Devant l'œuvre
Jean Fouquet est né à Tours vers 1420 — et Tours n'a paradoxalement aucun original de sa main dans ses collections. Mais le musée des Beaux-Arts de Tours est le lieu où cette absence se comprend le mieux. Fouquet est le peintre de la Touraine royale : il travailla pour Charles VII à Bourges, pour Louis XI à Tours, pour Étienne Chevalier (trésorier de France, enterré en Touraine). Ses miniatures des Grandes Chroniques de France (BnF, Paris) représentent les châteaux de la Loire qu'il voyait chaque jour. C'est la seule peinture française de son époque qui ait absorbé directement la leçon de la Renaissance italienne — Fouquet voyagea à Rome vers 1445 et y fit le portrait du pape Eugène IV.
Symbolisme & lecture iconographique
Jean Fouquet est le symbole de la synthèse franco-italienne au XVe siècle — le premier Français à avoir absorbé la Renaissance directement en Italie et à l'avoir transposée dans la peinture française. Sa carrière à Tours sous Charles VII et Louis XI en fait l'archétype du peintre royal tourangeau. Son absence du musée de Tours est un paradoxe qui dit quelque chose sur les aléas de la constitution des collections muséales.
Analyse des émotions
Cette absence est une émotion particulière en histoire de l'art : le plus grand fils d'une ville manque à la collection de son musée. Comme si Florence n'avait aucun Botticelli. Comme si Amsterdam n'avait aucun Rembrandt. Le musée de Tours documente cette absence et en fait un sujet d'étude — une façon honnête et courageuse de dire : notre plus grand trésor n'est pas ici.
Secrets & mystères
Pourquoi Tours n'a-t-il aucun Fouquet ? La réponse est dans l'histoire des collections révolutionnaires : les œuvres de Fouquet étaient soit dans des collections ecclésiastiques (démembrées et vendues à la Révolution), soit dans des collections royales (saisies et envoyées au Louvre). Le livre d'heures d'Étienne Chevalier, le chef-d'œuvre de Fouquet le plus directement lié à la Touraine, est à Chantilly — acheté par le duc d'Aumale à Londres au XIXe siècle. Tours est donc la ville natale du plus grand peintre français du XVe siècle sans posséder une seule de ses œuvres originales.
Le saviez-vous ?
Le portrait du pape Eugène IV peint par Fouquet à Rome vers 1445 est le premier portrait d'un pape de face (pas de profil) dans l'histoire de la peinture — une innovation majeure. Ce portrait est aujourd'hui perdu. Mais une médaille contemporaine en émail représentant Fouquet lui-même (auto-portrait en rondel) est conservée au Louvre — c'est le premier autoportrait connu d'un artiste français.

