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✦ Illustre ✦

Thomas Morley

1557-1602·compositeur, organiste et théoricien de la musique

Contributions & œuvres

Né à Norwich, élève de William Byrd, Morley est organiste de la cathédrale St Paul de Londres avant d'entrer à la Chapel Royal comme gentleman en 1592 ; en 1598 il obtient à son tour le monopole de l'impression musicale. Il est le grand artisan du madrigal anglais. Adaptant avec un talent souverain le modèle italien, il publie canzonets, madrigaux et surtout des balletts à refrain « fa-la-la » d'une gaieté dansante — « Now is the month of maying », « My bonny lass she smileth » —, qui restent parmi les pages les plus chantées de tout le répertoire élisabéthain. En 1601 il réunit et dirige The Triumphes of Oriana, recueil collectif de madrigaux à la gloire d'Élisabeth Iʳᵉ. Il met en musique « It was a lover and his lass », vers de la comédie As You Like It de Shakespeare — l'un des très rares témoignages musicaux contemporains des mots du dramaturge. Son traité A Plaine and Easie Introduction to Practicall Musicke (1597), en forme de dialogue, demeurera près de deux siècles la référence pédagogique de la composition anglaise.

Anecdote mémorable

Morley et William Shakespeare furent voisins : les registres fiscaux les recensent tous deux dans la même paroisse de St Helen's, Bishopsgate, à Londres, dans les années 1590. De ce voisinage naquit peut-être « It was a lover and his lass », mise en musique par Morley d'un chant de la comédie As You Like It — l'un des seuls airs contemporains conservés sur des vers de Shakespeare, comme si, le temps d'une chanson, le plus grand poète et le plus souriant des madrigalistes anglais avaient uni leurs voix.

Influences reçues

Morley doit sa formation à William Byrd, qu'il vénère comme son maître. Il s'inspire directement des madrigalistes italiens — Luca Marenzio et surtout Giovanni Gastoldi, dont il « anglicise » les balletti — et de la tradition polyphonique profane transalpine qu'il transpose au goût anglais.

Influences exercées

Il ouvre la voie à toute l'école du madrigal anglais — Thomas Weelkes, John Wilbye, John Bennet — et son traité forme des générations de musiciens et de compositeurs sur près de deux siècles, tout en restant une source majeure pour les interprètes de la musique ancienne.

Importance historique

Morley est l'homme qui a acclimaté le madrigal italien en Angleterre et donné le signal de toute l'école madrigalesque anglaise. Là où Byrd, son maître, incarne la gravité et la profondeur, Morley apporte la lumière, la vivacité et le plaisir immédiat : sa musique profane est claire, mélodique, faite pour être chantée en société, et elle a fixé pour longtemps le goût anglais pour la polyphonie légère. Son rôle de passeur est capital : par ses recueils, ses éditions et son monopole d'impression, il diffuse et popularise un genre neuf, ouvrant la voie à Weelkes, Wilbye ou Bennet. Mais sa plus grande postérité est peut-être pédagogique. A Plaine and Easie Introduction to Practicall Musicke, premier grand traité de musique en anglais, enseigne le solfège, le contrepoint et la composition sous une forme vivante et accessible ; des générations d'Anglais y ont appris leur art, et les musicologues y puisent encore une connaissance irremplaçable de la pratique du XVIᵉ siècle. Compositeur, théoricien et éditeur, Morley a façonné à la fois la musique de son temps et la manière de l'apprendre.