À voir
Histoire
La cathédrale Sainte-Croix d'Orléans présente un cas architectural unique en France : c'est une cathédrale néogothique des XVIIe-XIXe siècles, reconstruite après que les huguenots l'eurent détruite en 1568. Le sanctuaire d'origine, fondé au IVe siècle puis reconstruit au XIIIe siècle dans un style gothique majeur, fut systématiquement saccagé par les troupes protestantes de Coligny le 23 mars 1568 : explosion des piliers à la poudre noire, effondrement des voûtes, destruction des vitraux et du mobilier.
Henri IV, vainqueur huguenot rallié au catholicisme, fit construire après sa conversion (1593) la première pierre symbolique de la cathédrale reconstruite en 1601 — geste politique majeur destiné à rallier les catholiques orléanais. Le chantier traîna pendant 228 ans, traversant Louis XIII, Louis XIV, Louis XV, Louis XVI, la Révolution, l'Empire, la Restauration, Louis-Philippe. Charles X, sacré à Reims en 1825, fit accélérer les travaux ; Louis-Philippe inaugura la flèche en 1829.
L'édifice est officiellement « néogothique », mais sa partie centrale — le transept et l'élévation de la nef — fut bâtie pendant la Renaissance tardive (XVIIe siècle) sur les modèles gothiques médiévaux. Les vitraux et le décor, en revanche, sont nettement Renaissance et classique : grands programmes iconographiques louis-quatorziens, statuaire baroque, ornements rocaille.
C'est dans cette cathédrale que Jeanne d'Arc, qui libéra Orléans le 8 mai 1429, vint rendre grâce après sa victoire. Sa statue moderne (1928, par André Vermare), couronnée d'épines, accueille les visiteurs dans la chapelle nord.
À voir absolument
- La façade occidentale (1773-1829) à deux tours de 88 mètres, néogothique mais avec des éléments Renaissance classicisants
- Les vitraux du XIXe siècle représentant la vie de Jeanne d'Arc en 10 verrières monumentales — programme iconographique unique en France
- Le buffet d'orgue Renaissance (XVIIe), sauvé du saccage de 1568 et remonté
- Les boiseries du chœur sculptées sous Louis XIV (XVIIe-XVIIIe siècles), parmi les plus belles de France
- La chapelle de Jeanne d'Arc, dédiée à la libératrice d'Orléans, ornée des dix verrières
- Le tombeau du cardinal-évêque Touchet, l'un des artisans de la béatification de Jeanne d'Arc en 1909
- Les stalles sculptées, mêlant motifs Renaissance et baroques
- La crypte sous le chœur, avec vestiges du sanctuaire roman primitif
Anecdotes & secrets
Le sac protestant du 23 mars 1568 est l'un des épisodes les plus violents des guerres de Religion françaises. Les troupes huguenotes de Louis de Bourbon-Condé entrèrent dans Orléans après un siège bref et dynamitèrent les piliers de la cathédrale à la poudre noire — destruction délibérée pour anéantir le symbole catholique. Les voûtes s'effondrèrent en cascade, écrasant le tombeau du Bienheureux Louis d'Orléans, frère du roi assassiné en 1407 par les Bourguignons. Les chanoines réfugiés dans le cloître furent massacrés. La cathédrale fut transformée en temple protestant pendant six mois, puis abandonnée en ruines.
Henri IV, qui posa la première pierre de la reconstruction en 1601, n'était pas seulement un homme politique mais aussi un stratège urbain. En reconstruisant Sainte-Croix, il réconciliait symboliquement Orléans avec la couronne (la ville avait été pro-Ligue catholique pendant les guerres), et il affirmait son catholicisme par cet acte spectaculaire. La devise de la cathédrale, « Civitas Aureliae » (« Ville d'Orléans »), inscrite sur la première pierre, est encore lisible dans la crypte.
Charles de Gaulle, alors lieutenant-colonel, prononça un discours mémorable dans la cathédrale le 8 mai 1944 pour le 515e anniversaire de la libération d'Orléans par Jeanne d'Arc — moins de 3 semaines avant le Débarquement. Le discours, retransmis clandestinement par la BBC, comparait la France occupée à l'Orléans assiégée en 1429, et annonçait que la libération était proche. Une plaque commémorative dans le chœur rappelle cet épisode peu connu.
Conseils de visite
Cathédrale ouverte tous les jours de 9h15 à 18h, entrée libre. Visites guidées payantes (5€) des boiseries du chœur, vendredi-samedi à 14h30. Combiner avec la visite de la maison de Jeanne d'Arc (musée, payant), de l'hôtel Groslot Renaissance (gratuit), et du musée des Beaux-Arts. Orléans accessible depuis Paris-Austerlitz en train (1h10) ou TGV (50 min).






