Sur les pas de Hans Holbein l'Ancien — ses œuvres & ses lieux sur la carte →
« De ses retables peu de panneaux portraits survivent, mais ses dessins de visages, d'une acuité rare, préfigurent toute l'œuvre de son fils. »
Contributions & œuvres
Hans Holbein l'Ancien naît à Augsbourg vers 1460-1465, fils du tanneur Michael Holbein. Vers 1493, il est établi comme peintre dans cette grande ville marchande du sud de l'Empire, carrefour des routes vers l'Italie et des fortunes des Fugger. Chef d'une véritable dynastie de peintres — avec son frère Sigmund et ses fils Ambrosius et Hans le Jeune — il devient l'un des maîtres les plus en vue de l'école d'Augsbourg à la charnière du gothique finissant et de la Renaissance.
Son activité est d'abord celle d'un grand faiseur de retables. On lui doit l'autel de Weingarten (1493), l'autel de Sainte-Afra (vers 1495), le retable cistercien de Kaisheim (1502) et, parmi ses projets les plus ambitieux, la décoration du maître-autel de la cathédrale d'Augsbourg. Il réalise aussi une célèbre série des Basiliques romaines — le panneau de la Basilique Sainte-Marie-Majeure (1499), celui de la Basilique Saint-Paul (vers 1503-1504) — qui transpose dans la piété allemande le prestige des sanctuaires de Rome. Sa grande Passion grise (Grey Passion), exécutée en grisaille, témoigne d'une maîtrise saisissante du relief et de l'émotion contenue.
Mais c'est peut-être par ses dessins qu'il marque le plus durablement l'histoire de l'art. Il a laissé un grand nombre de portraits à la pointe d'argent et au crayon, d'une acuité d'observation remarquable, saisissant la physionomie et le caractère de ses modèles avec une vérité qui annonce directement l'œuvre de son fils. Ces feuilles, souvent préparatoires, constituent l'un des plus précieux répertoires de visages de l'Allemagne vers 1500.
L'ombre de sa trajectoire tient à son époque de transition. Formé dans la tradition gothique tardive, il n'opère jamais la rupture éclatante que Dürer, à Nuremberg, accomplit en s'emparant des leçons italiennes ; sa peinture religieuse reste attachée aux conventions des grands retables à volets. La fin de sa vie fut difficile : accablé de dettes, il quitta Augsbourg et mourut vers 1524 à Issenheim ou dans ses environs, loin de la ville où il avait régné. Son art fut très vite éclipsé par la gloire fulgurante de Hans Holbein le Jeune, portraitiste des cours de Bâle et de Londres, au point que le père demeure souvent dans l'ombre du fils.
Pourtant, sans l'atelier et les carnets de dessins du père, le génie du fils ne se comprend pas. Hans Holbein l'Ancien fut le passeur discret entre deux mondes, celui qui, par la pointe d'argent, apprit à l'art allemand à regarder un visage.
Anecdote mémorable
On a longtemps cru lire une signature cachée dans ses retables : en réalité, Holbein l'Ancien glissait parfois son propre portrait et ceux de ses fils Ambrosius et Hans parmi les figures de ses panneaux, signant ainsi de son visage plutôt que de son nom.
Influences reçues
Héritier de la peinture gothique tardive souabe et de l'école d'Augsbourg ; sensible aux modèles flamands et rhénans diffusés par la gravure, à une époque où l'art allemand s'ouvrait aux nouveautés italiennes.
Influences exercées
Maître et premier modèle de ses fils Ambrosius et surtout Hans Holbein le Jeune ; ses portraits dessinés à la pointe d'argent ouvrent la voie à l'art allemand du portrait de la génération suivante.
Importance historique
Chef de l'école d'Augsbourg et d'une dynastie de peintres, auteur de grands retables et d'un corpus exceptionnel de portraits dessinés qui annoncent directement l'œuvre de son fils Hans Holbein le Jeune.
