Sur les pas de Albrecht Altdorfer — ses œuvres & ses lieux sur la carte →
« La nature, chez lui, cesse d'être un décor pour devenir, pour la première fois, le sujet même du tableau. »
Contributions & œuvres
Né vers 1480, Albrecht Altdorfer passe presque toute sa vie à Ratisbonne (Regensburg), sur les rives du Danube, dont il devient citoyen en 1505, puis membre du conseil municipal et architecte de la ville. Peintre, graveur, dessinateur et bâtisseur, il incarne l'artiste pleinement intégré à sa cité — et, en même temps, l'un des plus audacieux inventeurs de son siècle.
L'audace du paysage pur
Altdorfer ose une chose inouïe pour l'époque : peindre la nature pour elle-même. Chef de file de l'École du Danube — avec Lucas Cranach l'Ancien et Wolf Huber —, il place ses sujets bibliques et historiques dans des forêts profondes, des ciels incendiés, des montagnes aux couleurs irréelles. Puis il franchit le pas que personne n'avait franchi depuis l'Antiquité : il réalise, vers 1522-1525, des paysages sans aucune figure humaine. La nature cesse d'être un décor pour devenir le sujet même du tableau. C'est une révolution silencieuse, qui ne portera pleinement ses fruits qu'avec les paysagistes des siècles suivants.
Son chef-d'œuvre, La Bataille d'Alexandre à Issos (1529, Alte Pinakothek de Munich), pousse cette ambition à son comble : des milliers de combattants minuscules s'agitent sous un ciel cosmique où le soleil terrasse la lune, embrassant d'un seul regard l'affrontement de l'Orient et de l'Occident. L'histoire humaine s'y dissout dans une démesure céleste. Altdorfer y conjugue la précision du miniaturiste et le souffle de l'épopée, la petite échelle et l'infini.
Homme de son temps et de sa ville, il sait aussi se faire architecte, concevoir des bâtiments, siéger au conseil, mener une carrière publique prospère.
La part d'ombre
Mais le citoyen a ses compromissions. En 1519, le conseil de Ratisbonne, auquel Altdorfer appartient, ordonne l'expulsion de la communauté juive et la destruction de la synagogue ; Altdorfer en grave les intérieurs juste avant leur démolition, puis contribue au pèlerinage de la « Belle Marie » érigé sur le site, l'un des grands foyers de ferveur antijuive de l'époque. L'artiste qui sut regarder la nature avec tant de liberté participa ainsi à l'un des épisodes les plus sombres de sa cité.
Quand on lui propose la charge de bourgmestre en 1528, il la refuse, préférant achever La Bataille d'Alexandre. Il meurt à Ratisbonne en 1538, laissant une œuvre où la nature, pour la première fois, respire seule.
Anecdote mémorable
Appelé à devenir bourgmestre de Ratisbonne en 1528, Altdorfer décline l'honneur : il tient à se consacrer à la commande de La Bataille d'Alexandre que lui a passée le duc Guillaume IV de Bavière. Il fit passer son chef-d'œuvre avant la plus haute charge de sa ville.
Influences reçues
La gravure de Dürer ; l'art de Lucas Cranach l'Ancien ; les forêts et les lumières du Danube qui l'entourent.
Influences exercées
L'École du Danube et Wolf Huber ; la naissance du paysage comme genre autonome ; toute la tradition postérieure du paysage nordique.
Importance historique
Chef de file de l'École du Danube, il fut l'un des premiers artistes depuis l'Antiquité à peindre des paysages sans figures, faisant de la nature un sujet à part entière.
Peintures (10)
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La Bataille d'Alexandre à Issos
1529
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Saint Georges dans la forêt
1510
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Suzanne et les vieillards
1526
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Paysage du Danube avec le château de Wörth (près de Ratisbonne)
v. 1520-1525
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La Nativité de la Vierge
v. 1520
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Mise au tombeau (prédelle du retable de St-Florian)
1518
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Résurrection (prédelle du retable de St-Florian)
1518
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Le Repos pendant la fuite en Égypte (à la fontaine)
1510
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Le Christ prenant congé de sa mère
v. 1520
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Paysage au petit pont (Landscape with a Footbridge)
v. 1518-1520
