bombardements de septembre 1944 qui rasèrent 82 % de la ville.
Le reste de l'édifice fut bâti entre 1575 et 1638, sous Henri III, Henri IV et Louis XIII. C'est un patchwork stylistique : gothique flamboyant tardif pour la nef, Renaissance pour la façade occidentale à colonnes ioniques, baroque pour les chapelles latérales, classique pour le portail principal. La façade Renaissance, achevée vers 1610, déploie un programme architectural italianisant : pilastres cannelés, fronton triangulaire, médaillons à l'antique, colonnes ioniques.
L'édifice devint cathédrale le 6 juillet 1974 lors de la fondation du diocèse du Havre — diocèse que Richelieu (gouverneur du Havre 1626-1642) avait déjà tenté de créer en 1637 en offrant un grand orgue et une cloche à la paroisse pour préparer sa promotion. La promotion n'eut lieu que 337 ans plus tard.
À voir absolument
- La tour-clocher Renaissance (1530-1540), 30 mètres de haut, l'un des plus anciens monuments du Havre, miraculeusement préservée des bombardements de 1944
- La façade Renaissance occidentale (vers 1610), à colonnes ioniques, frontons et médaillons à l'antique — l'un des rares témoignages de Renaissance pleinement assumée dans une ville portuaire normande
- Le grand orgue Richelieu offert par le Cardinal en 1638, remis en place après restauration en 1980, classé MH
- L'armoirie de Richelieu sculptée au sommet du buffet d'orgue
- Les deux vitraux Renaissance rescapés des bombardements de 1944 (les autres sont de Michel Durand, 1974), représentant des scènes locales du XVIe siècle
- Les chapelles baroques des XVIIe-XVIIIe siècles, contraste saisissant avec la structure Renaissance
- Le chœur Renaissance tardive
- L'emplacement urbain unique : la cathédrale est encadrée par les immeubles modernes d'Auguste Perret (reconstruction du Havre 1945-1964), créant un dialogue architectural inédit
Anecdotes & secrets
Le Cardinal de Richelieu fut gouverneur du Havre de 1626 à sa mort en 1642 — fonction prestigieuse qui lui donnait le contrôle du port stratégique de Normandie et de la flotte royale du Ponant. Il fit du Havre l'une de ses places fortes personnelles, y bâtit le fort de Tourneville, fortifia la citadelle, et offrit à la cathédrale Notre-Dame un grand orgue et une cloche en 1637-1638 pour préparer sa promotion en cathédrale — qui n'eut jamais lieu de son vivant. Son portrait gravé est encore visible au sommet du buffet d'orgue.
Les bombardements alliés du 5 et 6 septembre 1944 sur Le Havre furent l'un des épisodes les plus violents de la Bataille de Normandie — la RAF largua 9 500 tonnes de bombes sur la ville en deux nuits, 82 % du bâti détruit, 5 000 morts parmi les civils français. La cathédrale fut gravement endommagée mais ne s'effondra pas : le clocher Renaissance, isolé, resta debout au milieu des décombres. Auguste Perret, l'architecte de la reconstruction, décida de dégager la cathédrale des immeubles ruinés et de lui créer un parvis monumental dans la ville rebâtie — geste politique fort pour réaffirmer l'identité historique du Havre.
L'édifice subit un affaissement structurel depuis la reconstruction de 1974 : la toiture en béton posée par les restaurateurs est plus lourde que la toiture d'origine en charpente bois, et enfonce progressivement les piliers calcaires du XVIe siècle. Des travaux de consolidation ont été engagés en 2018 mais le problème reste préoccupant.
Conseils de visite
Cathédrale ouverte tous les jours de 9h à 18h, entrée libre. Concerts d'orgue mensuels (Richelieu, classé MH), programme à l'office de tourisme. Combiner avec la visite de l'église Saint-Joseph (Auguste Perret, 1957, UNESCO), de la Maison de l'Armateur (XVIIIe siècle, gratuit le 1er dimanche), du musée d'art moderne André-Malraux (MuMa, peinture impressionniste). Le Havre, ville classée UNESCO au titre de la reconstruction d'Auguste Perret, est accessible depuis Paris-Saint-Lazare en train (2h15). Stationnement gratuit à 5 minutes.



