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Illustre

Paolo Caliari, dit Véronèse

peintre

Vérone, 1528 – Venise, 1588·Peintre de la République de Venise, à la tête d'un grand atelier familial ; l'un des trois maîtres de la peinture vénitienne avec Titien et le Tintoret.·Vérone, alors dans la République de Venise·peinture
« « Nous autres peintres, nous prenons les mêmes licences que les poètes et les fous. » (Réponse au tribunal de l'Inquisition, 1573) »

Contributions & œuvres

Arrivé à Venise vers 1553, le jeune Paolo conquiert la ville en quelques années. Il embrase les plafonds de l'église San Sebastiano, fait monter au palais des Doges son « Apothéose de Venise », où la Sérénissime trône dans les nuées comme une déesse couronnée, puis s'en va peindre à fresque, aux côtés de l'architecte Palladio, les murs enchantés de la Villa Barbaro à Maser. Mais c'est dans le « banquet sacré » qu'il atteint le sublime : ses « Noces de Cana » (1563), aujourd'hui au Louvre, déploient sur près de soixante-dix mètres carrés cent trente convives sous des architectures de rêve — échansons, musiciens, princes et serviteurs réunis dans un éclat de fête qui n'a pas d'égal dans toute la peinture ; au premier plan, à la viole, la tradition veut que Véronèse se soit peint lui-même entre Titien et le Tintoret. La France garde, dispersés dans ses musées, d'autres éclats de cette splendeur : le « Persée délivrant Andromède » de Rennes, arraché à la gueule du monstre dans un tourbillon de nuées ; la « Bethsabée au bain » de Lyon ; la « Judith et Holopherne » de Caen ; le « Céphale et Procris » de Strasbourg ; le « Saint Barnabé guérissant les malades » de Rouen. Partout la même signature souveraine : des figures élégantes jusqu'au bout des doigts, des étoffes chatoyantes, une lumière qui ne connaît pas la nuit.

Anecdote mémorable

En 1573, le tribunal de l'Inquisition le convoque. Sa grande « Cène » fourmille de détails jugés indécents pour un sujet sacré : un bouffon au perroquet, des hallebardiers allemands, un serviteur qui saigne du nez, un chien assis au premier plan. Sommé d'effacer, de corriger, de se plier, Véronèse ne cède pas — et ne touche pas d'un pinceau à sa toile. Il se contente de la rebaptiser « Repas chez Lévi », cet épisode de l'Évangile où le Christ, justement, s'attable au milieu de la foule des pécheurs. Le chef-d'œuvre est sauvé par la seule grâce d'un nouveau titre, et la liberté du peintre demeure entière : première victoire, peut-être, de l'art sur la censure.

Influences reçues

La couleur de Titien, la monumentalité romaine de Michel-Ange et de Giulio Romano, l'élégance maniériste du Parmesan, et l'architecture de son compatriote Sanmicheli, qu'il traduit en décors peints.

Influences exercées

Toute la peinture décorative européenne le prend pour modèle : Rubens, Tiepolo, puis Delacroix qui voyait en lui un maître de la couleur. Il devient la référence du grand décor mural et plafonnant.

Importance historique

Véronèse est la fête faite peinture. Quand tant d'autres fouillent l'ombre et le tourment, lui célèbre sans relâche : la lumière blonde de Venise, l'or et l'argent des brocarts, le marbre des colonnades ouvertes sur un ciel sans fin. Avec Titien et le Tintoret, il forme la triade souveraine de l'école vénitienne — mais nul n'a su comme lui commander à l'immense, changer un plafond en gloire et un simple repas en apparition de splendeur. Devant une toile de Véronèse, on ne lit pas un récit : on est convié. Ébloui, enveloppé de soie, de marbre et de musique silencieuse, on est admis un instant parmi les invités de la plus belle fête jamais peinte. Voilà pourquoi, trois siècles durant, de Rubens à Tiepolo et jusqu'à Delacroix, son nom fut le mot même de la magnificence — et pourquoi il reste, aujourd'hui encore, le peintre à qui l'on va demander ce que peut la couleur lorsqu'elle n'a plus peur de la joie.

Peintures (7)