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Capitale des ducs de Bavière
Au XVIᵉ siècle, Munich s'affirme comme la capitale des Wittelsbach, la dynastie qui règne sur la Bavière. La ville ducale se transforme en une cour éclairée où l'argent des mines, l'ambition dynastique et la ferveur religieuse se conjuguent. Les ducs y attirent des artistes, des savants et des antiquaires venus d'Italie, et font de leur résidence un foyer de collection parmi les plus riches de l'Empire. Munich devient alors un lieu où la Renaissance italienne pénètre les terres allemandes sans renier l'héritage gothique du pays.
Le grand artisan de cette ouverture est le duc Albert V (1528-1579), prince cultivé, collectionneur passionné et mécène. Sous son règne, Munich accumule antiques, livres, monnaies et objets rares, et se dote d'institutions destinées à les abriter. Son fils Guillaume V prolonge cet élan, mais en lui donnant une couleur nouvelle : celle de la Contre-Réforme catholique, dont la Bavière se fait l'un des remparts face au protestantisme.
La Residenz et l'Antiquarium
Le cœur de ce rayonnement est la Residenz de Munich, palais des ducs puis des rois de Bavière, agrandi au fil des siècles autour de cours successives. C'est là qu'Albert V fait édifier, à partir de 1568, un bâtiment conçu d'après les idées de l'humaniste et antiquaire Jacopo Strada, venu de Mantoue : l'Antiquarium.
Destiné à l'origine à recevoir la collection d'antiques du duc au rez-de-chaussée et sa bibliothèque à l'étage, l'Antiquarium déploie une salle voûtée de près de soixante-dix mètres de long, tenue pour la plus grande salle Renaissance au nord des Alpes. Plus tard transformée en salle de fêtes au décor peint, elle demeure l'un des plus importants édifices de collection de la Renaissance conservés en Europe, et le témoin le plus éclatant du goût princier pour l'Antiquité.
Saint-Michel, l'église de la Contre-Réforme
Si l'Antiquarium incarne l'humanisme ducal, l'église Saint-Michel incarne la foi reconquérante. Guillaume V, élevé par les jésuites, fait bâtir entre 1583 et 1597 cette grande église pour l'ordre, manifeste éclatant de la Contre-Réforme. Prenant pour modèle l'église du Gesù à Rome, Saint-Michel est considérée comme la première et la plus grande église Renaissance au nord des Alpes. Sa nef unique est couverte d'une voûte en berceau de vingt mètres de portée, l'une des plus vastes de son temps. Dédiée à l'archange Michel, terrassant le mal, l'église affiche avec force le triomphe que la Bavière catholique entend célébrer.
Dürer et Altdorfer à l'Alte Pinakothek
La mémoire picturale de la Renaissance allemande se concentre aujourd'hui à l'Alte Pinakothek, musée fondé au XIXᵉ siècle à partir des collections des Wittelsbach. On y admire plusieurs chefs-d'œuvre d'Albrecht Dürer, maître de Nuremberg : l'Autoportrait à la fourrure de 1500, où le peintre se représente de face dans une pose jusque-là réservée aux images du Christ ; les Quatre Apôtres de 1526, son dernier grand tableau, où une inscription met en garde contre les faux prophètes ; le Retable Paumgartner, commandé par une famille patricienne de Nuremberg, ou encore la Déploration Glimm et le Portrait d'Oswolt Krel de 1499.
Le musée conserve aussi le chef-d'œuvre d'Albrecht Altdorfer, maître du Danube : La Bataille d'Alexandre à Issos (1529), commandée par le duc Guillaume IV. Immense panorama cosmique où se croisent des milliers de combattants sous un ciel embrasé, l'œuvre est l'un des sommets du paysage de la Renaissance. Avec les tableaux de Lucas Cranach l'Ancien — dont une Lucrèce — ces œuvres font de Munich l'un des lieux où se lit le mieux la création allemande des années 1480-1620.
