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Bas-reliefs de Nymphes de la Fontaine des Innocents

Bas-relief

Bas-reliefs de Nymphes de la Fontaine des Innocents

Jean Goujon (v. 1510 – v. 1566)

1547–1549·Calcaire sculpté en bas-relief·Musée du Louvre — Sculptures et Arts décoratifs Renaissance

Devant l'œuvre

Ces bas-reliefs étaient à l'origine les façades d'une fontaine publique, installée à Paris à l'angle de la rue Saint-Denis pour l'entrée triomphale d'Henri II en 1549. Jean Goujon et l'architecte Pierre Lescot ont inventé quelque chose d'entièrement nouveau : une fontaine-loggia à trois arcades, ornée de bas-reliefs de Nymphes portant des urnes d'eau. Chaque Nymphe semble mouillée — ses vêtements collent à son corps, révèlent ses formes, semblent frémir comme de l'eau. Ce 'drapé mouillé' de Goujon est sa signature stylistique absolue.

Symbolisme & lecture iconographique

La Nymphe porteuse d'urne est l'allégorie de l'eau elle-même — elle est l'eau qui se donne. Pour une fontaine publique parisienne, c'est aussi l'allégorie de la générosité royale : Henri II donne l'eau à son peuple, comme les Nymphes donnent l'eau aux mortels. La fontaine était alimentée par l'aqueduc d'Arcueil — un des premiers grands travaux d'hydraulique urbaine de Paris.

Analyse des émotions

Le drapé mouillé de Goujon crée une émotion singulière : il évoque simultanément la sensualité (les formes révélées) et le mouvement (l'eau qui coule). Ses Nymphes ne sont pas figées comme des statues — elles semblent en mouvement dans l'instant précis où l'eau a cessé de couler. C'est une sculpture du moment suspendu, de l'instant d'avant la chute.

Secrets & mystères

En 1788, lors du déplacement de la fontaine (qu'on voulait installer au centre de la place), on dut ajouter un quatrième panneau pour fermer le nouvel emplacement circulaire. Le sculpteur Pajou s'en chargea — et ses Nymphes du XVIIIe siècle sont aujourd'hui mêlées aux Nymphes du XVIe siècle sur la fontaine visible place Joachim-du-Bellay. Lequel est de Goujon, lequel est de Pajou ? Le visiteur non averti ne peut pas le savoir. Les originaux de Goujon, récupérés lors du déplacement, sont ceux conservés au Louvre.

Le saviez-vous ?

La Fontaine des Innocents était placée à l'angle du cimetière des Saints-Innocents — le plus grand et le plus ancien cimetière de Paris, utilisant depuis le XIIe siècle. La fontaine voisinait donc des milliers de morts. En 1786, les ossements furent transférés dans les carrières — devenues les Catacombes. La fontaine, elle, déménagea au centre de la place désormais libérée par la suppression du cimetière.

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