
Sur les pas de Ben Jonson — ses œuvres & ses lieux sur la carte →
« Il n'était pas d'un âge, mais de tous les temps. »
Contributions & œuvres
Beau-fils d'un maçon, ancien apprenti briquetier et soldat aux Pays-Bas, Ben Jonson s'élève par le seul talent au rang de premier homme de lettres de l'Angleterre jacobéenne. Dramaturge, il porte à son sommet la comédie satirique des « humeurs » : Volpone, Épicène, L'Alchimiste, Bartholomew Fair peignent avec une verve féroce les travers, la cupidité et les impostures de son temps. À la cour de Jacques Iᵉʳ, en collaboration avec l'architecte Inigo Jones, il invente le grand masque anglais, spectacle total mêlant poésie, musique, danse et machinerie. Poète, il écrit des épigrammes, des odes et des pièces lyriques d'une pureté classique (« To Celia », « On My First Son »), et devient le modèle d'une génération de disciples, les « Fils de Ben ». En 1616, geste sans précédent, il publie lui-même ses Œuvres en un volume in-folio, revendiquant pour le théâtre la dignité de la littérature. Pensionné par le roi, il est considéré comme le premier « poète lauréat » de fait de l'Angleterre.
Anecdote mémorable
En septembre 1598, au lendemain du succès de sa première grande comédie, Jonson se bat en duel dans les champs de Shoreditch et tue l'acteur Gabriel Spencer. Traîné en justice pour meurtre, il échappe à la potence en invoquant le « bénéfice de clergie » : il récite en latin le « verset du cou », prouvant qu'il sait lire, ce qui lui vaut d'être remis à la justice ecclésiastique. Il s'en tire marqué au fer rouge sur le pouce, d'un « T » pour Tyburn, le gibet qu'il a frôlé. Près de quarante ans plus tard, enterré debout dans l'abbaye de Westminster — faute, dit-on, d'avoir pu payer plus de dix-huit pouces de terre —, il reçoit l'épitaphe la plus laconique et la plus juste qui soit : « O rare Ben Jonson ».
Influences reçues
Nourri des classiques latins — Horace, Juvénal, Martial, la comédie de Plaute et Térence —, il revendique une imitation savante des Anciens et une doctrine de l'« art » opposée à l'invention débridée. La scène populaire londonienne et la cour des Stuart lui fournissent ses deux terrains.
Influences exercées
Il fonde la comédie satirique et le masque de cour anglais, modèle les poètes « cavaliers » (Herrick, Carew) qui se réclament « fils de Ben », et, en publiant ses Œuvres, légitime le statut d'auteur dramatique. Son classicisme et son exigence formelle irriguent la poésie anglaise du XVIIᵉ siècle.
Importance historique
Jonson impose l'idée que l'écrivain de théâtre est un auteur à part entière, savant, conscient de son art et de sa dette aux Anciens : son Folio de 1616 ouvre la voie au Premier Folio de Shakespeare. Sa comédie satirique, réglée et morale, fonde une tradition qui court jusqu'à Molière et la comédie de mœurs anglaise ; son lyrisme classique, limpide et maîtrisé, oriente toute une lignée de poètes « cavaliers ». Mais l'homme est aussi orgueilleux, querelleur et violent. Il tue en duel l'acteur Gabriel Spencer en 1598 et n'échappe à la pendaison que par un privilège clérical ; il connaît la prison à plusieurs reprises, pour dettes comme pour des pièces jugées séditieuses. Égotiste assumé, il juge ses contemporains sans ménagement — y compris Shakespeare, qu'il admire mais dont il raille le manque d'« art ». Sa fin est amère : paralysé, ruiné, oublié de la nouvelle mode, il meurt pauvre en 1637. L'autodidacte devenu arbitre du goût n'a jamais cessé de défendre, contre tous, la haute idée qu'il se faisait du métier des lettres.

