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Tombeau de Jean sans Peur et de Marguerite de Bavière

Sculpture funéraire

Tombeau de Jean sans Peur et de Marguerite de Bavière

Jean de la Huerta (1443–1445) — Antoine Le Moiturier (1465–1470)

1443–1470·Albâtre et marbre noir — polychromie·Musée des Beaux-Arts de Dijon

Devant l'œuvre

Jean sans Peur, fils de Philippe le Hardi, fut assassiné en 1419 sur le pont de Montereau — tué par les partisans du Dauphin Charles (futur Charles VII) lors d'une conférence de paix censée mettre fin à la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons. Cet assassinat poussa la Bourgogne dans les bras des Anglais — et contribua à prolonger la guerre de Cent ans. Son tombeau, commandé par son fils Philippe le Bon en 1443, imite délibérément celui de Philippe le Hardi : même structure, même dalle noire, mêmes pleurants en arcatures. Mais les pleurants de Jean sans Peur, sculptés par des artistes différents quarante ans plus tard, ont une esthétique différente — plus tard dans le gothique, plus proches des styles flamand et brabançon.

Symbolisme & lecture iconographique

La double gisant — Jean sans Peur et son épouse Marguerite de Bavière ensemble sur la dalle — dit quelque chose sur la conception médiévale du mariage : les époux reposent ensemble, morts ensemble dans leur dignité, attendant ensemble la résurrection. Ce double portrait funéraire est la continuation du portrait dynastique dans la mort.

Analyse des émotions

Les deux tombeaux côte à côte dans la salle — père et fils, deux générations de ducs puissants — créent une impression de continuité dynastique que l'espace du musée amplifie. Ces monuments furent conçus pour une chapelle de chartreuse dans le recueillement et le silence des moines — et les voilà dans une ancienne salle des festins, entourés de visiteurs. Ce déplacement change leur sens : de la prière privée à l'histoire publique.

Secrets & mystères

Le tombeau de Jean sans Peur fut commandé par Philippe le Bon en 1443 — soit 23 ans après la mort de son père. Ce délai dit quelque chose sur le temps de deuil aristocratique médiéval et sur les impératifs diplomatiques : Philippe le Bon ne pouvait pas officiellement honorer son père assassiné tant que les relations avec la France restaient aussi complexes. L'achèvement du tombeau en 1470, sous Charles le Téméraire (fils de Philippe le Bon), correspond à une période de grande puissance bourguignonne — le tombeau est autant un geste politique qu'un geste de piété filiale.

Le saviez-vous ?

Les pleurants du tombeau de Jean sans Peur furent sculptés par Jean de La Huerta, un artiste aragonais (venu de Daroca, Espagne). L'histoire de l'art médiéval bourguignon est profondément internationale : des Néerlandais (Sluter), des Espagnols (La Huerta), des Flamands et des Bourguignons travaillent ensemble à la cour du duc. Cette internationalité est l'un des signes de la puissance de la maison de Bourgogne — elle attirait les meilleurs artistes d'Europe.

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