
Sur les pas de Sir Philip Sidney — ses œuvres & ses lieux sur la carte →
Contributions & œuvres
Né à Penshurst dans une grande famille proche du pouvoir, filleul de Philippe II d'Espagne, Philip Sidney incarne l'idéal du gentilhomme de la Renaissance : courtisan, soldat, diplomate et poète. Il voyage sur le continent, fréquente les humanistes, puis devient à la cour d'Élisabeth la figure de proue d'un cercle lettré. Son œuvre, pourtant diffusée surtout après sa mort, fonde plusieurs genres en anglais. Astrophil and Stella est le premier grand cycle de sonnets amoureux de la langue, qui lance la mode élisabéthaine du sonnet. L'Arcadia (ou La Comtesse de Pembroke's Arcadia), vaste roman pastoral écrit pour sa sœur Mary, devient un modèle de prose narrative. Sa Défense de la poésie (An Apology for Poetry) est le premier grand traité anglais d'esthétique littéraire, qui justifie la fiction poétique comme chemin vers la vertu. Protecteur de poètes — Spenser lui dédie Le Calendrier du berger —, il meurt à trente et un ans d'une blessure reçue au combat aux Pays-Bas, laissant l'image d'un héros parfait.
Anecdote mémorable
Le 22 septembre 1586, à la bataille de Zutphen aux Pays-Bas espagnols, Sidney charge les lignes ennemies et reçoit une balle de mousquet à la cuisse ; la gangrène l'emportera vingt-six jours plus tard. Son ami et biographe Fulke Greville rapporte que, transporté blessé et dévoré de soif, le poète porta la gourde à ses lèvres puis, voyant un soldat mourant le fixer avec envie, la lui tendit en disant : « Ta nécessité est plus grande encore que la mienne. » Vraie ou embellie, la scène fit de Sidney le parangon de la générosité chevaleresque. Ses funérailles à la cathédrale Saint-Paul furent d'un faste réservé aux princes ; la nation tout entière porta le deuil d'un poète de trente et un ans.
Influences reçues
Il puise chez Pétrarque et les pétrarquistes italiens pour le sonnet, chez Sannazaro et l'Arcadie pastorale, dans Aristote et Scaliger pour sa poétique, et dans l'humanisme protestant rencontré lors de ses voyages (notamment auprès d'Hubert Languet). La cour d'Élisabeth lui fournit à la fois contrainte et matière.
Influences exercées
Il lance la vogue du cycle de sonnets qui déferle sur l'Angleterre des années 1590 (Spenser, Daniel, Drayton, Shakespeare). Sa Défense de la poésie devient le texte fondateur de la critique littéraire anglaise, et l'Arcadia inspire la prose romanesque jusqu'au XVIIᵉ siècle. Sa figure de poète-chevalier modèle l'idéal du gentleman cultivé.
Importance historique
Sidney est le premier à donner à la poésie anglaise la dignité théorique et la forme du sonnet amoureux à l'italienne : Astrophil and Stella ouvre la voie à toute la génération suivante, Shakespeare compris. Sa Défense de la poésie formule pour des siècles l'idée que la fiction, loin de mentir, enseigne la vertu en charmant — « enseigner en plaisant ». Sa prose d'Arcadia nourrit le roman anglais naissant. Mais sa gloire tient autant à sa vie qu'à son œuvre : courtisan tombé puis relevé en disgrâce pour avoir osé déconseiller un mariage français à la reine, il fut érigé après sa mort en modèle national du chevalier chrétien, mélange d'élégance, de courage et de culture. Cette légende, soigneusement construite par ses proches — sa sœur Mary, son ami Fulke Greville —, a parfois éclipsé l'homme réel : un jeune aristocrate souvent frustré dans ses ambitions, tenu à l'écart des grandes charges, et dont la mort héroïque a figé l'image avant qu'il ait pu décevoir. Le mythe du Sidney parfait doit beaucoup au besoin élisabéthain d'un saint laïque.

