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Gerbrand Adriaensz Bredero (1585-1618)

✦ Illustre ✦

Gerbrand Adriaensz Bredero

poète & dramaturge

1585-1618·poète & dramaturge

Contributions & œuvres

Si Hooft est l'aristocrate des lettres et Vondel leur prophète, Bredero en est le titi, le gars du peuple. Mort à trente-trois ans, ce fils d'Amsterdam laissa des comédies et des chansons d'une truculence et d'une vérité inégalées : nul n'a mieux fait entendre la langue vivante, drue et drôle des rues, des marchés et des tavernes de sa ville.

Le poète des rues d'Amsterdam

Né à Amsterdam en 1585, fils d'un cordonnier devenu marchand, Bredero n'eut pas l'éducation savante d'un Hooft : il ignorait le latin, se forma sur le tas, peut-être comme apprenti peintre. Sa vraie école fut la ville elle-même, et la chambre de rhétorique « De Eglentier » (l'Églantine), où se retrouvaient les amateurs de poésie et de théâtre. Il y côtoya Hooft et Roemer Visscher. Doué d'une oreille prodigieuse pour le parler populaire, il écrivit des comédies qui firent un triomphe : Moortje(adaptation de Térence transposée dans l'Amsterdam contemporain) et surtoutDe Spaanschen Brabander (« Le Brabançon espagnol », 1617), satire d'un gentilhomme fanfaron et ruiné du Sud, prétexte à une fresque grouillante de la basse ville. Ses chansons — d'amour, à boire, comiques — circulèrent dans tout le pays.

Le rire, la mélancolie — et sa part d'ombre

Sous la verve, il y a chez Bredero une gravité et une mélancolie qui affleurent, surtout dans sa poésie amoureuse et religieuse : l'homme qui faisait rire souffrait d'amours malheureuses et d'un sentiment aigu de la vanité des choses. Sa part d'ombre est d'abord celle d'une vie fauchée trop tôt : il mourut à Amsterdam en 1618, à trente-trois ans, des suites d'une chute — ou d'une maladie —, en pleine gloire, laissant une œuvre inachevée dont on rêve à ce qu'elle serait devenue. Longtemps, la critique savante, éblouie par la haute langue de Hooft et de Vondel, tint le « populaire » Bredero pour un talent mineur, un amuseur. On voit aujourd'hui l'inverse : sa langue vivante, son sens du réel, son humanité chaleureuse en font peut-être le plus moderne des trois grands d'Amsterdam — celui qui parle encore le plus directement à nos oreilles.

Infos / repères

Gerbrand Adriaensz Bredero naquit et mourut à Amsterdam (1585-1618). Poète et dramaturge de la chambre « De Eglentier », maître du parler populaire, il est l'auteur de la comédie De Spaanschen Brabander (1617) et de nombreuses chansons. Sa devise : « 't Kan verkeeren ».

Anecdote mémorable

La devise de Bredero était « 't Kan verkeeren » — « les choses peuvent changer », « tout peut tourner autrement ». Cette formule, à la fois populaire et profonde, résume son art : le mélange constant du rire et de la gravité, la conscience que la fortune tourne, que la jeunesse passe, que la comédie côtoie toujours le drame. Elle est restée l'une des devises les plus célèbres de la littérature néerlandaise — et prit un tour tragique quand son auteur mourut à trente-trois ans.

Importance historique

Si Hooft est l'aristocrate des lettres et Vondel leur prophète, Bredero en est le titi, le gars du peuple. Mort à trente-trois ans, ce fils d'Amsterdam laissa des comédies et des chansons d'une truculence et d'une vérité inégalées : nul n'a mieux fait entendre la langue vivante, drue et drôle des rues, des marchés et des tavernes de sa ville.